Le risque de démence varie selon le lieu où l’on vit

Les décès liés à la démence sont les plus nombreux dans les zones suburbaines, contrairement à ce que l'on observe dans les centres-villes et les campagnes les plus isolées.

De Katie Wright
Publication 16 sept. 2026, 16:11 CEST
L’endroit où vous vivez peut façonner la santé de votre cerveau, car cela a pour conséquence ...

L’endroit où vous vivez peut façonner la santé de votre cerveau, car cela a pour conséquence directe l'accès aux soins, aux espaces verts et aux liens sociaux.

PHOTOGRAPHIE DE James Leynse, Getty Images

L’endroit où vous vivez peut façonner la santé de votre cerveau, car cela a pour conséquence directe l'accès aux soins, aux espaces verts et aux liens sociaux.

PHOTOGRAPHIE DE James Leynse, Getty Images

Une maison isolée dans une campagne tranquille peut être le symbole d'une quiétude recherchée dans un monde où tout va vite. Pourtant, une nouvelle étude portant sur la mortalité liée à la démence menée en Angleterre a mis en évidence un schéma plus inattendu, à la faveur des villes.

Des chercheurs de l’université de Cambridge ont analysé les données de près de 41 millions de personnes en Angleterre entre 2011 et 2023. Les décès liés à la démence étaient les plus fréquents non pas dans les villes les plus densément peuplées ni dans les zones les plus rurales, mais dans les banlieues et les autres quartiers à densité intermédiaire. Les chercheurs ont calculé qu’une amélioration de l’accès aux services et de la qualité des espaces extérieurs dans les communautés les plus défavorisées pourrait permettre d’éviter jusqu’à 10,5 % des décès liés à la démence.

Ces résultats soulignent l’évolution de notre compréhension des maladies neurodégénératives. Pendant des décennies, la recherche des causes de la démence s’est principalement concentrée sur le cerveau et l’organisme. Mais à présent les chercheurs s'intéressent de plus en plus à l'environnement dans lequel vivent les individus.

En 2017, la Commission Lancet a identifié neuf facteurs de risque de démence dits « modifiables », notamment l’obésité, le tabagisme, la dépression, la perte auditive et l’isolement social. Contrairement à l’âge, à la génétique ou au sexe, il s’agit de facteurs que les individus ou les pouvoirs publics peuvent potentiellement modifier. La commission a ajouté la pollution atmosphérique et les traumatismes crâniens à la liste en 2020, puis un taux élevé de cholestérol et la perte de vision en 2024.

Mis bout à bout, ces facteurs de risque pourraient contribuer à expliquer pourquoi les décès liés à la démence étaient plus élevés dans les zones d’« urbanisation » intermédiaire (calculées à partir de la densité de population et de critères tels que le revenu, le logement, l’accès aux services, l’éducation et l’emploi), selon l’étude de 2026.

L’accès aux professionnels de santé constitue un élément important. « Le temps nécessaire pour consulter un médecin ORL, par exemple, dans un environnement urbain est très différent de celui observé dans un environnement rural », explique Arman Fesharaki-Zadeh, professeur adjoint de psychiatrie et de neurologie à la Yale School of Medicine

 

UNE ZONE INTERMÉDIAIRE

Les habitants des villes sont également plus susceptibles de bénéficier d’un dépistage des facteurs de risque métaboliques tels qu’un taux élevé de cholestérol, l’hypertension artérielle, l’hyperglycémie, le diabète ou l’obésité, explique Alvaro Pascual-Leone, professeur de neurologie à la Harvard Medical School. La pollution de l’air tend également à être plus élevée. Et même si les villes et les agglomérations sont plus densément peuplées, cela ne signifie pas automatiquement que leurs habitants bénéficient d’une vie sociale plus riche, ajoute-t-il.

« Malheureusement, le sentiment de solitude et l’isolement social y sont nettement plus répandus », affirme Pascual-Leone. Les chercheurs avancent l’hypothèse que les banlieues et les autres communautés à densité intermédiaire subissent les inconvénients des deux extrêmes : les pressions environnementales sans la concentration de services disponibles dans les centres urbains, ni les avantages environnementaux des zones rurales.

Certains experts appellent à la prudence dans l’interprétation de ces données, qui peuvent être la conséquence d'un grand nombre de variables. Emer MacSweeney, neuro-radiologue et directrice générale de Recognition Health, estime que la concentration des décès que l'on peut lier à la démence pourrait s’expliquer par le fait que certaines personnes déménagent après avoir commencé à développer des symptômes cognitifs.

« Elles choisissent probablement un environnement semi-rural, notamment lorsqu’elles s’installent dans un établissement spécialisé, qui peut être très coûteux dans une grande ville », explique-t-elle. « J’aurais du mal à croire que le simple lieu où vous vivez compte davantage que la manière dont vous vivez. »

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre pleinement la corrélation complexe entre l’environnement et la démence, estime Jordan Weiss, professeur adjoint à l’Optimal Aging Institute de la NYU Grossman School of Medicine. Mais il n’est pas nécessaire qu’un quartier provoque directement la démence pour influencer le risque de ses habitants. « Le quartier n’est pas une voie indépendante ; c’est ce qui “détermine la dose” de tous ces facteurs de risque déjà établis », explique Weiss. 

 

MIEUX COMPRENDRE LA DÉMENCE

Les scientifiques étudient la démence depuis la fin du 19e siècle, mais les questions qu’ils se posent se sont élargies au cours de la dernière décennie.

Plutôt que de se concentrer uniquement sur ce qui se passe à l’intérieur du cerveau, les chercheurs examinent de plus en plus la manière dont la génétique, le mode de vie et l’environnement interagissent tout au long de la vie. Les scientifiques appellent l’ensemble de ces expositions au cours d’une existence « l’exposome ».

Comprendre : le cerveau

L’épidémiologiste Christopher Wild a forgé ce terme dans un article fondateur publié en 2005, peu après l’achèvement du Projet génome humain. Il y soutenait que la recherche sur les expositions environnementales accusait un retard par rapport à la génétique, malgré leur « rôle d’une importance écrasante » dans les maladies chroniques.

Même si les chercheurs n’ont pas encore déterminé précisément quels aspects influencent le développement de la démence, The Lancet estime que 45 % des cas pourraient être évités en s’attaquant aux facteurs de risque modifiables, dont beaucoup sont « étroitement liés les uns aux autres », explique Fesharaki-Zadeh.

Selon lui, ces résultats montrent surtout comment les lieux où les personnes vivent déjà peuvent soutenir, ou au contraire fragiliser, la santé du cerveau. « Je pense que cet article nous renseigne plus sur l’endroit où il faudrait installer une clinique ou une ligne de bus, plutôt que l’endroit où vous devriez acheter une maison. »

Pascual-Leone partage cet avis : « Nous avons mis en place des politiques concernant le tabagisme et le diabète qui ont eu un impact. Je pense que nous avons besoin de la même chose pour la santé cérébrale. »

Où que vous viviez, quel que soit votre âge, vous pouvez néanmoins agir pour réduire votre risque de démence. MacSweeney estime que l’exercice physique est « le facteur le plus important pour réduire le risque », car il peut avoir des effets indirects sur l’obésité, l’hypertension et la dépression.

Elle recommande également un régime méditerranéen pauvre en sucres ainsi qu’un sommeil suffisant. La perte auditive non traitée mérite également davantage d’attention. Elle peut imposer une charge supplémentaire au cerveau et pousser les personnes à se retirer de la vie sociale, deux phénomènes susceptibles de contribuer à la démence.

« Si vous ne devez faire qu’une seule chose, faites contrôler votre audition », conseille-t-il. En revanche, il se montre moins enthousiaste à l’égard des jeux de mémoire et d'entraînement cognitif. « Les preuves de leur efficacité sont plutôt faibles. On devient surtout meilleur au jeu lui-même, mais c’est toujours mieux que l’absence totale de stimulation. »

Enfin, ne sous-estimez pas l’importance des amis et de la famille, souligne Fesharaki-Zadeh. Les proches peuvent remarquer des signes de déclin cognitif et encourager les personnes concernées à effectuer des examens de dépistage. Mais leur rôle va bien au-delà de cette surveillance. Le simple fait de passer du temps ensemble et de partager des moments agréables « peut faire une énorme différence », ajoute-t-il.

les plus populaires

voir plus

Katie Wright est une journaliste indépendante basée à Lisbonne, au Portugal. Elle écrit régulièrement pour National Geographic sur les questions de santé, de science et de nutrition.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

les plus populaires

voir plus
loading

Découvrez National Geographic

  • Histoire
  • Santé
  • Animaux
  • Sciences
  • Environnement
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Livres
  • Disney+
Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2026 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.