Les grandes figures de femmes rebelles dans la Bible hébraïque

L'Ancien Testament a décrit des femmes capables de prendre la tête d'armées entières, de trancher la tête de leurs ennemis, ou d'user de diplomatie pour sauver leur peuple.

De National Geographic
Publication 13 déc. 2021, 11:50 CET
Débora chantant son cantique, extrait de la Bible illustrée par Gustave Doré au XIXe siècle.

Débora chantant son cantique, extrait de la Bible illustrée par Gustave Doré au XIXe siècle.

PHOTOGRAPHIE DE Alamy

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Des spécialistes pensent que le rôle subalterne des femmes dans la Bible est fondé sur un verset de la Genèse dans lequel Ève a été créée à partir d’une côte d’Adam pour lui servir de « partenaire » (Genèse 2: 18). Après l’expulsion du Paradis, Dieu a dit à Ève : « Tu te sentiras attirée par ton mari, mais il dominera sur toi. » (Genèse 3: 16).

Mais d’autres passages semblent indiquer qu’un homme et une femme sont davantage placés sur un pied d’égalité. Dieu a façonné l’humanité à son image : « Il les créa homme et femme » (Genèse 1: 27). Cela pourrait expliquer pourquoi, alors même qu’une femme était censée se soumettre à son mari, elle était traitée avec plus d’égards que dans d’autres sociétés anciennes.

Les versets des Psaumes, des Proverbes ou du Cantique des Cantiques sont riches de poésie sur l’amour et la tendresse d’une femme. La naissance d’un fils était source de joie, l’arrivée d’une fille l’était autant. « Que nos fils soient comme des plantes qui ont poussé tout droit depuis leur jeunesse ! Et que nos filles soient aussi belles que les colonnes sculptées ornant les palais ! » (Psaume 144: 12).

L'Ancien Testament a par ailleurs décrit des femmes capables de prendre la tête d'armées entières, de trancher la tête de leurs ennemis, ou d'user de diplomatie pour sauver leur peuple. Parmi ces figures de sauveuses, on compte Débora, Judith et Esther.

 

DÉBORA, COMMANDANTE DES FORCES ISRAÉLITES

L’épopée de la monarchie d’Israël, depuis l’arrivée en Terre promise jusqu’à la prise de Jérusalem par le roi néo-babylonien Nabuchodonosor II, en 586 av. J.-C., est le sujet de la partie de la Bible intitulée Nevi’im, ou Livres des Prophètes. Avec ces livres, également présents – mais dans un ordre différent – dans l’Ancien Testament chrétien, nous entrons dans une période de plus en plus attestée par les découvertes archéologiques.

En effet, des recherches récentes ont révélé que l’« invasion » israélite a été probablement moins violente et soudaine que ne le laisse penser le Livre de Josué. Les fouilles archéologiques suggèrent une infiltration plus progressive de Canaan, la majorité de l’activité militaire étant circonscrite à des régions agricoles disputées, telles les riches plantations de Jéricho ou la vallée fertile de Jizréel.

L’agitation des premières années d’installation est le sujet du Livre des Juges. Il raconte la lutte entre les colons hébreux et les communautés cananéennes environnantes, dont les terres arables produisaient la plupart des cultures de la région. Les tribus hébraïques « ne purent pas chasser les habitants des plaines, relate la Bible, car ceux-ci possédaient des chars de fer » – les chars d’assaut de l’âge du fer (Juges 1: 19). Démontrant leur supériorité militaire, certains chefs cananéens, comme le roi Yabin de Hassor, ont même contraint les tribus israélites voisines à leur payer un tribut (Juges 4: 1-3).

Une femme, la prophétesse Débora, de la tribu d’Issakar, a estimé cette situation intolérable. Première et seule femme « Juge » du Livre des Juges, elle était déterminée à instaurer le pouvoir israélite dans la vallée de Jizréel une fois pour toutes.

Débora a compris qu’aucune tribu ne pourrait vaincre l’ennemi seule. Elle a donc organisé une levée en masse parmi tous les Hébreux. Certaines tribus, dont celles d’Éfraïm, de Benjamin et la demi-tribu orientale de Manassé, ont répondu à l’appel et envoyé leurs milices. Tandis que d’autres ont fermé les yeux, qui ont été impitoyablement dénoncées pour leur manque de courage et pour être restées « près des enclos » (Juges 5: 16). Sous le commandement de Barac, les forces de Débora sont ensuite allées affronter l’armée cananéenne au mont Tabor.

Les forces adverses étaient dirigées par le général Sisra. Dès que celui-ci a donné l’ordre à ses neuf cents chars d’avancer, Dieu a déclenché une pluie torrentielle qui a inondé la vallée de Jizréel et embourbé les chars ennemis. La milice de Barac n’en a fait qu’une bouchée. Débora a célébré la victoire par un cantique vibrant : « Vous, les rois, vous, les souverains, prêtez une oreille attentive ! Je vais chanter pour le Seigneur, je vais célébrer le Seigneur, Dieu d’Israël » (Juges 5: 3).

 

JUDITH, UNE COURAGEUSE HÉROÏNE SAUVE UNE VILLE D’ISRAËL

« Judith décapitant Holopherne », Artemisia Gentileschi, achevé en 1620. Ce tableau s'inspire d'un passage de l'Ancien Testament dans lequel Judith, une veuve israélite, sauve son peuple en assassinant le général assyrien Holopherne qui dirige le siège de sa cité. L'œuvre est la seconde représentation connue de cette scène biblique par Artemisia Gentileschi. L'artiste avait entamé une première version de la revanche de Judith en 1612, avant d'être violée par un instructeur l'année suivante. Alors que la légende de Judith était un thème très prisé des artistes masculins de l'époque, l'énergie et la force de la Judith de Gentileschi ainsi que la solidarité de sa complice nous offrent une vision féminine inédite de la violence et de la vengeance au début du 17e siècle.
PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman, ACI

Le destin des royaumes d’Israël et de Juda est de plus en plus assombri par l’ascension de l’Empire assyrien, à l’Est. Ce grand conflit est décrit dans le Deuxième Livre des Rois. Sous le règne du roi Omri, le souverain assyrien Assurnasirpal II s’est emparé de toute la Mésopotamie, depuis Harran jusqu’au golfe Persique. Son fils, Salmanazar III, a ensuite transformé le royaume du nord d’Israël en un État vassal.

À l’époque où le roi Péca régnait sur Israël, le roi assyrien Téglath-Phalasar est allé plus loin dans la conquête et s’est emparé de « Quédech et Hassor ; il occupa le territoire de Galaad, celui de Galilée et tout le pays de Neftali ; il en déporta les habitants en Assyrie. » (2 Rois 15: 29). Puis l’Empire assyrien a été conquis par une nouvelle superpuissance, l’Empire néo-babylonien. Peu après, le roi babylonien Nabuchodonosor II s’en est pris à Juda et à sa capitale Jérusalem. L’histoire de Judith et Holopherne se déroule pendant cette période.

Les actions remarquables de Judith sont relatées dans les oeuvres apocryphes de la Septante, la traduction grecque des Écritures hébraïques, qui constituent la base de l’Ancien Testament chrétien. Le livre a pour but d’inspirer ses lecteurs par le courage exemplaire et le patriotisme de son héroïne, la veuve Judith, face à l’agression babylonienne. Le roi Nabuchodonosor II avait Envoyé le commandant militaire Holopherne en expédition punitive contre Israël.

Les Babyloniens ont rapidement assiégé la ville israélite de Bétulie, où vivait Judith, épouse de Manassé, agriculteur dans les collines d’Éfraïm. Mais un jour, ce dernier est mort terrassé de chaleur pendant les moissons. On l’a enterré aux côtés de ses ancêtres, et Judith a pris le deuil. Elle « portait une étoffe grossière sous ses vêtements de veuve » et était veuve depuis « trois ans et quatre mois » (Judith 8: 3-5), lorsque l’armée assyrienne, dirigée par Holopherne, est apparue à l’horizon, menaçant Bétulie.

Comme la situation devenait désespérée, Judith a prié Dieu puis a quitté ses vêtements de veuve ; elle « se fit très élégante, de manière à retenir l’attention des hommes qui la verraient » (Judith 10: 4). Franchissant courageusement les portes de la ville, accompagnée de sa servante, elle a été capturée par une patrouille babylonienne et emmenée dans leur camp, où tous les soldats « admiraient sa beauté et, à cause d’elle, se posaient des questions au sujet du peuple d’Israël » (Judith 10: 19). Holopherne, lui aussi fortement impressionné, lui a demandé de rester. Au bout de trois jours, il a prévu de la séduire après un somptueux banquet, car il sentait que « ce serait une honte pour nous de laisser partir une femme comme celle-là sans en profiter » (Judith 12: 12).

La nuit, alors que Judith était enfin seule avec Holopherne et que le commandant s’était écroulé sur son lit complètement ivre, elle s’est emparée de son sabre et lui a coupé la tête, puis l’a confiée à sa servante qui l’a jetée dans un sac à provisions. Les
deux femmes sont ensuite sorties du camp comme si de rien n’était et ont pu regagner Bétulie sans encombres. Là, Judith a exhibé la tête d’Holopherne devant tous les habitants de la ville, médusés. « Aussi vrai que le Seigneur est vivant, lui qui m’a protégée tout au long de mon entreprise, a-t-elle déclaré, voici ce qui s’est passé : la beauté de mon visage a séduit Holopherne et l’a conduit à sa perte. Il n’a pas pu commettre le péché avec moi ; j’ai évité la honte et le déshonneur » (Judith 13: 16).

 

ESTHER, UNE REINE SAUVE LES JUIFS DE PERSE

Bethsabée, Jézabel, Athalie et Esther sont toutes associées à différentes époques de l'histoire juive et les récits de leur existence rappellent au peuple juif l'accord passé avec Yahvé. Représentée ci-dessus dans un tableau de Jean-François Portaels datant du 19e siècle, Esther fait l'objet d'un rouleau de la Torah lu chaque année à Pourim.

PHOTOGRAPHIE DE Bridgeman, ACI

Avec le temps, l’Empire babylonien a été victime du pouvoir grandissant de la Perse, qui atteint son apogée sous le roi Darius Ier. Le souverain, qui monte sur le trône aux environs de 522 av. J.-C., a bâti une nouvelle capitale, Persépolis (dans l’actuelle province iranienne du Fars), et un palais grandiose à Suse. C’est là que se déroulent les récits de Daniel et Esther, la fille adoptive de l’exilé juif Mardochée.

Pendant plus de deux siècles, l’Empire perse, appelé aussi achéménide, gouverné depuis sa capitale, Pasargades, sera l’un des plus grands empires de l’Histoire, connaissant une activité commerciale et un climat de paix sans précédent au Moyen-Orient. Sur une carte actuelle, cet empire comprendrait la Turquie, la Syrie, l’Irak, l’Iran, Israël, la Jordanie et le Liban, ainsi que la Russie, l’Arménie, l’Afghanistan et une grande partie de l’Asie centrale, dont le nord de l’Inde. Selon certaines estimations, il comptait quelque 50 millions de personnes à l’époque.

Le récit décrit comment Esther a été présentée au roi perse Xerxès. Le souverain a été si impressionné par la beauté de celle-ci qu’il a décidé de renvoyer sa première épouse, la reine Vashti, et de la remplacer par Esther. De nombreux historiens identifient Assuérus au roi Xerxès Ier (486-465 av. J.-C.), qui a envahi la Grèce et pillé Athènes, avant d’être vaincu par une flotte grecque à la bataille de Salamine, en 480 av. J.-C. Mais l’issue sera loin d’être décisive et, pendant les deux siècles suivants, la Perse et la Grèce demeureront d’implacables ennemis.

La fulgurante ascension d’Esther a provoqué des jalousies à la cour perse. Le nouveau grand vizir, un Ammonite répondant au nom d’Haman (Ammon étant l’ancien ennemi d’Israël), a commencé à vouloir « exterminer les compatriotes de [Mardochée], tous les juifs qui vivaient dans l’Empire de Xerxès » (Esther 3: 6). Il a ordonné aux magiciens de tirer au sort le jour favorable pour le massacre et à l’armée de la province de se tenir aux aguets. La reine Esther, prévenue de la conspiration par son père adoptif, Mardochée, a annoncé la nouvelle au roi et désigné Haman comme son instigateur. Furieux, Xerxès se tourne alors vers Haman – celui-ci s’était laissé tomber sur le divan où était installée Esther pour la prier de le sauver. Xerxès s’écria alors : « Cet individu veut-il en plus violer la reine sous mes yeux, dans mon palais ? » (Esther 7: 8). Haman et ses fils ont été traînés dehors et pendus, mais il était impossible d’annuler l’ordre de massacre prévu par Haman, car il avait fait l’objet d’un décret royal. Ému par les supplications d’Esther, le roi a alors promulgué un décret autorisant les juifs de son royaume à porter des armes pour se 
défendre. Ainsi, les juifs étaient préparés quand la milice est venue pour les tuer, et ils « purent traiter comme il leur plut ceux qui les détestaient, ils mirent à mort leurs ennemis ; ce fut une tuerie et un massacre » (Esther 9: 5).

Depuis, cet heureux dénouement est célébré lors de la fête juive de Pourim, « le quatorzième jour du mois d’Adar » (Esther 9: 19). Pourim est le pluriel de pour, qui signifie « tirage au sort », car Haman a tiré au sort la date du massacre. Pendant la fête, le Livre d’Esther est lu à l’assemblée des fidèles, qui se mettent à siffler et à taper du pied chaque fois que le nom de Haman est prononcé.

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