La fabuleuse histoire des sports d’hiver

Saviez-vous que les premières lames de patin à glace étaient faites en os ? Voyage dans le temps, jusqu'aux origines des sports olympiques d’hiver.

De Emily Martin
Publication 8 févr. 2022, 10:30 CET
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De nombreux sports d’hiver découlent d’une transformation des moyens de transport anciens, notamment le ski et la luge, tous deux utilisés pour se déplacer sur les terrains enneigés. Le snowboard, quant à lui, est une invention plus récente. Sur cette photo, Shaun White s’entraîne pour un rassemblement de snowboard acrobatique à Mammoth en Californie.

PHOTOGRAPHIE DE Sean M. Haffey, Getty Images

Il fut un temps où l’on fixait des os d’animaux plutôt que des lames sur les patins à glace afin de glisser sur les lacs gelés. Le ski est devenu populaire après qu’un aventurier norvégien a traversé le Groenland pour la première fois. Le snowboard était autrefois appelé surf des neiges.

Les sports d’hiver ont tous une longue histoire.

À Pékin, les compétitions ont été lancées après la cérémonie d’ouverture des 24e Jeux Olympiques d’hiver. Les sports comme le patinage artistique, le hockey sur glace, le curling ou le ski de fond sont au programme olympique depuis les premiers Jeux d’hiver en 1924, à Chamonix.

Pourtant, l’origine de nombreux sports olympiques remonte à plus longtemps encore. Certains dérivent d’anciennes adaptations au climat rude de l’hiver, notamment des populations autochtones de l’Amérique du Nord qui utilisaient des luges simples pour transporter de la nourriture. Ils sont aussi inspirés des chasseurs des neiges, parés de skis sans patins déjà dépeints dans des gravures datant de l’âge de pierre en Norvège. D’autres sont issus d’inventions plus récentes ayant largement évolué ces dernières décennies.

Voici les origines de certains des sports d’hiver les plus populaires, du ski au snowboard en passant par le patinage.

Pétroglyphe d’un skieur chassant un bouquetin des Alpes (Capra ibex). La plus ancienne représentation du ski a été gravée dans une roche similaire en Norvège. Nombreux sont ceux qui supposent que le pays scandinave a été le lieu d’origine du célèbre sport.

PHOTOGRAPHIE DE Jonas Bendiksen, National Geographic

 

LES ORIGINES ANCESTRALES DU SKI

Le ski existe depuis les prémices de la civilisation, comme en témoignent des gravures dans la roche vieilles de 5 000 ans, illustrant un homme chassant un élan (Alces) à Rødøy en Norvège. En outre, un ski datant de l’an 6 000 avant J.-C. a été découvert à Vis, en Russie. Toutefois, les historiens débattent encore du lieu d’origine exact du ski. Certains estiment qu’il est né à Altay, en Chine, en l’an 8 000 avant J.-C.

En revanche, le ski moderne remonte aux populations scandinaves. Elles utilisaient les skis comme moyen de transport ou pour d’autres utilisations pratiques. Ils étaient notamment utilisés par le peuple Sámi, en Norvège, Finlande et Suède, selon les dires de Raymond Flower dans le livre L’Histoire du ski et d’autres sports d’hiver (The History of Skiing and Other Winter Sports). La mythologie nordique décrit même Ull, dieu de l’hiver, sur des skis aux extrémités courbées. D’autres légendes évoquaient également des héros et des déesses descendant de la montagne en skis.

Un homme en skis porte un tronc à Altay en Chine. Des historiens s’accordent à dire que c’est là-bas que le ski est né, en l’an 8 000 avant J.-C. Les skis anciens sculptés dans le bois disposaient de diverses adaptations pour convenir à la région. Par exemple, des crins de cheval sur les skis aidaient les peuples d’Altay à grimper les pentes et à glisser dans les descentes.

Les premières compétitions officielles auraient démarré vers 1850 en Norvège. La première course jamais enregistrée s’est tenue dans les environs de Stockholm en 1879, toujours selon M. Flores. D’autres experts indiquent que le ski est devenu un mot du langage populaire après la publication du célèbre livre offrant le témoignage trépident de Fridtjof Nansen, un explorateur norvégien. En 1888, il a traversé le Groenland en skis, une première.

Le sport s’est ensuite répandu dans les Alpes suisses. Vers la fin des 19 et 20e siècles, de nombreuses stations ont ouvert à travers le monde.

Au fil des années, des déclinaisons de ce sport se sont développées. On peut citer par exemple le slalom, le ski de bosses ou encore l’alpinisme. Ce sont principalement les Britanniques qui ont contribué à transformer le ski de ses origines scandinaves en ce sport très compétitif que l’on connaît aujourd’hui. En 1921, des règlementations ont été mises en place. Elles ont été acceptées dans la plupart des pays. Les règles du slalom ont été modifiées pour y ajouter des piquets à drapeau afin de mesurer l’habileté des skieurs à prendre leurs virages. 

La popularité du ski a explosé après la Seconde Guerre mondiale, à mesure que les stations de ski évoluaient pour accueillir des skieurs journaliers et les touristes profitant de vacances plus longues.

Un skieur suédois en compétition de slalom géant en Italie, en janvier 2022. Les patins servant à sécuriser les chaussures de ski n’ont été introduits qu’en 1868. Ils ont été inventés par Sondre Norheim, un skieur norvégien, considéré comme le père du ski moderne.

PHOTOGRAPHIE DE Jure Makovec, AFP via Getty

L’ÉVOLUTION DE LA LUGE EN SUISSE

La luge ou le traîneau sont deux activités très probablement antérieures à la colonisation de l’Amérique du Nord. Des données historiques démontrent que les premiers peuples du Canada utilisaient de petites luges pour transporter leurs biens et leur nourriture entre les établissements. Les courses de traineau actuelles, néanmoins, trouvent leur origine dans les Alpes suisses, vers la fin du 19e siècle. À cette époque, des touristes britanniques ont décidé de faire la course sur des luges en bois que les locaux utilisaient pour se déplacer dans la neige. Il se pourrait toutefois qu’elles proviennent également du nord enneigé de l’État de New York, où il apparaît que des courses de bobsleigh auraient été organisées dès 1885.

Quel que soit leur lieu d’origine, ces courses ont rapidement gagné en popularité. La célèbre piste Cresta Run, qui doit son nom à la ville suisse située au pied du parcours, a été mise en place en 1885 à l’aide de bancs de neige. La première compétition s’est tenue en 1898, organisée par le premier club de bobsleigh de Saint-Moritz. C’est après cet évènement que la simple luge s’est divisée en deux nouveaux sports distincts : le bobsleigh et le skeleton.

La Cresta Run est considérée comme le lieu où le skeleton a commencé. Il s’agit là d’une manière particulièrement hardie de faire de la luge. Contrairement à la luge classique, où les pieds des concurrents sont orientés vers l’avant sur une luge dotée de patins métalliques, le skeleton est pratiqué à l’aide d’une planche en métal aux allures de squelette. Les participants s’allongent la tête vers l’avant et se lancent dans la descente d’une piste de glace.

L’équipe britannique de bobsleigh en action lors des Jeux Olympiques d’hiver à Chamonix, en 1924. Les premiers traineaux étaient composés en majorité de bois. Ceux utilisés lors de la célèbre Cresta Run en Suisse étaient assemblés avec de la peau de cerf (Cervus)

PHOTOGRAPHIE DE Topical Press Agency, Hulton Archive, Getty Images

Quant au bobsleigh, ce sport comporte des équipes de deux à quatre personnes. Celles situées à l’avant s’occupent de la direction tandis que celles à l’arrière freinent en cas de besoin. « Bob » signifiant « osciller » en anglais, le sport tire son nom du mouvement de balancier qu’ont commencé à adopter les bobeurs pour faire avancer le traineau.

À l’origine, la popularité du bobsleigh dépassait celle du skeleton. Il s’est inscrit parmi les premiers sports disputés lors des Jeux d’hiver 2024. Pendant des décennies, le skeleton devait se cantonner à la Cresta Run car les autres pistes de bobsleigh du monde n’étaient pas adaptées pour la luge en métal utilisée. Toutefois dans les années 1970, des ajustements ont été apportés tant aux courses de skeleton que de bobsleigh pour permettre d’introduire le sport lors de Jeux ultérieurs.

Deux hommes lors d’une course de bobsleigh à Lake Placid à New York, en 2019. Les patins en acier ont été adoptés sur les bobsleighs et les planches de skeleton vers le milieu du 20e siècle. Les bobsleighs disposent de poignées pour se diriger et d’une barre dentée pour freiner. En revanche, les planches de skeleton n’ont ni système de guidage ni de freinage.

PHOTOGRAPHIE DE Maddie Meyer, Getty Images

DU SURF DES NEIGES AU SNOWBOARD

Le snowboard est l’un des sports les plus populaires du monde. Pourtant, il tire ses origines d’une activité récréative connue sous le nom de snurfing, inventée par un père pour divertir ses filles pleines d’énergie.

En 1965, Sherman Poppen cherchait quelque chose que ses enfants pourraient utiliser comme luge. Il a attaché deux skis ensemble, créant ainsi un jeu que sa femme a suggéré d’appeler un snurfer, diminutif de snow, neige en anglais, et surf ; littéralement, le surf des neiges. Il a ensuite présenté son invention à diverses entreprises d’équipement sportif. Moins d’un an après avoir simplement attaché deux skis ensemble, son jeu a reçu un accueil triomphal lors de son lancement pour Noël avant de susciter un engouement national.

Du simple tournoi universitaire à Muskegon, la ville d’origine du snurfer, un championnat annuel sponsorisé par ses créateurs s’est installé. Malgré les efforts des organisateurs, les participants ont commencé à créer leurs propres planches pour s’affronter. Puisque M. Poppen avait déposé le terme Snurfer, le mot snowboard s’est popularisé à sa place et a persisté, selon Ron Pesch, historien spécialisé dans le sport basé à Michigan.

Dès 1985, le surf des neiges a passé de mode et les productions de Snurfer ont pris fin. Le snowboard, lui, s’est imposé dans le monde entier. C’est en 1998 qu’il s’est enfin fait sa place au sein des Jeux Olympiques.

Un snowboardeur dans l’Utah. Le Snurfer était à la base une planche en contreplaqué d’un mètre vingt de long dotée d’une finition en émail rayé jaune et noir, loin du prototype composé de skis nautiques attachés ensemble avec une corde qui permettait de se diriger. Aujourd’hui, les planches de snowboard sont toujours colorées, souvent recouvertes de fibre de verre, de matériaux composites ou de plastique.

PHOTOGRAPHIE DE Lee Cohen, Getty Images

PATIN À GLACE : DU PASSE-TEMPS AU SPORT

Le patinage artistique, le patinage de vitesse et le hockey sur glace découlent tous des anciennes civilisations qui attachaient des os d’animaux à leurs pieds pour patiner sur la glace, selon le dictionnaire A Dictionary of British History. Des patins en os ont été retrouvés en Suisse datant de 3 000 avant J.-C. On retrouve également des preuves attestant de la pratique du patinage en Scandinavie dès le Moyen Âge.

Le patinage moderne provient sûrement des Pays-Bas, considéré comme un passe-temps national au début du 17e siècle. Les aristocrates du pays avaient pour habitude de patiner sur les canaux gelés pour s’amuser. Lors de leurs visites aux Pays-Bas, les nobles européens ont commencé à pratiquer le sport à leur tour. Les membres de la famille royale britannique ont ainsi rapporté le patinage en Angleterre vers la fin des années 1600. Lorsque la Tamise a gelé en 1683, le patinage s’est glissé parmi les nombreuses activités de la célèbre foire d’hiver de Londres, où le roi Charles II s’est rendu.

Vers la fin du 18e siècle, Jackson Haines, un danseur de l’American ballet, a transformé le sport en ce que l’on appelle aujourd’hui le patinage artistique. Il y a introduit des éléments de danse classique, mais sur glace. Selon le Dictionary of American History, Jackson Haines patinait à la fois vêtu de costumes d’ours et de tenues de ballet. Il organisait des tournées de représentations partout en Europe. C’est à Vienne qu’il a été le plus acclamé.

Gauche: Supérieur:

Ces patins à glace du 19e siècle étaient attachés au pied du patineur par des sangles. En 1850, à Philadelphie, un inventeur a lancé le patin entièrement en acier, une véritable révolution. Les civilisations antiques utilisaient des os en guide de lames. Ce n’est qu’au 13e siècle que des ingénieurs hollandais les auraient remplacés par du fer.

Droite: Fond:

Des enfants patinent en direction de l’école en hiver, dans la ville hollandaise de Zaandam, au 19e siècle. Le patinage artistique, le patinage de vitesse et le hockey sur glace remontent tous aux Pays-Bas, où le patinage sur les cours d’eau gelés et les canaux constituait un loisir national.

Photographies de Universal History Archive, Universal Images Group via Getty Images

Le patinage a évolué en de nombreux autres sports, notamment le patinage de vitesse et le hockey. Le patinage de vitesse existe depuis que les Hollandais se sont risqués à faire la course chaussés de leurs patins. Le hockey, quant à lui, ne s’est développé au Canada qu’au 19e siècle, constituant la version sur glace du hockey sur gazon. Les deux sports étaient déjà bien implantés au 20e siècle et figuraient donc au programme des premiers Jeux Olympiques d’hiver.

Une patineuse artistique américaine lors d’une représentation à Las Vegas. Dans les années 1860, le danseur classique Jackson Haines s’est lancé sur la glace et a popularisé une forme de patinage plus gracieuse, plus tard connue sous le nom de patinage artistique.

PHOTOGRAPHIE DE Jamie Squire, Getty Images

LES PREMIÈRES TRACES DU CURLING

La première trace écrite de la présence de l’ancêtre du curling remonte à un livre écrit en 1540 par un notaire écossais. Il a décrit un jeu où l’on lançait une pierre sur la glace dans un monastère, similaire à un jeu largement pratiqué à l’époque en Écosse.

L’Écosse clame la création du curling puisqu’au 16e siècle est né le prédécesseur de ce sport, pratiqué sur des lacs et des étangs gelés à l’aide de rochers lisses tirés du lit de la rivière. Ce jeu était si populaire qu’une ancienne famille écossaise, les Drummonds of Carlowrie, a incorporé une pierre de curling dans leur blason, indique le livre de M. Flores.

Des hommes pratiquent le curling sur une patinoire à Saint-Moritz en Suisse, vers le début du 20e siècle. Les premières pierres de curling ont été récupérées dans le lit d’une rivière. Des trous y avaient été taillés pour pouvoir les attraper facilement. Aujourd’hui, les pierres olympiques sont taillées et polies dans du granite de l’île d’Ailsa Craig en Écosse. Elles pèsent entre 17 et 19 kg et disposent d’une poignée jaune ou rouge pour les lancer en jeu. Des brosses ou des balais en poils synthétiques sont aujourd’hui utilisés pour favoriser le glissement rectiligne de la pierre.

PHOTOGRAPHIE DE Ullstein Bild via Getty images

Des siècles plus tard, le premier club de curling écossais a été fondé en Écosse. En 1843, il a reçu l’approbation de la reine Victoria. S’en suivit une démonstration de curling sur le sol de la salle de bal d’un palace à Perth. Dans ce sport, les joueurs font glisser les pierres vers une cible. Plus elle en est proche, plus ils marquent de points.

À mesure que ce sport gagnait en popularité, l’effectif du club a lui aussi augmenté. En 50 ans, il a accueilli 18 800 nouveaux membres, rien qu’en Écosse. Son histoire s’est ensuite poursuivie au Canada, en Russie ou encore en Nouvelle-Zélande. Au 20e siècle, le curling était si répandu qu’il a pu être représenté aux Jeux Olympiques d’hiver en 1924.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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