Que se passe-t-il dans votre corps lorsque vous arrêtez un traitement au GLP-1 ?
Reprendre le poids perdu n’est pas la seule conséquence. On sait désormais que l’arrêt d’un traitement au GLP-1 peut également faire disparaître une partie de ses bénéfices sur la santé cardiovasculaire et la glycémie.

Les traitements GLP-1 comme l’Ozempic ou le Mounjaro peuvent réduire le risque de crise cardiaque ou d’AVC. Mais de récentes études soulèvent des inquiétudes concernant la durée de cette protection une fois le traitement arrêté.
Les traitements GLP-1 comme l’Ozempic ou le Mounjaro peuvent réduire le risque de crise cardiaque ou d’AVC. Mais de récentes études soulèvent des inquiétudes concernant la durée de cette protection une fois le traitement arrêté.
La plupart des patients traités aux agonistes des récepteurs du GLP-1 tels que l’Ozempic ou le Mounjaro le savent : ces médicaments s'inscrivent dans un traitement au long cours. À l’interruption du traitement, bon nombre d’entre eux reprennent au moins une partie du poids préalablement perdu. Leur glycémie peut également grimper. Néanmoins, les études révèlent que ces traitements peuvent avoir une incidence moins perceptible : la perte des avantages protecteurs du médicament contre les crises cardiaques ou les AVC.
Une étude portant sur plus de 132 000 vétérans américains traités au GLP-1 apporte la preuve des bienfaits cardiovasculaires de ces traitements. Quand ceux-ci se terminent, lesdits bienfaits disparaissent aussi. D’autres études corroborent ces résultats : les effets bénéfiques des GLP-1 peuvent disparaître lorsque le traitement est interrompu.
« On pense à tort qu’on peut prendre ce traitement pour perdre du poids, par exemple pendant un an, indique Ziyad Al-Aly, néphrologue à l’université Washington de Saint-Louis et co-auteur de l’étude. On pense qu’on peut arrêter le traitement et conserver une bonne santé cardiovasculaire, ou garder le même poids. Mais le GLP-1 est en réalité un traitement chronique conçu pour une maladie chronique. »
Continuer le traitement n’est pas toujours faisable. Entre 36 % et 65 % des patients sous GLP-1 sont susceptibles de devoir interrompre leur prise de médicaments, qu’ils le veuillent ou non. Une étude de 2026 portant sur des patients [américains] ayant arrêté leur médication au GLP-1 indique que plus de la moitié l’a fait pour des raisons de couverture sociale : coûts trop élevés ou absence d’assurance. Un tiers a mis fin au traitement à cause d’effets secondaires comme les nausées ou la constipation, tandis qu’un quart l’a interrompu une fois le poids idéal atteint.
Abandonner le traitement peut être plus éprouvant pour les patients atteints de diabète de type II, qui sont deux à quatre fois plus susceptibles de subir des complications cardiovasculaires comme des insuffisances cardiaques, des infarctus ou des AVC. L’étude de Ziyad Al-Aly indique que le risque de crise cardiaque, d’AVC ou de décès est réduit de 18 % chez les patients traités aux GLP-1 par rapport à ceux sous médication plus ancienne. Ce pourcentage paraît faible, mais « réduire le risque d’AVC et de problèmes cardiovasculaires plus ou moins graves, ce n’est pas rien » insiste le chercheur.
Mais cet avantage disparaît avec l’arrêt du traitement. Les risques augmentent tous les six mois chez les patients ayant récemment interrompu leur traitement jusqu’à retrouver leur niveau d’origine. « Il faut trois ans pour parvenir à cette réduction de 18 %, explique Ziyad Al-Aly. Et dix-huit mois d’interruption pour qu’elle s’annule. »
Toutefois, les études telles que celle de Ziyad Al-Aly sont observationnelles, pondère Hertzel Gerstein, endocrinologue à l’université McMaster au Canada. « Les patients qui interrompent leur traitement ne sont pas les mêmes que ceux qui le poursuivent, indique-t-il. » Cette étude recense les patients qui ont démarré puis arrêté le traitement de leur propre chef. Contrairement à la plupart des études, ils n’ont pas reçu de prescription au départ. Ceux qui ont arrêté la prise de médicaments étaient peut-être plus à risque à l’origine, ou pouvaient avoir des maladies non recensées dans l’étude. « À moins de mener un essai clinique randomisé, on ne peut pas vraiment répondre à la question. »
Les experts ne comprennent pas encore totalement pourquoi les traitements au GLP-1 réduisent ces risques cardiaques, mais « nous savons qu’une bonne partie des avantages cardiovasculaires/cardiométaboliques des analogues du GLP-1 ne sont pas liés à la perte de poids, explique John Ussher, qui étudie les maladies cardiométaboliques à l’université d’Alberta. »
Les médicaments peuvent toucher plusieurs voies concernées par les maladies cardiovasculaires, notamment l’inflammation et la bonne santé des vaisseaux sanguins. « Nous essayons toujours de comprendre quelles voies sont les plus susceptible de contribuer à ces effets protecteurs » explique Erin Mulvihill, biochimiste à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa. Des études cellulaires et animales suggèrent que les agonistes des récepteurs du GLP-1 « peuvent réduire certaines formes d’inflammation » indique Mulvihill. Néanmoins, « on ne sait pas encore comment ces effets se manifestent chez l’être humain. »
D’autres chercheurs tentent de comprendre comment le traitement aux GLP-1 influence les propriétés réparatrices des cellules endothéliales. Ces cellules, qui constituent les parois des vaisseaux sanguins, jouent un rôle important dans la bonne santé des artères et des veines ainsi que dans la formation de nouveaux vaisseaux, explique David Hess, biologiste spécialisé dans les cellules souches pour Unity Health, l’Université de Toronto et l’Université de Western Ontario.
Alors que le cholestérol ou une glycémie élevée peuvent endommager ces cellules, les maladies cardiométaboliques réduisent également le nombre de cellules progénitrices en circulation. David Hess explique que ces cellules sont « responsables de l’autocicatrisation des vaisseaux, en stimulant ce processus de régénération. » Abîmer les vaisseaux et raréfier ces cellules serait similaire aux effets d’une maladie métabolique. Ce serait comme mettre le feu à une caserne de pompiers. Le biologiste estime que les agonistes des récepteurs du GLP-1 pourraient protéger à la fois les cellules endothéliales et les cellules progénitrices destinées à les réparer. Ainsi, de plus petits feux seraient déclenchés, permettant aux pompiers de les éteindre.
Mais si l’on retire les agonistes des récepteurs du GLP-1, ces feux peuvent rapidement devenir incontrôlables. « Il est probable que, sans l’action de ces mécanismes, la réduction du risque de complications cardiovasculaires majeures chez les personnes atteintes de diabète de type 2 s’estompe progressivement, contrairement à ce que l’on observe chez celles qui poursuivent le traitement », déclare Ussher.
Ziyad Al-Aly s’inquiète surtout de l’effet rebond engendré par l’arrêt du traitement. « J’appelle ça une « claque métabolique », explique-t-il. On habitue son corps à moins d’inflammation, de cholestérol et de stress oxydant. Il est heureux. Le cœur est heureux, en bonne santé et, d’un coup, on lui dit « J’arrête le GLP-1, ça va faire revenir l’inflammation. »
Chez les modèles animaux, une fluctuation du poids (la fameuse « claque »), peut « accélérer la croissance de plaques d’athérome dans les artères, précise Mulvihill. Perdre du poids tout en protégeant son cœur demande un engagement constant de la part du patient. »
Bien que les scientifiques étudient encore l’effet du GLP-1 sur les vaisseaux sanguins, d’autres changements induits par l’arrêt du traitement sont mieux appréhendés. L’appétit revient souvent en force, tandis que le taux de glycémie peut regrimper, en particulier chez les patients atteints de diabète de type II. Les médicaments permettent de réguler la glycémie en stimulant la sécrétion d’insuline et en réduisant le glucagon. Ces effets peuvent néanmoins baisser une fois le traitement arrêté.
Ce n’est pas de la faute du patient, insiste Kim Connelly, chef du département de cardiologie pour l’hôpital St. Michael, Unity Health et l’Université de Toronto. Les traitements au GLP-1 ne guérissent ni le diabète de type 2 ni les troubles métaboliques qui lui sont associés. Les symptômes sont atténués, mais la maladie demeure. « Vous savez, quand on stoppe le traitement, la maladie n’est pas totalement enrayée. Il n’est donc pas surprenant d’en observer une recrudescence. »
Malgré tout, les bénéfices ne disparaissent pas tous. Dans l’année qui suit l’arrêt du traitement au GLP-1, environ deux tiers du poids perdu reviennent. Néanmoins, les patients tendent d’abord à conserver leur poids idéal, avant de reprendre 75 % du poids perdu. Une autre étude montre qu’une petite partie des patients sous tirzépatide (Mounjaro) ont vu leur taux d’hémoglobine glyquée (ou HbA1c) baisser de plus de deux points de pourcentage en un an. Ce marqueur sanguin reflète la glycémie moyenne au cours des deux à trois mois précédents. Une fois le traitement arrêté, leurs taux d’HbA1c ne sont pas tous remontés, suggérant que quelques avantages pourraient demeurer.
Connelly ajoute que des études antérieures portant sur le contrôle glycémique intensif indiquent que quelques avantages protecteurs restent même après plusieurs années hors traitement. Si ces études ne concernaient pas exactement les traitements au GLP-1, elles suggèrent néanmoins que l’amélioration de la santé métabolique peut perdurer. « Je pense que nous devons seulement nous montrer un peu plus prudents, c’est pour cela que nous avons besoin d’études sur le long-terme [de patients ayant arrêté le traitement]. »
Le traitement GLP-1 n’est tout de même pas le seul moyen d’améliorer la santé cardiovasculaire. « Tous les grands organismes de régulation de la santé conseillent d’accompagner un traitement au GLP-1 d’un changement de mode de vie et de régime alimentaire, et d’un exercice régulier » précise Connelly. Parfois, le traitement peut simplement permettre aux patients de retrouver une vie active, ajoute-t-il.
Toutefois, « pour un grand nombre de patients traités, maintenir un nouveau mode de vie une fois le traitement interrompu n’est pas aussi simple que cela en a l’air, rappelle Ussher. Pour certains patients, il peut être nécessaire de continuer le traitement aussi longtemps que possible. »
Bethany Brookshire est une journaliste scientifique primée et l’autrice de Pests: How Humans Create Animal Villains. Ses articles ont notamment été publiés dans Scientific American, The New York Times, National Geographic et The Atlantic.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
