Notre capacité de concentration n’est plus que de 40 secondes. Mais ce n’est pas irréversible

Des chercheurs en sciences cognitives expliquent les causes du déclin abrupt de notre capacité de concentration et proposent des stratégies étayées par la science pour la restaurer.

De Vittoria Traverso
Publication 22 janv. 2026, 09:03 CET
La recherche montre que la capacité de concentration moyenne est en baisse et que c’est principalement ...

La recherche montre que la capacité de concentration moyenne est en baisse et que c’est principalement dû à des interruptions fréquentes. Mais selon certains chercheurs, il est possible de la restaurer.

PHOTOGRAPHIE DE Catherine Falls Commercial, Getty Images

Pensez à la dernière fois où vous avez interrompu ce que vous étiez en train de faire pour regarder autre chose ; un e-mail, un message, une notification. Combien de temps avez-vous passé sur votre tâche initiale avant de basculer ? Pour la plupart des personnes, la réponse est moins d’une minute.

Au cours des deux décennies passées, les chercheurs ont constaté que la durée moyenne pendant laquelle on reste concentré sur une tâche unique a chuté de 2 minutes et 30 secondes à 40 secondes.

L’érosion de l’attention soutenue est corrélée à une augmentation du stress et des erreurs commises ainsi qu’à une baisse de la productivité. Mais selon les scientifiques qui étudient l’attention, cette tendance n’est pas irréversible. À l’aide de stratégies et d’un entraînement ciblés, montrent-ils, la capacité du cerveau à se concentrer peut se renforcer.

 

COMMENT MESURONS-NOUS L’ATTENTION ?

Selon Gloria Mark, autrice d’Attention Span: A Groundbreaking Way to Restore Balance, Happiness and Productivity, l’attention, définie au sens large, est la capacité à orienter l’esprit vers une tâche spécifique.

Il existe deux types principaux d’attention, explique-t-elle. L’attention involontaire est automatique, c’est elle qui nous permet de réagir à un bruit soudain ou à une lumière affreusement intense. L’attention dirigée, en revanche, correspond à la capacité à se concentrer sur une tâche spécifique. C’est ce dernier type que les scientifiques mesurent quand ils étudient la capacité de concentration.

Depuis le début des années 2000, Gloria Mark étudie l’attention dirigée en observant le temps que les individus passent sur une tâche avant de passer à autre chose (vérifier ses e-mails ou ouvrir un nouvel onglet). Au début, la psychologue s’est appuyée sur des observations réalisées en personne : des chercheurs suivaient des employés à la trace partout au bureau. Depuis quelques années, elle suit les capacités de concentration à l’aide de logiciels qui surveillent les ordinateurs de ses cobayes.

« Les données de notre première étude, en 2003, ont révélé que les individus passaient 2 minutes et 30 secondes en moyenne sur une tâche avant de diriger leur attention vers une autre, explique Gloria Mark. Notre étude la plus récente, réalisée au cours des cinq dernières années, montre que ce chiffre est descendu à 40 secondes. »

Cette mesure ne rend pas compte de la durée pendant laquelle les individus pourraient se concentrer dans des conditions idéales, souligne la psychologue. L’affaiblissement des capacités de concentration ne reflète donc pas une perte définitive de la capacité à se concentrer, mais des changements dans la façon dont on fragmente son attention dans la vie quotidienne.

 

UNE CAPACITÉ DE CONCENTRATION PLUS FAIBLE EST-ELLE PROBLÉMATIQUE ?

Comme la plupart des tâches prennent plus de quarante secondes à effectuer, les changements rapides d’attention font que l’on passe souvent à autre chose avant d’avoir terminé ce que l’on avait entrepris. Par exemple, on abandonne un article en plein milieu d’une lecture pour aller vérifier ses e-mails, puis on y revient. Ce va-et-vient peut sembler anodin, mais il crée un surcroît de travail pour le cerveau, explique Gloria Mark.

Cela est dû au fait que chaque fois que nous entreprenons quelque chose, qu’il s’agisse d’écrire des e-mails ou consulter des horaires de train, notre esprit mobilise une sorte de « schéma » pour trier les informations nécessaires à l’accomplissement de cette tâche. Quand l’attention se déporte sur autre chose, notre esprit « dépose » ce schéma et en trouve rapidement un nouveau. Cela nécessite un effort et épuise nos ressources cognitives limitées.

Les basculements fréquents peuvent également laisser ce que Gloria Mark appelle des « résidus d’attention ». « Voyez cela comme un tableau blanc, illustre-t-elle. Parfois, nous effaçons quelque chose dessus, mais il subsiste un peu d’encre qui reste comme une trace en arrière-plan. » Ces vestiges mentaux persistent en arrière-plan et entrent en concurrence avec les exigences de la tâche suivante ; c’est l’équivalent cognitif d’avoir trop d’onglets ouverts.

Des preuves expérimentales étayent ce tableau. Une étude menée en laboratoire datant de 2024 a montré que le fait de passer d’une tâche à l’autre ralentit systématiquement la performance et accroît le nombre d’erreurs, même dans des conditions strictement contrôlées conçues pour isoler les mécanismes d’attention, ce qui renforce l’idée que le fait de faire plusieurs choses à la fois comporte des coûts cognitifs intrinsèques.

 

LE MYTHE DU MULTITÂCHE

Il est facile de partir du principe que le fait de passer rapidement d’une tâche à l’autre permet de faire du multitâche. Mais sur le plan cognitif, cela n’est pas possible. En effet, selon Amishi Jha, professeure de psychologie à l’Université de Miami et autrice de Peak Mind: Find Your Focus, Own Your Attention, 12 Minutes a Day, notre capacité à nous concentrer ne peut être dirigée que sur une chose à la fois.

Comme l’explique la professeure, la capacité à faire attention s’est développée en réponse à un besoin évolutif de hiérarchiser l’information. Puisque le cerveau ne peut pas traiter tout ce qu’il rencontre, il fonctionne davantage comme un projecteur, il éclaire un flux d’informations tout en laissant le reste en arrière-plan. « Nous n’avons qu’une lampe de poche, illustre Amishi Jha. Donc nous ne pouvons pas la braquer sur plusieurs choses à la fois. » Lorsque l’on parle de faire du multitâche, on parle en réalité de passer rapidement d’une tâche à l’autre, d’un va-et-vient de l’attention entre plusieurs activités. « Et c’est une façon affreuse d’utiliser nos ressources attentionnelles », prévient-elle.

Selon certaines études, l’alternance entre les tâches peut faire baisser la productivité jusqu’à 40 % par comparaison avec leur accomplissement successif. D’autres recherches ont montré que les personnes qui se considèrent douées pour faire du multitâche affichent souvent une moins bonne performance sur des critères de mesure objectifs du contrôle de l’attention, notamment en matière de filtrage des distractions et d’alternance efficace entre les tâches.

 

COMMENT RÉCUPÉRER VOTRE ATTENTION

Le fait de jongler entre plusieurs projets et responsabilités et de travailler dans un environnement inondé par les notifications, est un aspect non négociable de la vie de la plupart des individus. Mais comme l’expliquent des spécialistes comme Amishi Jha et Gloria Mark, il est possible de protéger et de restaurer notre attention limitée même face aux pressions de la vie moderne. 

Un bon point de départ est de réfléchir au moment auquel on va travailler. Gloria Mark suggère de planifier les tâches exigeantes selon son chronotype, c’est-à-dire selon les rythmes naturels de vigilance et de fatigue de l’organisme. Pour identifier votre chronotype, tenez un journal et notez les variations quotidiennes de votre attention et de votre concentration. Une fois que vous avez dressé cette carte de l’attention personnelle, vous pouvez prévoir vos tâches les plus importantes autour de vos « pics d’attention ». Lors de ces fenêtres, Gloria Mark recommande de minimiser les interruptions en mettant vos notifications en sourdine, en bloquant ses réseaux sociaux et en réduisant les autres sources de distraction.

Tout aussi importantes que le travail concentré sont les pauses délibérées, ajoute-t-elle. « Il est particulièrement bénéfique de prendre des pauses si cela inclut de l’activité physique, explique Gloria Mark. Notamment si cela peut avoir lieu dans la nature. » Le timing des pauses peut varier. À une époque où l’attention se raréfie, de nombreuses personnes constatent que l’alternance d’une période ininterrompue de vingt-cinq minutes de travail et d’une pause de cinq minutes (technique pomodoro) peut permettre de tirer le mieux parti de nos ressources attentionnelles.

Il est également possible de renforcer directement l’attention en s'entraînant. Amishi Jha, qui travaille avec des personnes qui ont besoin de rester concentrées dans des conditions de stress intense, comme des athlètes de haut niveau et des soldats, s’est rendu compte que la pratique de la pleine conscience au moins quatre fois par semaine pendant douze minutes à chaque fois pouvait améliorer l’attention, la mémoire et la résilience au stress.

La pleine conscience fonctionne en exerçant l’attention elle-même, explique Amishi Jha. En se focalisant sur notre concentration, nous développons notre capacité à diriger notre « lampe de poche » sur un objet précis. Le fait de remarquer que notre esprit divague et le rediriger doucement vers notre tâche nous aide à devenir plus conscients de notre attention et améliore notre capacité à nous concentrer en dépit des distractions.

Avec le temps, cette pratique peut renforcer l’attention de la même manière que l’exercice physique renforce les muscles. « Nous savons tous que l’activité physique quotidienne est indispensable à notre bonne santé physique, rappelle Amishi Jha. Et désormais, nous savons également que nous pouvons faire quelque chose pour exercer notre esprit. » 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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