Photojournalisme : les meilleurs reportages des années 2010

Après la parution d’une liste des 10 meilleurs récits journalistiques de la décennie 2010, qui ne faisait aucune mention du photojournalisme, nous avons décidé d’établir notre propre classement.

Publication 27 oct. 2020, 12:20 CET
La photographe Stephanie Sinclair a parcouru le monde entier pour raconter l’histoire des épouses-enfants comme Tahani. Celle-ci ...

La photographe Stephanie Sinclair a parcouru le monde entier pour raconter l’histoire des épouses-enfants comme Tahani. Celle-ci prend ici la pose avec son ancienne camarade de classe Ghada, elle aussi épouse-enfant, à l’extérieur de leur maison au Yémen. « Lorsque je l’ai vu, je me suis cachée. Je détestais le voir », confie Tahani en se remémorant ses premiers jours de mariage à Majed, alors âgé de 25 ans. Ce projet photographique a donné naissance à une organisation à but non lucratif luttant en faveur de l’émancipation des femmes et de l’abolition du mariage d’enfants.

Photographie de STEPHANIE SINCLAIR

Au cours de la dernière décennie, le photojournalisme a révélé l’un des massacres qui ont poussé 750 000 personnes à fuir la Birmanie. Il a dévoilé les vies des quelques millions de filles forcées à devenir des épouses-enfants chaque année. Il a montré le miracle médical d’une greffe du visage, l’horreur des agressions sexuelles dans l’armée, l’impunité des escadrons de la mort aux Philippines.

La semaine dernière, l’école de journalisme de la NYU a désigné les 10 reportages journalistiques ayant eu le plus grand impact au cours des 10 dernières années.

Mais le photojournalisme manquait à l’appel.

Nous avons donc passé quelques jours à écumer des centaines de récits photojournalistiques de la dernière décennie. Ils n’étaient pas difficiles à trouver. Nous en avons choisi 10 pour lancer la discussion et s'assurer d'une chose : que la prochaine fois, le travail des photojournalistes sera inclus dans la liste du « meilleur du journalisme ». Vous découvrirez ci-dessous notre courte liste, qui n’est absolument pas définitive. Attention : certains clichés peuvent être choquants.

Aux Philippines, une supposée « guerre contre les drogues » sert de prétexte pour tuer des milliers de personnes, assassinées par des hommes armés soutenus par le gouvernement. Dans l’image ci-dessus, Daniel Berehulak a saisi la douleur d’une fillette de 6 ans alors que le corps de son père était déplacé pour l’enterrement. Jimboy Bolasa, âgé de 25 ans, faisait partie des 57 victimes d’homicide qu’a photographiées Daniel Berehulak en l’espace de 35 jours en 2016.

Photographie de DANIEL BEREHULAK, THE NEW YORK TIMES/REDUX

Pendant 6 ans, Mary Calvert s’est intéressée aux agressions sexuelles dans l’armée et à leurs conséquences prolongées. Ci-dessus, Rachel Lloyd réconforte Paul, son mari, après que ce dernier a revécu un souvenir. Alors qu’il se trouvait dans un supermarché de l’Utah, l’odeur d’une bougie lui a rappelé le shampooing qu’il utilisait sous la douche du centre d’entraînement de base de l’armée lorsqu’il a été battu et violé par une autre recrue. Il se couvrit soudainement le visage avec ses mains et glissa au sol en pleurs. « C’est l’enfer et il est impossible d’y échapper », avait-il dit dans le récit interactif de Mary Calvert en 2019. Au cours des dernières décennies, plus de 100 000 hommes ont subi des agressions sexuelles dans l’armée.

Photographie de MARY CALVERT

La photographe Maggie Steber n’a pas seulement photographié un miracle médical, elle a aussi photographié l’amour. Ci-dessus, Robb et Alesia Stubblefield enlacent leur fille Katie, plusieurs mois après que celle-ci a subi une greffe du visage à la clinique de Cleveland fin 2017. Déterminés à l’aider à vivre aussi normalement et aussi intensément que possible, Robb et Alesia ont relégué leur vie au second plan pendant quatre ans. Lorsque ce cliché a été pris, le couple cherchait une solution pour améliorer la vision de leur fille.

Photographie de Maggie Steber, National Geographic

Ci-dessous figurent d’autres exemples extraordinaires de récits photojournalistiques réalisés au cours des 10 dernières années :

? Les trois images montrant une réalité que Myanmar niait : le massacre des membres appartenant à la minorité musulmane des Rohingya et les incendies de leurs villages en 2017. Le reportage a été récompensé du prix Pulitzer, décerné alors que Wa Lone et Kyaw Soe Oo, les journalistes de Reuters, étaient emprisonnés pour 511 jours par les autorités du Myanmar pour avoir fait leur travail ;

? Le récit de Nina Robinson sur la vie et le deuil devait couvrir une bande du sud des États-Unis, mais un drame familial l’a incitée à s’intéresser au pouvoir de la mémoire et à la petite ville de l’Arkansas où sa grand-mère a passé ses derniers jours. « Je n’avais jamais rien fait d’aussi personnel », confie la photographe, et d’aussi universel ;

? Le travail de Brent Stirton sur la faune a changé la dynamique de la photographie de conservation, explique Katy Moran, directrice de la photographie. Elle fait référence à sa série sur le braconnage des rhinocéros. L’un des clichés de celle-ci, d’un rhinocéros décorné en Afrique du Sud, lui a valu de remporter le prix de Photographe animalier de l’année en 2017 et la première place dans la catégorie « récit de la nature » du concours World Press Photo ;

? En 2015 et pendant six mois, Ruddy Roye a documenté les manifestations à Brooklyn, Memphis, Manhattan, Ferguson et dans le Mississippi. Sa série photographique, intitulée When Living is a Protest (Lorsque la vie est synonyme de manifestation), était une révélation, dévoilant des personnes qui surmontaient la douleur chaque jour. « Le fait que [ces personnes] refusent de se taire, refusent d’abandonner, je vois cela comme une manifestation », a-t-il déclaré ;

? Matt Black a visité 46 États et Puerto Rico pour son travail remettant en cause la représentation traditionnelle des personnes les plus démunies de l’Amérique. Son projet, intitulé Geography of Poverty (Géographie de la pauvreté), brise le mythe américain et la stigmatisation d’être pauvre. Le photographe a découvert, comme il le dit avec ses propres mots, « qui satisfait ses besoins et qui n’y parvient pas ; qui est estimé et qui ne l’est pas » ;

? De nombreux photographes se sont rendus dans le Dakota du Sud pour couvrir le conflit de 2016 opposant les Amérindiens aux promoteurs d’un pipeline devant traverser les terres de la tribu. Le photographe Josué Rivas a passé sept mois à Standing Rock, prenant part aux cérémonies tribales avant même de photographier les personnes. Son travail a transmis une compréhension plus profonde de ce qui était en jeu. « Je savais que je devais raconter cette histoire en me mettant à la place des indigènes », a-t-il confié.

Voilà des récits qui présentent un visage humain, qui montrent un soupçon de compassion et qui utilisent la photographie comme preuve afin de tenir les gens et les gouvernements pour responsables.

Nous avons de quoi être fiers de cette décennie passée de photojournalisme, que les reportages soient reconnus ou non.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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