Ce cholestérol méconnu peut multiplier votre risque de crique cardiaque par quatre

Les cardiologues recommandent désormais à chaque patient de faire contrôler son taux de lipoprotéine(a).

De Meryl Davids Landau
Publication 27 mai 2026, 16:19 CEST
L'American Heart Association et d'autres associations de cardiologie recommandent désormais à chacun de faire contrôler son ...

L'American Heart Association et d'autres associations de cardiologie recommandent désormais à chacun de faire contrôler son taux d'un type de cholestérol appelé lipoprotéine(a) ou Lp(a), qui accroît le risque de maladies cardiaques. Environ une personne sur cinq présente un taux élevé de Lp(a).

PHOTOGRAPHIE DE Westend61, Getty Images

L'American Heart Association et d'autres associations de cardiologie recommandent désormais à chacun de faire contrôler son taux d'un type de cholestérol appelé lipoprotéine(a) ou Lp(a), qui accroît le risque de maladies cardiaques. Environ une personne sur cinq présente un taux élevé de Lp(a).

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Pendant des années, Brett Bond a pensé qu'il présentait un risque relativement faible de maladies cardiaques. Il contrôlait sa glycémie et son taux de cholestérol légèrement élevé à l'aide de médicaments, il mangeait sainement, pratiquait une activité physique régulière et gérait son stress. 

Puis il y a trois ans, Brett Bond, un banquier d'affaires âgé de soixante ans originaire de Charlotte, en Caroline du Nord, a lu un livre qui mentionnait un facteur de risque de crise cardiaque et d'accident vasculaire cérébral (AVC) dont il n'avait jamais entendu parler : un type de cholestérol méconnu appelé lipoprotéine(a), ou Lp(a). Lors de la consultation suivante, il a demandé à son médecin de contrôler son taux de ce lipide. Le médecin s'est montré réticent mais a finalement accepté. 

Brett Bond a été stupéfait d'apprendre que son taux de Lp(a) dans le sang dépassait largement les normes. Sur la base de ces résultats, son médecin a recherché la présence de dépôts de calcium dans ses artères, connus pour être des précurseurs d'accidents cardiaques, et en a trouvé plusieurs. « Ça a été un véritable coup dur », indique-t-il, « car j'avais l'impression d'être en meilleure santé que jamais ».

Si ce type de cholestérol n'est pas aussi présent dans notre sang que d'autres formes, de plus en plus de patients pourraient bientôt découvrir qu'ils se trouvent dans la même situation que Brett Bond. En mars, l'American Heart Association, l'American College of Cardiology (ACC) et d'autres associations médicales ont publié de nouvelles recommandations sur le cholestérol qui invitent pour la première fois un large public de faire contrôler son taux de Lp(a). 

Il n'existe actuellement aucun médicament ciblant directement ce composé lipidique, bien que plusieurs laboratoires pharmaceutiques soient en train d'en développer. Cependant, même en l'absence de ces médicaments, on reconnaît de plus en plus l'importance du contrôle de ce taux. 

C'est un changement par rapport aux pratiques antérieures : la plupart des médecins, y compris certains cardiologues, avaient l'habitude de ne pas prescrire le dosage de la Lp(a) en raison de l'absence de traitement disponible. « Ils se disaient qu'on ne pouvait rien y faire. Mais c'est faux, on peut en réalité faire beaucoup. Et on espère avoir encore plus de possibilités d'action à l'avenir », explique Ron Blankstein, cardiologue au Brigham and Women’s Hospital, qui a contribué à la rédaction des recommandations de l'ACC.

 

UN FACTEUR DE RISQUE INDÉPENDANT DE MALADIES CARDIAQUES

La plupart des contrôles et traitements du cholestérol se concentrent sur les lipoprotéines de faible densité (LDL), car celles-ci s'accumulent dans les artères et finissent par entraîner une accumulation de dépôts de calcium, susceptibles de provoquer une rupture et une obstruction du vaisseau sanguin, pouvant ainsi entraîner une crise cardiaque ou un AVC. Néanmoins, la Lp(a) s'avère encore plus nocive. Si les particules de LDL ont tendance à être plus nombreuses dans le sang que celles de Lp(a), ces dernières ont tendance à être plus collantes et à s'accumuler plus facilement dans les artères. Selon Ron Blankstein, les particules de Lp(a) possèdent, en plus, des propriétés qui augmentent l'inflammation et favorisent la formation de caillots sanguins.

Les scientifiques ont en fait commencé à documenter le rôle des Lp(a) dans les maladies cardiaques dès les années 1980. Des recherches ultérieures ont confirmé son risque cardiaque en 2009, lorsqu'une vaste étude menée à Copenhague a montré que les personnes présentant des taux élevés avaient près de quatre fois plus de risques de faire une crise cardiaque. Il s'agissait d'une étude observationnelle, ce qui signifie qu'elle ne peut pas prouver que les Lp(a) provoquent des crises cardiaques mais seulement qu'il existe une corrélation. Dans une autre étude observationnelle publiée en 2024, l'équipe de Ron Blankstein a constaté que ces lipoprotéines accroissaient les risques même chez les personnes n'ayant jamais présenté de symptômes de maladie cardiaque auparavant. 

Les taux de Lp(a) dépendent principalement de la génétique, influencés par les variations du gène LPA, qui porte bien son nom. Ces taux sont fixés dès la petite enfance et ont tendance à peu varier par la suite. 

Selon Ron Blankstein, une personne ayant des antécédents familiaux de maladie cardiaque précoce, ayant subi une crise cardiaque avant ses trente ou quarante ans ou dont le cholestérol LDL n'a pas diminué malgré la prise de médicaments hypolipémiants tels que les statines est susceptible d'avoir un taux élevé de Lp(a). 

 

UNE SIMPLE ANALYSE DE SANG

En général, vous pouvez faire analyser votre sang pour mesurer votre taux de Lp(a) en même temps que d'autres analyses de routine. Selon les recommandations, une seule analyse est suffisante pour la plupart des gens car les taux ont tendance à être relativement stables au fil des ans. 

Les valeurs normales sont inférieures à 50 mg/dL. En raison du caractère génétique des Lp(a), il est également recommandé aux personnes dont le taux dépasse ce seuil d'en informer les membres de leur famille. 

Toujours selon les recommandations, même lorsque le taux ne dépasse que légèrement le seuil de 50 mg/dL, le risque de maladies cardiaques augmente de 40 %. Mais c'est lorsque ce taux dépasse 80 mg/dL que les médecins s'inquiètent le plus, car le risque double. C'est la raison pour laquelle les résultats de Brett Bond étaient si préoccupants : son taux avoisinait les 120 mg/dL.

« Il existe un effet dépendant de la dose : plus le taux de Lp(a) est élevé, plus le risque est important », explique Jennifer Kwan, cardiologue qui traite les patients à haut risque à Yale Medicine. Par exemple, à 170 mg/dL, le risque est multiplié par quatre. 

Des taux très élevés sont encore plus dangereux que les risques mieux connus de crise cardiaque et d'AVC. Ron Blankstein explique que « chez les individus qui n'ont pas de maladie cardiaque, cela semble être équivalent à la présence combinée de deux autres facteurs de risque modifiables », tels qu'un taux élevé de cholestérol LDL et le diabète, ou l'hypertension et des antécédents familiaux de maladie cardiaque. 

Pourtant, même des taux très élevés « ne signifient pas nécessairement que vous allez subir une crise cardiaque », souligne Jennifer Kwan. L'étape suivante consiste à effectuer un scanner pour vérifier la présence de calcium dans les artères coronaires. Des chercheurs ont rapporté en mars que si ce résultat est proche de zéro, même lorsque le taux de Lp(a) est élevé, les risques de crise cardiaque et d'AVC sont faibles. Néanmoins, lorsque les deux sont élevés, les risques sont multipliés par six.

 

DES MÉDICAMENTS CIBLÉS SE PROFILENT À L'HORIZON

À l'heure actuelle, le seul traitement existant pour un taux élevé de Lp(a), en particulier lorsqu'une personne présente des plaques de calcium, consiste à renforcer les traitements destinés à lutter contre d'autres facteurs de risque cardiaque. L'objectif est de réduire le risque global. 

Cela peut impliquer d'augmenter la posologie ou de changer le type de médicament prescrit pour traiter l'hypertension artérielle, un taux élevé de cholestérol LDL ou le diabète ou, chez les personnes en surpoids ou fumeuses, d'ajouter des agonistes du GLP-1 ou des médicaments anti-envies. 

C'est le cas de Brett Bond, qui prend désormais un traitement plus fort, notamment un médicament puissant appelé inhibiteur de PCSK9, particulièrement efficace pour réduire le taux de LDL. Il porte également un glucomètre pour surveiller sa glycémie au quotidien et contrôler sa pression artérielle tous les matins. 

Les options thérapeutiques pourraient bientôt s'élargir. Plusieurs essais cliniques d'envergure sont en cours pour des médicaments ciblant spécifiquement les Lp(a). La plupart sont des injections visant à inhiber la production de ce composé dans le foie. De petites études préliminaires montrent que cela permet de réduire efficacement son taux

On attend dans le courant de l'année les résultats préliminaires d'une étude d'envergure menée dans plusieurs hôpitaux, dans le cadre de laquelle on a administré à des personnes déjà atteintes de maladies cardiaques une injection mensuelle d'un médicament expérimental ou d'un placebo. Les chercheurs testent également des médicaments potentiels sur des personnes sans antécédents cardiaques connus, pour déterminer si la réduction de leur taux de Lp(a) leur permet de rester en bonne santé. 

 

LE MODE DE VIE RESTE LE FACTEUR LE PLUS IMPORTANT

Comme le risque lié aux Lp(a) est principalement déterminé par la génétique, les changements de mode de vie, comme l'alimentation et l'activité physique, n'ont généralement pas d'effet significatif. Les médecins les recommandent toutefois car des études ont montré que le fait d'avoir un mode de vie sain peut diminuer jusqu'à 80 % le risque cardiaque de la population générale. 

Selon Jennifer Kwan, cela inclut une alimentation saine pour le cœur telle que le régime méditerranéen qui, bien qu'il ne réduise pas spécifiquement le taux de Lp(a), diminue le risque global de maladies cardiovasculaires. D'autres activités importantes pour la santé cardiaque sont l'exercice physique, la réduction du stress, un sommeil régulier et une vie sociale suffisante pour éviter la solitude

Quant à Brett Bond, il avait déjà adopté la plupart de ces habitudes il y a huit ans, lorsque sa glycémie a commencé à grimper. Il regrette toutefois toutes les années passées avant qu'il ne mette ces changements en place, lorsqu'il était très stressé par sa carrière de banquier d'affaires, ne faisait pratiquement aucun exercice physique et mangeait si régulièrement dans des fast-foods qu'il avait pris 14 kilogrammes. 

« J'aurais aimé connaître mon taux de Lp(a) avant car cela aurait été une forte source de motivation à l'époque », confie Brett Bond. « Cela aurait pu faire une grande différence pour ma santé ».

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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