Tanzanie : pourquoi les albinos sont-ils persécutés ?

Dans ce pays du sud-est de l’Afrique, les albinos sont mutilés ou assassinés. La raison de ces violences ? Les restes de leur corps entrent dans la composition de remèdes magiques, vendus par les sorciers à des prix exorbitants.

De Rédaction National Geographic

Dans les villages reculés de Tanzanie, toutes sortes de conseillers, guérisseurs, sorciers ou devins, appelés waganga en swahili, sont consultés pour des problèmes allant de la vache tarie à l’épouse abstinente. Les prescriptions peuvent inclure des racines pulvérisées, des infusions d’herbes ou encore du sang d’animal. Mais aussi des restes humains de personnes atteintes d’albinisme.

Certains waganga pensent que les cheveux, les os, les organes génitaux ou les pouces de personnes albinos auraient des pouvoirs spécifiques. Séchés, pilés et empaquetés, ou répandus en mer, ces morceaux d’êtres nés avec un déficit de production de mélanine dans un pays ou la majorité des habitants ont la peau noire sont réputés gonfler un filet de pêche, révéler la présence d’or dans un terrain ou faire gagner des voix à un politicien.

Comment ces parties corporelles ont-elles acquis leur réputation magique ? Nul ne le sait précisément, mais des chercheurs en situent l’usage comme marchandise vers le début du XXe siècle, quand les petits agriculteurs ont pensé que la pêche ou l’extraction de l’or offraient davantage d’opportunités, mais comportaient plus de risques.

Résultat : les individus souffrant de cette maladie génétique de dépigmentation de la peau sont mutilés, voire massacrés, parfois par leur propre famille. Le remède à base de parties corporelles d’albinos peut coûter jusqu’à 100 000 shillings tanzaniens (près de 40 euros), dans un pays où le salaire moyen annuel est d’environ 2 500 euros. Un bras d’albinos peut rapporter à un sorcier jusqu’à 4 000 euros.

La mère d’un albinos de 4 ans aujourd’hui en sécurité dans une école après que des motocyclistes ont essayé de le kidnapper devant sa maison, se plaint : « Je ne peux même pas faire confiance aux membres de ma famille car ils sont prêts à tout quand ils ont besoin d’argent. »

La procureure tanzanienne Beatrice Mpembo rappelle que depuis 2007 seules 21 personnes ont été condamnées pour le meurtre d’albinos, dans à peine six affaires. Pour la magistrate, ce chiffre s’explique par le manque de coopération des familles. En réalité, à peine 5 % des individus arrêtés sont condamnés. Et personne n’ose fournir les noms des instigateurs de ces violences : les riches clients des waganga.

 

Dans le n° 221 du magazine National Geographic, daté de février 2018, le combat des ONG sur le terrain pour faire cesser ces violences

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