Médecine : la France pionnière de la greffe de visage

Des premiers essais sur les Gueules cassées à la double greffe de face, retour en 6 dates sur une avancée thérapeutique prodigieuse.

De Rédaction National Geographic
Le Pr. Laurent Lantieri, de l'hôpital européen Georges-Pompidou (Paris), montre la face du donneur tout juste prélevée de la première double greffe de visage, que le chirurgien a réalisée en janvier 2018.
Le Pr. Laurent Lantieri, de l'hôpital européen Georges-Pompidou (Paris), montre la face du donneur tout juste prélevée de la première double greffe de visage, que le chirurgien a réalisée en janvier 2018.

1912 : UN PRIX NOBEL POUR LA MICROCHIRURGIE RECONSTRUCTRICE

Les premières greffes de face n’auraient pas pu aboutir sans les progrès de la microchirurgie reconstructrice. Celle-ci consiste à restaurer de très petits vaisseaux, l’une des étapes essentielles de la reconstruction faciale. L’un des pionniers dans le domaine est Alexis Carrel, un chirurgien français qui a reçu le prix Nobel de médecine en 1912 pour avoir fait battre un cœur de poulet in vitro.

 

1917 : GREFFE DE CARTILAGE ET AUTOPLASTIE

La Première Guerre mondiale entraîne une recrudescence des mutilations faciales. Dans les tranchées, les soldats reçoivent des éclats de projectiles, qui arrachent leur visage. À l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris, le Dr Hippolyte Morestin se spécialise dans la reconstruction de ces « Gueules cassées », mettant notamment au point des techniques de greffe de cartilage et d’autoplastie, consistant à remplacer les tissus lésés par d’autres récupérés dans les plaies des patients.

 

1967 : RECONSTRUCTION INTRA-CRÂNIENNE

C’est la date de la première chirurgie crânio-faciale du Dr Paul Tessier (1917-2008). Le chirurgien développe une technique de reconstruction de visage utilisant les os du crâne. Pour traiter les malformations, il coupe directement les os, les remodèlent et les remet ensuite à la bonne place. Il parvient notamment à réparer les visages de patients atteints d’hypertélorisme, qui présentent une distance accrue entre les deux orbites.

 

2005 : GREFFE PARTIELLE DU VISAGE

C’est l’une des premières réussites d’allogreffe de face. Au lieu de prendre du cartilage ou de la peau sur le corps du patient (autogreffe), les chirurgiens vont retirer la face d’une personne décédée. Isabelle Dinoire, 38 ans, défigurée par son chien, bénéficie ainsi d’une greffe de face partielle nez-lèvres-menton. Une première mondiale réalisée par l’équipe du Pr Bernard Duvauchelle, du centre hospitalier d’Amiens, en collaboration avec le Pr Jean-Michel Dubernard à Lyon. Isabelle Dinoire meurt des suites de la récidive d’une tumeur maligne en 2016. Selon le CHU d’Amiens, ce décès ne peut être « scientifiquement relié » au traitement anti-rejet.

 

2010 : PREMIÈRES GREFFES COMPLÈTES DE VISAGE

Respectivement en avril et en juin, une équipe espagnole et une équipe française revendiquent la première transplantation totale. L’intervention espagnole a lieu trois mois avant celle du Pr Laurent Lantieri au CHU Henri-Mondor (Créteil). Mais celle-ci s’avère plus complète, incluant la greffe des paupières mobiles et du système lacrymal.

 

2018 : DOUBLE GREFFE DE VISAGE

Nouvelle intervention inédite : les 15 et 16 janvier, le Pr Laurent Lantieri réalise la seconde transplantation faciale sur un même patient, Jérôme Hamon, à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (Paris). Le premier greffon avait montré des signes de rejet chronique au bout de sept ans, à cause d’une prise d’antibiotique incompatible avec le traitement immunosuppresseur. Il a donc fallu le retirer en urgence :  les tissus du visage commençaient à nécroser. Jérôme Hamon a dû rester trois mois sans visage, respirant par une trachéotomie et nourri par une sonde. Il ne pouvait alors ni voir, ni parler, ni entendre. La seconde greffe a pu être réalisée grâce à un donneur compatible. Le risque de rejet étaient encore plus fort après un premier rejet, un traitement immunodépresseur plus lourd a été nécessaire. Le patient est aujourd’hui en convalescence dans un centre de rééducation.

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