Il existe un lien curieux entre la maladie d'Alzheimer et le cancer

Les scientifiques observent depuis longtemps que les patients touchés par un cancer ont un risque plus faible d’être atteints de la maladie d’Alzheimer.

De Rachel Fairbank
Publication 5 févr. 2026, 18:32 CET
Ces images cérébrales d’un patient de soixante-quatorze ans atteint de la maladie d’Alzheimer montrent comment cette ...

Ces images cérébrales d’un patient de soixante-quatorze ans atteint de la maladie d’Alzheimer montrent comment cette affection provoque une atrophie du cerveau, visible ici par l’élargissement des cavités ventriculaires (en blanc, au centre du cerveau) et l’extension des zones bleu pâle. Cette réduction du volume cérébral entraîne des pertes de mémoire, de la confusion et des changements de personnalité.

PHOTOGRAPHIE DE ZEPHYR, SCIENCE PHOTO LIBRARY

Et si la maladie d'Alzheimer était plus qu'une simple maladie qui affecte le cerveau ? C'est la question à laquelle les scientifiques tentent aujourd'hui de répondre. 

C'est longtemps la catégorie dans laquelle on rangeait cette maladie dégénérative. La caractéristique majeure de la maladie d'Alzheimer, la forme la plus commune de démence qui touche des millions de personnes dans le monde, est l'accumulation de protéines qui entraîne la formation de plaques amyloïdes et d'enchevêtrements de protéines Tau dans le cerveau. Cette accumulation est suivie de la mort des neurones, entraînant des pertes de mémoire, des troubles de l'humeur et des changements comportementaux. 

Pourtant, pendant des décennies, des chercheurs et des médecins ont remarqué un phénomène curieux : il semblerait que leurs patients touchés par un cancer aient un risque plus faible de développer la maladie d'Alzheimer et que les patients atteints de la maladie d'Alzheimer aient tendance à ne pas avoir survécu à un cancer. Ce phénomène a été confirmé par un grand nombre d'études épidémiologiques mais la raison reste encore à déterminer. 

Dans une étude récente, publiée par la revue scientifique Cell, des chercheurs ont identifié un mécanisme possible en découvrant un processus biologique partagé entre le cancer et la maladie d'Alzheimer. 

« Le cancer et la maladie d'Alzheimer se trouvent à l'opposé l'un de l'autre en termes de plusieurs processus biologiques clés », explique Jordan Weiss, chercheur dans la Division de médecine de précision à l'Institut de vieillissement optimal à la NYU Grossman School of Medicine. « Avoir trop d'une chose vous prédispose à l'une de ces issues, et pas assez de cette même chose vous prédispose à l'autre issue ». 

Ces processus biologiques partagés sont liés au système immunitaire et à la façon dont le corps élimine les protéines afin d'empêcher leur accumulation. La nouvelle étude fournit des preuves supplémentaires du rôle joué par notre système immunitaire dans le développement de la maladie d'Alzheimer. « À présent, nous regardons la maladie d'Alzheimer […] comme une homéostasie immunitaire ratée dans un cerveau vieillissant », souligne Jordan Weiss. 

Un système immunitaire trop actif peut mener à la mort et à la destruction des neurones que l'on peut observer chez les patients atteints de la maladie d'Alzheimer, alors qu'un système immunitaire trop peu actif peut permettre la survie des cellules cancereuses. De la même façon, éliminer des protéines de manière trop agressive peut détruire des protéines utiles pour le maintien du corps en bonne santé, alors que les éliminer de manière trop peu agressive peut mener à l'accumulation de protéines dans le cerveau, connue sous le nom de plaques, menant à un endommagement des neurones. 

Ce graphique compare le cerveau d'un patient atteint de la maladie d'Alzheimer (à gauche) et un ...
On a souvent pensé que les plaques amyloïdes causaient la maladie d'Alzheimer en endommageant les neurones ...
Gauche: Supérieur:

Ce graphique compare le cerveau d'un patient atteint de la maladie d'Alzheimer (à gauche) et un cerveau normal (à droite). Excepté une diminution du volume cérébral, les principales caractéristiques de la maladie d'Alzheimer sont l'enchevêtrement des filaments de protéines dans les neurones ainsi que l'accumulation de protéines bêta amyloïde, nommée plaques amyloïdes. 

PHOTOGRAPHIE DE ALFRED PASIEKA, SCIENCE PHOTO LIBRARY
Droite: Fond:

On a souvent pensé que les plaques amyloïdes causaient la maladie d'Alzheimer en endommageant les neurones dans le cerveau. Cependant, une nouvelle étude suggère que la réponse du système immunitaire aux plaques pourrait être le véritable coupable. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Kateryna Kon, SCIENCE PHOTO LIBRARY

 

UN LIEN ENTRE LE CANCER ET UN RISQUE PLUS FAIBLE D'ALZHEIMER

Cela fait longtemps que l'on étudie le lien entre le cancer et un risque plus faible de développer la maladie d'Alzheimer. 

Une étude publiée en 2012 a démontré que les personnes qui avaient survécu à un cancer ont un risque considérablement plus faible de développer la maladie d'Alzheimer, alors que les patients atteints d'Alzheimer ont 25 % de risques de moins d'être touchés par un cancer. Une autre étude publiée en 2024 a observé plus de trois millions de personnes et démontré que celles ayant survécu à un cancer ont 25 % de risques de moins de développer une forme de démence. Une troisième étude publiée en 2025 a constaté que le gène APOE, un facteur de risque pour la maladie d'Alzheimer, entraîne également une diminution des risques de cancer. 

L'une des premières théories pour expliquer ce phénomène concerne le traitement du cancer qui aiderait à empêcher le développement de la maladie d'Alzheimer. Cette théorie est soutenue par de nombreuses études qui montrent que l'évolution de la maladie d'Alzheimer est liée aux changements de l'activité du système immunitaire. 

« Vous administrez une chimiothérapie pour tuer une cellule cancereuse mais l'activité de votre système immunitaire est aussi réduite pendant un certain temps ». On pensait que cela réduisait la progression de la maladie d'Alzheimer, a déclaré Paul Schulz, neurologue à l'Université du Texas Health Science Center à Houston (UTHealth). 

Cependant, cette nouvelle étude va dans le sens d'une autre théorie, selon laquelle ce lien relèverait plus de la superposition biologique entre le cancer et la maladie d'Alzheimer, et la façon dont ces maux interagissent avec le système immunitaire.

 

LA MALADIE D'ALZHEIMER ET LE SYSTÈME IMMUNITAIRE

Pendant des années, les chercheurs qui consacraient leur carrière à la maladie d'Alzheimer se sont focalisés essentiellement sur les plaques amyloïdes caractéristiques puisqu'ils étaient convaincus qu'elles étaient la cause principale de la maladie. Cependant, comme le démontrent plusieurs études, ces plaques ne sont pas forcément dangereuses en tant que telles, c'est plutôt la réponse du système immunitaire qui endommage les neurones. 

« Certaines personnes développent Alzheimer pendant leur cinquantaine et d'autres quand elles sont nonagénaires. D'autres encore meurent avec plus de [plaques] amyloïdes que les deux catégories précédentes sans jamais avoir développé la maladie, », relève Paul Schulz. « L'hypothèse est que la présence de protéines amyloïdes et protéines Tau dans le cerveau ne cause pas de manière directe des dommages neuronaux. Elle les cause lorsque votre système immunitaire y réagit. »

Par conséquent, les chercheurs et cliniciens commencent à voir la maladie d'Alzheimer comme une « maladie de dérèglement de l'immunité cérébrale », relate Jordan Weiss.

Le cancer est également lié à des changements dans le système immunitaire puisqu'une partie du travail de ce dernier est de scanner le corps à la recherche de cellules qui se divisent trop rapidement et ensuite de se débarrasser des cellules potentiellement dangereuses. Si le système immunitaire devient moins actif, il peut perdre sa capacité à identifier et à se débarrasser de ces cellules dangereuses, menant à la croissance d'une tumeur. 

« De nombreuses perturbations du système immunitaire sont importantes pour le cancer et la maladie d'Alzheimer, et il est logique qu’il y ait des interactions entre les deux à ce niveau-là.», affirme Paul Schulz. 

Ces interactions, quelles sont-elles ? La récente étude publiée dans Cell « propose un autre mécanisme possible » avance Ian Grant, neurologue à Northwestern Medicine. 

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    LA DÉGRADATION DES PLAQUES DANS LE CERVEAU 

    Dans l'étude récente, les chercheurs ont transplanté des cellules cancéreuses humaines chez des souris de laboratoire. Ils ont découvert que les souris transplantées avec des cellules cancéreuses n'ont pas développé la maladie d'Alzheimer. Il semblerait que quelque chose dans les cellules cancéreuses ait eu un effet protecteur. « On s'est alors demandé pourquoi, » a déclaré à nos confrères de Nature Youming Lu, chercheur principal de l'étude, neurologue à la Huazhong University of Science and Technology, en Chine. 

    Au cours d'expériences complémentaires, Lu et ses collaborateurs ont découvert que le développement de tumeurs est lié à une augmentation d'une molécule nommée cystatine C qui joue un rôle dans la régulation du système immunitaire et dans l'élimination des protéines accumulées. À son tour, l'étude a montré que la cystatine C active une molécule dans le cerveau nommée TREM2 qui peut aider à la dissolution des plaques amyloïdes.

    Ces résultats pourraient expliquer le lien entre le cancer et le risque réduit de développer la maladie d'Alzheimer. Ces résultats doivent cependant être confirmés par des études complémentaires, notamment pour voir si les processus sont les mêmes chez les humains et si ces conclusions peuvent être reproduites. 

    « C'est une grande découverte, » affirme Paul Schulz en ajoutant qu' « il y a un précédent à ce qu'il y a écrit dans ce rapport ».

    Identifier un nouveau mécanisme potentiel pourrait permettre de changer de perspective sur la maladie d'Alzheimer tout en suggérant de nouvelles cibles thérapeutiques. De tels résultats de recherche « m'obligent à considérer des idées nouvelles et audacieuses qui pourraient [expliquer le développement de] cette maladie, » souligne Kumar Narayanan, neurologue à l'University of Iowa Carver School of Medicine. 

    Néanmoins, les experts estiment que bien que ces résultats soient intéressants, il reste un long chemin à parcourir avant de les voir transformés en nouveaux traitements pour la maladie d'Alzheimer. « Cela ne signifie pas que le cancer est protecteur, et sûrement pas que tout le monde devrait le voir comme un moyen d'éviter la maladie d'Alzheimer » conclut Jordan Weiss. 

    La découverte de l'importance plus grande qu'on ne le pensait du système immunitaire dans la maladie ...

    La découverte de l'importance plus grande qu'on ne le pensait du système immunitaire dans la maladie d'Alzheimer pourrait expliquer pourquoi les personnes ayant survécu à un cancer ont moins de risques de développer cette maladie. 

    PHOTOGRAPHIE DE SIMON FRASER, MRC UNIT, NEWCASTLE GENERAL HOSPITAL, SCIENCE PHOTO LIBRARY

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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