Le tombeau de cette reine égyptienne est resté intact pendant plus de 4 000 ans

Peu après la découverte du tombeau de Toutânkhamon, une autre sépulture royale intacte fut mise au jour dans l’ombre de la pyramide de Khéops. Les trésors qu’elle renfermait appartenaient à Hétep-Hérès, reine de l’Ancien Empire.

De Irene Cordón
Publication 1 avr. 2022, 15:35 CEST
Khufu

La pyramide de Khéops surplombe trois pyramides plus petites. Le tombeau d’Hétep-Hérès (G7000X) fut découvert près de G1A, la petite pyramide partiellement effondrée sur le plateau de Gizeh.

PHOTOGRAPHIE DE Alamy, ACI

En 1922, la découverte du tombeau de Toutânkhamon par Howard Carter fit sensation et suscita, en Europe comme aux États-Unis, une fascination pour tout ce qui avait trait à l’Égypte ancienne.

C’était la promesse de découvertes palpitantes à venir, surtout pour les archéologues qui travaillaient sur les sites de fouilles égyptiens. Les rapports entre les membres de cette corporation composée en grande partie d’universitaires occidentaux se caractérisaient par une rivalité intense. Tous manœuvraient pour s’accaparer les sites les plus prometteurs tout en surveillant jalousement les progrès de leurs concurrents.

Dès le début du 20e siècle, un groupe international de spécialistes entreprit une fouille méthodique du plateau de Gizeh, qui accueille les trois pyramides les plus célèbres d’Égypte. Une portion de ce terrain revint à l’archéologue américain George Reisner. Le 2 février 1925, son photographe, Mohammedani Ibrahim, était en train de travailler près de la pyramide de Khéops, érigée au milieu du troisième millénaire av. J.-C., lorsqu’il s’aperçut que son trépied reposait sur une couche blanche de plâtre révélant le haut d’une structure enfouie.

L’intérieur du tombeau d’Hétep-Hérès à Gizeh, près du Caire, était rempli d’objets funéraires quand George Reisner y a posé les yeux pour la première fois en 1926. De l’eau en avait endommagé un grand nombre mais plusieurs furent par la suite méticuleusement restaurés.

PHOTOGRAPHIE DE Mustapha Abu el-Hamd/Museum of Fine Arts, Boston

Il fallait prévenir le chef. Mais il y avait un problème : George Reisner ne se trouvait pas en Égypte mais à Boston où il remplissait son office de professeur d’égyptologie à Harvard. Son équipe commença donc les fouilles en son absence et découvrit un puits funéraire de 25 mètres de profondeur de facture irrégulière et étroite. Celui-ci était comblé avec des décombres, signe qu’ils avaient affaire à un tombeau. Mais puisque Gizeh avait été largement pillée au fil des millénaires, leurs chances de tomber sur une sépulture intacte étaient minces.

Le samedi 7 mars, à des milliers de kilomètres de George Reisner, qui préparait sa leçon du lundi matin, ses collègues achevèrent leurs fouilles dans le puits funéraire et furent stupéfaits par ce qu’ils venaient de mettre au jour. T.R.D. Greenless décrivit le moment dans son journal :

À 15h30 il fut observé que la surface rocheuse au sud […] formait un angle, et immédiatement après on dévoila le haut de la porte d’une chambre.

Un bloc de calcaire fut disloqué et retiré afin de regarder à l’intérieur. On peut apercevoir une chambre de grande taille s’étirant légèrement à l’est et à l’ouest de la porte. Il est possible d’apercevoir ce qui semble être un sarcophage au premier plan, sur lequel se trouvent plusieurs cannes ou casse-têtes au sommet doré. Un grand nombre de dorures apparaissent sur d’autres objets se trouvant à terre. Il ne fait pas de doute que la sépulture est intacte.

L’heure de gloire de ces archéologues était venue. Mais plus tard cette semaine-là, George Reisner envoya un télégramme de Boston. Il ordonnait l’arrêt des fouilles. Le tombeau allait être refermé.

George Reisner décrivit la chambre funéraire et son contenu comme suit : « En partie sur le sarcophage et en partie chues derrière celui-ci se trouvent une vingtaine de montants et de poutres recouverts d’or et formant un imposant baldaquin. Sur le flanc ouest du sarcophage étaient étalées plusieurs feuilles d’or incrustées de faïence, et à terre se trouvait une masse confuse d’accessoires dorés. »

PHOTOGRAPHIE DE Alamy, ACI

ANTIQUITÉ ET MODERNITÉ

Né en 1867 à Indianapolis, George Reisner était tenu en haute estime dans les cercles d’égyptologues car il avait réalisé une considérable prospection au sol de la Nubie (à cheval entre l’actuel sud de l’Égypte et le Soudan). En 1902, l’égyptologue français Gaston Maspero partagea le plateau de Gizeh entre les meilleurs fouilleurs de l’époque dans le but de prévenir le pillage et les dégradations. La section centrale de ce site gigantesque échut à George Reisner.

La nouvelle ère technologique qu’était le 20e siècle facilita le travail de George Reisner : il pouvait envoyer des communiqués transatlantiques à son équipe par télégraphe. Mais ce n’était pas la seule chose qui le rendait moderne : avec la découverte époustouflante de Howard Carter, George Reisner avait pris conscience du pouvoir des relations publiques. Son choix de refermer le tombeau intact (dont le nom officiel était G7000X) fut motivé par plusieurs facteurs, et notamment par le fait qu’il était convaincu d’être la seule personne suffisamment compétente pour entreprendre complètement les fouilles.

Ce faucon doré, découvert dans le tombeau d’Hétep-Hérès, est désormais exposé au Musée égyptien du Caire.

PHOTOGRAPHIE DE Scala, Florence

En retardant les fouilles jusqu’à ce qu’il ait l’occasion de se rendre en Égypte, George Reisner se donnait également le moyen de contrôler le récit qui les entourait. Les « relations presse » furent un aspect crucial de ce processus. Des fuites provenant de sa propre équipe (qui laissa un photographe de presse américain prendre quelques clichés) se retrouvèrent dans la presse londonienne qui parla d’une nouvelle découverte majeure. Dans les remous de la spéculation, on affirma que le tombeau était celui de Snéfrou, pharaon de la 4e dynastie. Depuis Boston, George Reisner répliqua en assénant sa conviction : il s’agissait du tombeau d’une femme de la famille royale.

Les obligations de George Reisner aux États-Unis repoussèrent la réouverture du tombeau G7000X au mois de janvier 1926. En pénétrant enfin dans la chambre funéraire où se trouvait le sarcophage, George Reisner s’aperçut que de l’eau avait endommagé les accessoires dorés présents à l’intérieur et qu’ils étaient en si mauvais état qu’il craignait que ceux-ci s’effritent. La collecte des fragments de bois damasquinés exigea un travail de fourmi.

En plus d’un baldaquin et d’un lit, un fauteuil et un palanquin à l’aspect recherché furent récupérés. Inscrit sur le palanquin, le nom de la propriétaire du tombeau confirmait George Reisner dans son intuition : il s’agissait de « Hétep-Hérès », mère de Khéops, second pharaon de la 4e dynastie et bâtisseur de la pyramide qui porte son nom. Sa sépulture était restée enfouie dans l’ombre de ce monument pendant plus de quatre millénaires.

Le palanquin d’Hétep-Hérès, fait de bois doré incrusté de faïence, est orné de décorations représentant des faucons perchés sur des colonnes de papyrus.

PHOTOGRAPHIE DE Alamy, ACI

OÙ EST LE CORPS ?

Le sarcophage en albâtre d’Hétep-Hérés fut ouvert en mars 1927 mais ne contenait pas de restes humains. Aujourd’hui encore, les historiens se demandent ce qui a bien pu leur arriver. George Reisner avança qu’on avait peut-être enterré Hétep-Hérès près de son mari, Snéfrou, à Dahchour ; lorsque Khéops créa ensuite une nouvelle nécropole à Gizeh, on n’y aurait jamais transféré jamais les restes de sa mère. Selon d’autres, elle serait enterrée dans la petite pyramide G1A, située au pied de la pyramide de Khéops.

À la suite de la campagne de fouilles, on restaura le fauteuil, qui est désormais exposé au Musée égyptien du Caire. Après la mort de George Reisner en 1942, avec l’intérêt renouvelé pour les fragments du tombeau G7000X, on entreprit la tâche herculéenne de restaurer le palanquin dans toute sa splendeur dorée. On peut aujourd’hui l’admirer au Musée sémitique de Harvard, à Cambridge, dans le Massachussetts.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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