Photographie

L’amour en 7 portraits

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De N/A

À chaque Saint Valentin, je demande à des photographes de partager l’une de leurs œuvres qui est à leurs yeux la meilleure représentation de l’amour. Et chaque année, je reçois des exemples poignants de la façon dont l’amour peut être perçu et ressenti dans une image figée. En ce jour de Saint Valentin, sept photographes de National Geographic ont partagé des images représentant l’amour sous ses multiples formes (l’amour familial, romantique, la camaraderie, mais aussi l’amour face à la haine). Ces images et les histoires qu’elles renferment montrent que l’amour peut se cacher n’importe où : des endroits du monde les plus affectés par les conflits à la chaleur et la sécurité d’un lit dans une ville tranquille, le tout en une seule prise.

Tatiana et sa grande sœur Olga sont extrêmement liées, souvent complices dans leurs espiègleries, quand il s’agit de partir à l’aventure et de se lancer dans de longues promenades dans la toundra russe. Elles partageaient la même chambre, avec leurs lits disposés à côté l’un de l’autre, et parfois la nuit, dans le noir, avant de s’endormir, elles partageaient leurs secrets de cœur et se racontaient sur qui elles craquaient à l’école. Cette photo a été prise la dernière année où Olga vivait encore à la maison, dans la petite ville arctique de Tiksi. Après avoir obtenu son diplôme de fin d’études secondaires, elle est allée poursuivre ses études à l’université de Saint Pétersbourg. Durant la première année qui a suivi le départ d’Olga, pas un jour ne s’est écoulé sans que les filles ne se téléphonent. C’était l’époque où tout était nouveau et étrange, aussi bien pour Olga à Saint-Pétersbourg que pour Tatiana, qui venait de tomber amoureuse pour la première fois.

Bien sûr, les relations entre frères et sœurs évoluent aux cours des différentes étapes de leurs vies. Il est possible que dans le cas d’Olga et de Tatiana, il s’agisse plus d’une question d’âge que de distance. Lorsque je les ai rencontrées, elles n’étaient encore que des enfants qui courraient dans la toundra, construisaient des maisons avec la neige et se racontaient leurs secrets à la nuit tombée. Aujourd’hui, Tatiana s’apprête à finir ses études secondaires et doit prendre d’importantes décisions qui définiront son parcours universitaire et son avenir professionnel. Olga est sur le point d’obtenir son diplôme universitaire dans une grande ville, et se trouve à un tournant de sa carrière. Leur relation a changé aujourd’hui, mais l’amour entre les sœurs ne fait que grandir, et reste une source de soutien pour toutes les deux. — Evgenia Arbugaeva

« Faites l’amour, pas la guerre ». Une belle proposition d’amour pour lutter contre la guerre, une solution qui pourrait éviter les conflits et guérir les blessures qu’ils ont causées. Cependant, l’amour semble parfois pouvoir provoquer aussi bien qu’il prévient le conflit ; dans les deux camps, chacun a connaît des êtres chers et se bat pour les siens, pour ses croyances, sa tribu et son pays. Des choses effroyables peuvent alors se produire sur la base de cet amour : des personnes tuées, des vies gâchées, des populations déplacées et des communautés détruites. Pourtant, la guerre semble toujours incapable de détruire l’amour.

Cette femme a été violée au cours de l’un des innombrables conflits qui ont secoué la République démocratique du Congo, où des affrontements aux noms et aux causes extrêmement fluctuants ont affecté des dizaines de millions de personnes, qui en subissent encore les effets aujourd’hui. Le viol est un acte de violence, l’opposé de l’amour, une arme de guerre. Mais si la guerre ne peut avoir raison de l’amour, alors le viol non plus.

Après avoir photographié de nombreuses victimes de viol au Congo ces dernières années, je me suis souvent demandé si cette épreuve avait affecté leur perception de l’amour. Leur compréhension de l’amour est-elle la même, est-elle aussi bonne, ou l’amour leur est-il devenu étranger ? Quelque chose de moins pur ? Ou au contraire l’amour commence-t-il à prendre une signification plus grande, devient-il plus précieux, plus essentiel, voire la condition de leur survie ?  — Michael Christopher Brown

Ce sont mes parents. Ils se sont rencontrés à l’université en Arménie. Ma mère venait d’avoir 21 ans. Lorsque je pense à l’amour, ce n’est pas forcément le couple qu’ils formaient qui me vient à l’esprit. Ils se sont d’ailleurs séparés bien avant ma naissance. J’ai ensuite été séparée de mon père et j’ai grandi sans jamais savoir quoi que ce soit de leur relation. À 23 ans, j’ai décidé de me rendre en Arménie pour le retrouver. Alors que j’apprenais à le connaître, mon père a commencé à dévoiler un lointain passé. Il m’a emmenée là où ma mère et lui s’étaient rencontrés pour la première fois. Je pouvais déjà imaginer la magnifique robe en dentelle qu’elle portait ce jour-là. C’est étrange de voir des photos d’eux ensemble. Ils ont l’air si heureux. Si amoureux. C’est probablement le genre d’amour que j’ai toujours rêvé de voir entre eux. Curieusement, cette image a rendu mes parents humains à mes yeux. Je pense que lorsque l’on est petit, on ne voit pas forcément nos parents comme des personnes. Ce sont des adultes qui semblent avoir tout compris au monde qui nous entoure. Et pourtant ici je vois deux personnes, de mon âge, qui s’aiment. — Diana Markosian

« D. » et « O. », originaires de Saint-Pétersbourg en Russie, ont été battues parce qu’elles avaient osé marcher en se tenant la main dans une rue près de chez elles. « Après l’agression, j’ai senti encore plus à quel point D comptait pour moi et à quel point j’étais effrayée à l’idée de la perdre », a écrit O. « La pire des choses que j’ai pu ressentir a été cette incapacité totale à protéger celle que j’aimais, ou même à me protéger. Oui, aujourd’hui je me retourne dans la rue et je vois chaque homme que je croise comme une source potentielle de danger. Mais maintenant, à chaque fois que je suis dans la rue et que je lui prends la main, je le fais consciemment, c’est un choix. “Donne-moi la main, ceci est ma récompense pour ton courage. ” »

Ma rencontre avec D. et O. et leur histoire m’ont profondément touché. Comme de nombreuses autres histoires présentées dans mon projet Where Love Is Illegal (Là où l’amour est illégal), les témoignages les plus déchirants se concluaient généralement par de belles illustrations de ce qu’est la force de l’amour et le pouvoir de choisir.

Il y a quatre semaines, un beau jour d’été sur les rives d’un lac en Nouvelle-Zélande, j’ai tendu la main à mon épouse et je lui ai lu mes vœux, dont elle était la seule à connaître le sens profond. « Aude, prends ma main en signe de mon engagement à te rendre l’amour que tu m’as donné, à te soutenir comme tu m’as soutenu ; dans la santé et la maladie, la richesse et la pauvreté, l’incertitude et le succès, je te choisis. » — Robin Hammond

En accompagnant pendant plusieurs semaines des gardiens de troupeaux de la pampa alors qu’ils chassaient le bétail et les chevaux sauvages en Patagonie, j’ai été troublé par toute la souffrance endurée par les animaux chassés. Mais la brutalité dont faisaient preuve les hommes avec leurs proies était d’une certaine manière contrebalancée par de sublimes moments de silence et de douceur entre les hommes et leurs chiens -des amis fidèles qui s’avéraient souvent être leurs seuls compagnons dans les postes isolés qu’ils occupaient pendant des mois. Leurs regards durs s’emplissaient soudain de tendresse et d’amour lorsqu’ils se rapprochaient, comme à cet instant.

J’ai ressenti ce même paradoxe par rapport à la Patagonie, qui est à la fois incroyablement belle et extrêmement dure. Cette dualité est bien contenue et représentée dans la personnalité tranquille des gauchos de Patagonie, un miroir du paysage et de leur lien avec cette terre.  —Tomás Munita

Le temps passe si vite. Je ne parviens pas à me souvenir de la date exacte à laquelle j’ai pris cette photo, mais je sais que je devrais. Elle a été prise chez ma grand-mère en Arizona et il s’agit de l’un des derniers clichés que j’ai pris d’elle avant sa mort. Elle avait déjà plus de 90 ans et je savais que les photos que je prenais à l’époque immortaliseraient mes souvenirs d’elle : ce à quoi elle ressemblait, ce qu’elle portait, la lumière qui émanait d’elle.

Je l’observais lorsqu’elle s’asseyait dans sa chambre pour écouter la radio, lorsqu’elle arrachait les mauvaises herbes dehors dans le jardin, et lorsqu’elle jouait au solitaire sur la table de la cuisine.

Cette photo a été prise en début de soirée, après quelques heures de jardinage. La lumière environnante avait presque disparu mais elle semblait encore rayonner, surtout ses mains. En cet unique instant, ses mains semblaient me révéler une vie entière de souvenirs, des vies qui l’ont précédée et de celles qui lui succèderont. J’ai vu en elle mon père, moi-même et mon enfant. Elle m’a donné à voir toutes les émotions que l’on peut ressentir dans une vie, dont l’amour est à la fois l’origine et l’aboutissement. —Erika Larsen

Les histoires d’amour entre Israéliens et Palestiniens sont taboues, dangereuses et rares. J’ai commencé à filmer Sami, un Palestinien de Cisjordanie, et Lior, une juive Israélo-Yéménite, alors que je travaillais sur un projet plus large sur les histoires d’amour entre Israéliens et Palestiniens, avec mon collègue photographe Ed Ou. Ils vivent avec leurs six enfants dans un appartement doté d’une seule chambre qui a été construit par Sami. Tard le soir, lorsque les enfants se sont endormis, le couple reste éveillé pour discuter et regarder des films. Puis, avant de s’endormir, Lior change de chaîne pour écouter des prières musulmanes. C’est pour protéger ses enfants et son mari pendant leur sommeil. Le matin, avant que le reste de la famille ne se lève, Lior lit des prières juives, aussi pour les protéger. « L’Islam et le judaïsme -le Coran et la Torah- sont en essence la même chose », explique-t-elle. « Dans notre maison, nous avons à la fois le Coran et la Torah. Ces deux livres nous ont été donnés par Dieu. » —Kitra Cahana

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