Pourquoi les orages exacerbent-t-ils les allergies saisonnières ?
Les orages n’éliminent pas le pollen, ils le réduisent en particules minuscules. Voilà comment cela peut entraîner l’ « asthme d’orage ».

Au-delà d'un chemin de campagne dans le Kansas, un orage en approche. Les orages aggravent les problèmes liés au pollen car le taux élevé d'humidité, le vent et les éclairs réduisent les grains de pollen en centaines de particules minuscules chargées d'allergènes. Ces petites particules pénètrent plus profondément dans les poumons que les particules de pollen de taille normale, provoquant de graves réactions allergiques et des crises d'asthme.
Au-delà d'un chemin de campagne dans le Kansas, un orage en approche. Les orages aggravent les problèmes liés au pollen car le taux élevé d'humidité, le vent et les éclairs réduisent les grains de pollen en centaines de particules minuscules chargées d'allergènes. Ces petites particules pénètrent plus profondément dans les poumons que les particules de pollen de taille normale, provoquant de graves réactions allergiques et des crises d'asthme.
Le climatologue Corey Davis sait ce que c'est de vivre avec des allergies. « Je me réveille tous les matins avec le nez complètement bouché. J'ai l'impression d'avoir un rhume puis je me souviens que non, c'est juste le printemps », explique Corey Davis, qui travaille au Bureau du climat de l'État de Caroline du Nord.
Le pollen est l'une des principales causes. Près de 20 % de la population française est concernée par une allergie au pollen. Non seulement la saison pollinique dure plus longtemps, mais la concentration de pollen, c'est-à-dire le nombre de particules d'allergènes en suspension dans l'air à un moment donné, augmente également. Avec le réchauffement climatique, les problèmes liés à la présence du pollen dans nos vies risquent probablement de s'aggraver.
Les conditions météorologiques printanières pourraient alimenter ce phénomène. Les orages, qui s'accompagnent de vents violents, de pluies intenses, de forts écarts de températures et de grêle, peuvent réduire les particules de pollen en particules encore plus petites. Ces orages violents devraient se multiplier à mesure que les températures mondiales continuent d'augmenter.
QUE DEVIENT LE POLLEN PENDANT UN ORAGE ?
Les orages printaniers ne sont pas un phénomène nouveau mais le réchauffement climatique augmente leur fréquence et leur intensité. Le taux d'humidité accru, les pluies plus abondantes et les vents plus violents favorisent la dispersion du pollen et sa fragmentation en particules minuscules.
Les vents violents qui accompagnent les orages projettent des débris dans tous les sens, explique Dante Ricci, météorologue pour la chaîne de télévision WCHS en Virginie occidentale. « Tout pollen, toute poussière, tout ce qui se trouve au sol sera dispersé et emporté par le vent sur les voitures, dans l'air ambiant, voire à l'intérieur des maisons si les fenêtres sont ouvertes, ainsi que sur toute personne se trouvant à l'extérieur et ayant le malheur de se trouver sur son passage ».
Mais l'effet le plus notable de ces vents, en plus de l'augmentation de l'humidité et de la pluie, est qu'ils provoquent la fragmentation des grains de pollen en particules encore plus fines.
Si la pluie élimine une partie du pollen, ces particules minuscules peuvent rester en suspension dans l'air pendant des heures après un orage. Cette pluie printanière peut aussi inciter davantage de plantes à produire des allergènes.
« La taille des particules a une grande importance » affirme William Anderegg, professeur à la faculté des sciences biologiques de l'université de l'Utah. « La plupart des particules de pollen mesurent 10 microns ou plus, et sont moins nocives pour les poumons que lorsqu'elles se fragmentent en particules plus fines ». Lorsque le pollen atteint une taille de 2,5 microns ou moins, il peut provoquer des problèmes de santé plus graves.
LES EFFETS DES PARTICULES FINES DE POLLEN SUR L'ORGANISME
Selon la pneumologue pédiatrique Erica Stevens, les grains de pollen classiques sont trop gros pour entrer dans nos poumons. Ces grains ont tendance à provoquer les symptômes classiques du rhume des foins, tels qu'une congestion nasale, ainsi qu'une irritation de la gorge et des yeux, explique-t-elle.
Cependant, lorsque les orages fragmentent les allergènes en centaines de particules minuscules, « les gens courent un risque plus élevé de faire des crises d'asthme graves », indique Erica Stevens, notamment une urgence médicale potentiellement grave connue sous le nom d'asthme d'orage.
« Le corps y réagit de manière excessive et les poumons produisent une grande quantité de mucus supplémentaire qui peut être difficile à expectorer » précise-t-elle.
Cela peut entraîner un bronchospasme, c'est-à-dire une contraction des muscles situés autour des voies respiratoires. Le bronchospasme rend la respiration difficile et peut conduire à une insuffisance respiratoire dans les cas les plus graves, explique Erica Stevens. L'asthme peut provoquer un bronchospasme mais d'autres facteurs peuvent également en être à l'origine, comme une réaction allergique ou une maladie pulmonaire.
Le cas le plus grave d'asthme d'orage signalé s'est produit en novembre 2016 à Melbourne, en Australie. Plus de 3 400 personnes présentant des symptômes d'asthme ont envahi les urgences et dix personnes en sont décédées. D'autres cas ont été signalés en Asie, en Italie, au Moyen-Orient, en Amérique du Nord et au Royaume-Uni.
QUE FAIRE FACE À L'INTENSIFICATION DE LA SAISON POLLINIQUE ?
Erica Stevens recommande de garder un œil sur les applications météo afin de connaître la qualité de l'air et le taux de pollen chaque jour. L'application AccuWeather répertorie quotidiennement le taux d'allergènes courants tels que le pollen d'arbre, le pollen d'ambroisie, les moisissures, le pollen de graminées, ainsi que la poussière et les squames, sur une échelle allant de faible à élevé.
La concentration de pollen est généralement à son maximum entre le lever du soleil et le début de l'après-midi, indique Dante Ricci. Essayez de prévoir vos sorties en fin de journée et allumez votre climatiseur pour filtrer les particules irritantes, comme le pollen et la poussière, et les rejeter en dehors de votre domicile.
Si vous souffrez déjà d'allergies et d'asthme, continuez à suivre votre traitement habituel et ayez toujours votre inhalateur de secours ou tout autre médicament nécessaire à portée de main, conseille Erica Stevens.
Selon elle, les « médicaments biologiques injectables » ont également fait progresser le traitement des allergies et de l'asthme, et contribuent à réduire les risques de réaction allergique grave chez de nombreuses personnes. Contrairement aux traitements classiques, les médicaments biologiques utilisent des cellules vivantes pour empêcher le système immunitaire de réagir aux allergènes.
Corey Davis essaie simplement de profiter au maximum du grand air, malgré ses allergies. Mais les problèmes liés au pollen ne disparaissent pas pour autant. « [La saison pollinique] n'est en aucun cas une épidémie mais c'est l'une des choses auxquelles nous devons faire face chaque année. Et, encore une fois, le fait que la situation s'aggrave est préoccupant », estime-t-il.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
