Un carnet vieux de 700 ans a été mis au jour dans des latrines du Moyen Âge
Protégé par une pochette en cuir étanche, ce carnet de cire de dix pages est intact et contient des inscriptions en latin, encore lisibles.

En Allemagne, des archéologues ont mis au jour un carnet de cire, rare et réutilisable, dans des latrines datant du Moyen-Âge hermétiquement fermées et dégageant une odeur nauséabonde.
En Allemagne, des archéologues ont mis au jour un carnet de cire, rare et réutilisable, dans des latrines datant du Moyen-Âge hermétiquement fermées et dégageant une odeur nauséabonde.
Entre le 13e et le 14e siècle, une jeune personne bien occupée se serait rendue aux latrines avec quelque chose en tête. Elle se serait installée à la hâte, peut-être en sortant de sa poche un petit carnet pour y gribouiller quelques notes avant de l’y remettre. Mais elle l’aurait malencontreusement laissé tomber dans l’action, et le carnet a plongé dans le trou, vraisemblablement perdu à jamais.
Il a finalement été retrouvé plus de 700 ans plus tard, comme l’ont annoncé des archéologues ayant mis au jour des latrines à Paderborn, en Allemagne.
« L’état du carnet nous a tous étonnés », confie Sveva Gai, archéologue urbaine membre de l’Association provinciale de Westphalie-Lippe (LWL) à Münster, en Allemagne, qui a supervisé les fouilles. « De telles découvertes sont extrêmement rares et sont rarement aussi bien conservées sous terre ».
Le carnet, qui mesure 8,6 cm sur 5,5 cm, a été mis au jour dans une sacoche en cuir brodé hermétiquement fermée, ce qui l’a protégé des siècles de dégradation et de la boue. Il contient dix pages, chacune bordée d’un cadre en bois rempli de cire.

Chaque page du carnet est bordée d’un cadre en bois rempli de cire. Les inscriptions, rédigées en latin dans la cire, sont encore clairement visibles.

Chaque page du carnet est bordée d’un cadre en bois rempli de cire. Les inscriptions, rédigées en latin dans la cire, sont encore clairement visibles.
Chaque page du carnet est bordée d’un cadre en bois rempli de cire. Les inscriptions, rédigées en latin dans la cire, sont encore clairement visibles.
Chaque page du carnet est bordée d’un cadre en bois rempli de cire. Les inscriptions, rédigées en latin dans la cire, sont encore clairement visibles.
« Le bois n’est pas gondolé, la cire est toujours intacte et les inscriptions sont encore clairement lisibles », précise Sveva Gai. Et d’ajouter que comme la cire porte encore les marques des écrits, « il est possible de déchiffrer les lignes effacées ».
Les chercheurs, qui ont annoncé la découverte du carnet en mai 2026, estiment que celui-ci donne un aperçu inédit de la vie des Allemands au Moyen Âge.
« C’est une découverte incroyable », observe Anna Willi, historienne spécialiste de l’Antiquité et archéologue au British Museum qui n’a pas pris part aux fouilles. « Je suis convaincue que le carnet deviendra de plus en plus fascinant à mesure qu’il sera étudié et révélera ses secrets ».
GRAVÉ DANS LA CIRE
Les carnets de cire sont bien connus des archéologues. Ils figurent parmi les premiers supports de prise de notes avant que le papier ne se diffuse à travers l’Europe après le premier millénaire après Jésus-Christ.
Ils seraient apparus pour la première fois au Proche-Orient, en particulier dans l’ancienne Mésopotamie, au troisième millénaire avant Jésus-Christ. Les carnets et les tablettes de cire étaient également courants dans l’Égypte, la Grèce et la Rome antiques. Des mosaïques romaines représentent ainsi des personnes transportant de grandes tablettes à des fins administratives, tandis que les fouilles archéologiques ont mené à la découverte d’innombrables cadres de carnets de toutes tailles et tous matériaux, notamment en bois, en métal et en terre cuite. La plus petite de ces tablettes romaines, la vitellianai, mesurait environ 10 centimètres et était souvent offerte comme cadeau à l’occasion de fêtes.
La plupart des carnets mis au jour sont toutefois incomplets et gravement dégradés, leur cire ayant disparu, indique Anna Willi. C’est ce qui rend le carnet récemment découvert si unique : « rien de comparable n’a été mis au jour à l’époque romaine », explique-t-elle.
Les carnets de cire permettaient à leurs propriétaires d’y écrire des notes précises qu’ils pouvaient effacer à l’infini. Ils utilisaient des stylets en os, en bois, en métal ou en ivoire, dont une extrémité était pointue et l’autre était en forme de spatule, permettant ainsi de lisser la cire pour écrire à nouveau dessus. Une fresque de Pompéi représente une femme en pleine réflexion, tenant un carnet de cire de la taille d’un iPad et un stylet dont elle presse l’extrémité pointue sur ses lèvres. Pour effacer le texte, les auteurs comme cette femme pouvaient mettre la cire à chauffer près du feu. Telle une ardoise magique, la page redevenait alors vierge.
« Si le parchemin, précieux [car fabriqué à partir de peaux d’animaux] était généralement réservé aux versions définitives d’un écrit, tandis que les tablettes de cire, sur lesquelles les erreurs pouvaient facilement être corrigées, servaient pour la prise de notes et les brouillons », analyse Svea Janzen, historienne de l’art à l’université d’Iéna Friedrich Schiller, qui n’a pas pris part aux fouilles. « Par conséquent, les tablettes d’écriture étaient souvent utilisées par les administrations urbaines pour la tenue des comptes royaux ».

L’une des cinq latrines médiévales mises au jour par les archéologues lors des fouilles qu’ils ont menées sur le site. C’est à l’intérieur qu’ils ont découvert la sacoche contenant le carnet.
L’une des cinq latrines médiévales mises au jour par les archéologues lors des fouilles qu’ils ont menées sur le site. C’est à l’intérieur qu’ils ont découvert la sacoche contenant le carnet.
Des découvertes similaires suggèrent que les petits carnets comme celui-ci servaient aussi pour les annotations, les comptes commerciaux, les listes, les calculs ou pour noter le vers d’un poème ou d’une prière, ajoute l’historienne de l’art.
Au Moyen Âge, en Allemagne, les carnets de cire étaient courants parmi les classes aisées qui pouvaient lire et écrire. Selon Sveva Gai, ceci laisse supposer que l’auteur « pouvait être membre du clergé ou un citoyen appartenant à une classe sociale plus favorisée, ou bien un étudiant faisant ses devoirs dans le carnet ».
UNE DÉCOUVERTE ODORANTE
Sveva Gai et ses collègues ont mis au jour le carnet alors qu’ils menaient des fouilles en amont de la construction d’un nouveau bâtiment administratif de la ville. Grâce aux travaux préalables, ils savaient que le site avait appartenu à un monastère du début du 11e siècle, dont certaines parties avaient par la suite été mises à la location.
À l’occasion de ces fouilles récentes, les archéologues ont découvert cinq latrines et un ensemble d’objets tombés dans l’oubli, notamment des chaussures, des fragments de tonneaux, le fourreau d’un couteau et les morceaux d’un arc. Ils ont également mis au jour plusieurs petits carrés de soie brodés, qui servaient probablement de papier toilette.
L’une des latrines était hermétiquement fermée, raconte Sveva Gai, « si bien qu’elle dégageait une odeur très nauséabonde ».
Munis de gants, les archéologues ont creusé jusqu’à environ cinq mètres de profondeur dans la « bouillasse » avant que quelqu’un ne remarque une discrète sacoche en cuir noir. Lorsqu’ils en ont sorti le carnet, les chercheurs ont constaté que ses pages étaient parfaitement préservées.

Le carnet a été retrouvé dans une sacoche en cuir décorée de fleurs de lis, qui était en parfait état.

Le carnet a été retrouvé dans une sacoche en cuir décorée de fleurs de lis, qui était en parfait état.
Le carnet a été retrouvé dans une sacoche en cuir décorée de fleurs de lis, qui était en parfait état.
Le carnet a été retrouvé dans une sacoche en cuir décorée de fleurs de lis, qui était en parfait état.
Le texte, en latin, a été rédigé par plusieurs individus, comme en attestent les différents styles d’écriture, précise l’archéologue. D’autres documents écrits de la même main et datant de la même époque ont également été mis au jour dans d’autres régions d’Allemagne.
Comme l’ajoute Sveva Gai, de nombreux objets médiévaux similaires ont été mis au jour dans des latrines, l’humidité qui y règne étant propice à leur conservation. Il semblerait donc que les gens de l’époque se montraient régulièrement maladroits.
« Cependant, aucun carnet en aussi bon état n’avait été mis au jour jusqu’à présent », indique-t-elle.
Le cuir de la sacoche est décoré de fleurs de lis, un symbole de pureté souvent utilisé par la noblesse, souligne Anna Willi, qui se demande bien comment le carnet parfaitement conservé a pu se retrouver dans des latrines. « S’il est tombé par accident, son propriétaire devait être très embêté, mais je ne peux pas lui en vouloir de ne pas avoir essayé de le récupérer ! »
Taylor Mitchell Brown est journaliste indépendant. Basé à San Diego (États-Unis), il écrit régulièrement des articles sur l’archéologie, la paléontologie et les animaux pour National Geographic.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
