Qu’est-ce que la cyclosporose, cette infection parasitaire qui provoque des diarrhées explosives ?
Une flambée de cyclosporose, une infection intestinale causée par un parasite microscopique, touche actuellement les États-Unis et le Canada. Voici ce qu’il faut savoir pour s’en protéger.

Cette photomicrographie d’un échantillon de selles tout juste recueilli met en évidence la présence d’oocystes infectieux de Cyclospora cayetanensis. La cyclosporose, une infection intestinale causée par le parasite microscopique Cyclospora cayetanensis, se propage actuellement à travers les États-Unis.
Cette photomicrographie d’un échantillon de selles tout juste recueilli met en évidence la présence d’oocystes infectieux de Cyclospora cayetanensis. La cyclosporose, une infection intestinale causée par le parasite microscopique Cyclospora cayetanensis, se propage actuellement à travers les États-Unis.
Un parasite microscopique est en train de gâcher l’été de milliers d’Américains qui continuent de tomber malades alors que les autorités de santé publique peinent encore à savoir quels aliments exactement le propagent.
Au 9 juillet, les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont dénombré 843 cas de cyclosporose, une infection intestinale, chez des patients de trente-et-un États, tandis que plus de 1 500 autres cas potentiels sont en cours de confirmation. C’est dans le Michigan que l’on a constaté le plus de cas ; on en dénombrait 2 640 au 13 juillet. Selon un communiqué du Département de la Santé de cet État, l’enquête privilégie la piste de la laitue ou des salades vertes comme sources potentielles de l’épidémie, bien que d’autres aliments ne puissent pas être complètement exclus.
Les symptômes de la cyclosporose peuvent persister plusieurs semaines et causer des problèmes graves chez les enfants, chez les personnes âgées et chez les personnes immunodéprimées. Les patients tombent malades une semaine environ après avoir ingéré un aliment contaminé, la plupart du temps des produits frais, en particulier des framboises, des herbes à feuilles et des mélanges de salades en sachet, mais les symptômes peuvent se manifester dès deux jours et jusqu’à deux semaines après ingestion.
Voici ce qu’il faut savoir sur la cyclosporose et sur son mode de transmission.
QU’EST-CE QUE CYCLOSPORA ?
Cyclospora cayetanensis est un parasite unicellulaire sphérique, trop petit pour être observé sans microscope et décrit pour la première fois chez l’être humain en 1994. Il provoque des diarrhées aqueuses et parfois explosives dont l’intensité peut varier pendant plusieurs semaines, ainsi que des crampes, des gaz, des nausées, de la fatigue et une perte d’appétit. La plupart des personnes en bonne santé guérissent et la maladie réagit à un antibiotique générique, le cotrimoxazole.
Dans bien des cas, la cyclosporose n’est pas diagnostiquée, car le parasite n’est pas systématiquement dépisté dans les analyses et parce que les cliniciens doivent avoir la présence d’esprit de penser à l’infection pour prescrire le bon test. Selon Melanie Firestone, chercheuse spécialisée dans les maladies d’origine alimentaire à l’Université du Minnesota, le recours croissant à des tests pouvant dépister plusieurs agents pathogènes, dont Cyclospora, a conduit à une augmentation régulière du nombre de cas ces dernières années. Mais elle pense que la hausse observée cette année est une véritable recrudescence et n’est pas uniquement due à un meilleur dépistage.
Aux États-Unis, à l’échelle nationale, le nombre de cas de cyclosporose varie considérablement d’une année à l’autre, et la saison actuelle est particulièrement intense, même si les données des CDC accusent un retard par rapport aux dénombrements effectués par chaque État. Le signal le plus clair est au niveau des États : le Michigan, qui identifie généralement cinquante cas environ par an, a vu ces derniers être multipliés par cinquante depuis le début de l’été et beaucoup d’autres États signalent des foyers sur leur territoire.
On ignore encore à ce stade si plusieurs aliments sont en cause ou si un produit uniquement, largement distribué, est responsable. Bill Marler, avocat et défenseur de la sécurité alimentaire, représente des victimes de grandes épidémies d’origine alimentaire depuis trente-cinq ans et a ses propres soupçons. « Étant donné l’ampleur de ce qui se passe et vu que la période concernée est assez étroite, mon intuition est qu’il y a probablement un produit qui explique la plupart des cas », déclare-t-il.
COMMENT SE TRANSMET CYCLOSPORA ?
Une caractéristique en particulier distingue Cyclospora de la plupart des agents infectieux intestinaux : elle ne se transmet pas d’humain à humain. Presque tous les cas se déclarent lorsqu’une personne ingère de la nourriture contaminée, généralement des produits frais.
Le germe entre en contact avec des fruits et des légumes dans les exploitations où on les cultive lorsque l’eau utilisée pour irriguer les cultures est contaminée par des matières fécales humaines. Une défaillance des égouts ou des systèmes septiques rejetant des eaux usées dans les cours d’eau peuvent en être la cause. De même que de fortes précipitations peuvent provoquer le débordement des réseaux d’égouts ou entraîner le ruissellement d’excréments humains mal gérés vers des bassins d’irrigation. Les cultures peuvent également être contaminées lorsque des ouvriers agricoles n’ayant pas d’accès à des sanitaires fonctionnels se soulagent au voisinage des champs.
Mais Cyclospora ne peut pas sortir d’un organisme humain malade sous une forme infectieuse. L’oocyste, le stade parasitaire semblable à celui de l’œuf, doit évoluer dans un environnement chaud pendant plusieurs jours ou semaines pour pouvoir mûrir en une forme susceptible d’envahir les cellules du tube digestif humain, raison pour laquelle la saison des infections aux États-Unis s’intensifie avec la chaleur et l’humidité. Étant donné l’ampleur de l’épidémie cette année, « un processus de transmission assez efficace » a probablement lieu, relève Bill Marler.
Les oocystes de Cyclospora sont difficiles à tuer. Ils peuvent vivre dans la terre ou dans l’eau pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois et résistent au chlore classique, la méthode la plus fréquente pour se débarrasser des bactéries et des virus dans l’eau agricole. Pour éradiquer le parasite, les exploitations agricoles doivent recourir à des méthodes sophistiquées et coûteuses, comme la microfiltration, l’irradiation aux rayons ultraviolets ou le traitement de l’eau à l’ozone.
Lorsque de l’eau contaminée dépose un oocyste sur une plante, l’organisme s’accroche fermement à sa surface. Il peut s’y maintenir, en vie, pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, puis passer par les centres de tri, les circuits logistiques et les magasins d’alimentation avant d’arriver sur le plan de travail de votre cuisine.
COMMENT LES AUTORITÉS ENQUÊTENT ET COMMENT SE PROTÉGER
Pour découvrir la source d’une épidémie de cyclospore, il faut généralement interroger en détail les personnes touchées sur ce qu’elles ont mangé au cours des deux semaines ayant précédé l’apparition des symptômes, comparer les empreintes génétiques des germes détectés chez différents patients et retracer le parcours d’aliments potentiellement responsables à travers des réseaux de distribution complexes. L’État du Michigan et les responsables des services de santé d’autres États ont fait remplir des questionnaires aux patients et ont réalisé des tests génétiques sur leurs selles, et l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a lancé des procédures de pistage des infections liées à plusieurs foyers infectieux.
Selon Melanie Firestone, même lorsque les autorités de santé mobilisent tous leurs moyens pour enquêter sur des épidémies de cyclospore, elles ont souvent besoin de plusieurs semaines pour en déterminer l’origine. Après avoir consommé un aliment contaminé, il peut falloir deux semaines pour qu’une personne tombe malade et plusieurs jours supplémentaires avant qu’elle ne consulte un médecin. De nombreux médecins ne recherchent pas les causes d’une diarrhée tant que les symptômes ne persistent pas depuis au moins une semaine. À cela il faut ajouter quelques jours de plus, le temps qu’un patient recueille et transmette un échantillon de selles, et quelques jours encore pour que celui-ci soit testé en laboratoire. Le processus consistant à interroger les patients et les fournisseurs potentiellement concernés se déroule en parallèle, mais peut aussi être retardé pour une multitude de raisons. « L’aspect temporel de tout cela peut parfois être difficile à gérer », note-t-elle.
Ce pathogène pose également certains défis en matière de sécurité alimentaire : un bref passage sous l’eau ne suffit pas à le déloger de la surface d’un pois gourmand, des minuscules poils d’une framboise ou d’une feuille de laitue, de basilique ou de coriandre. En revanche, un rinçage prolongé est utile, selon Melanie Firestone.
Pour réduire le risque qu’une salade vous rende malade, privilégiez les laitues entières aux laitues en sachet déjà lavées ou aux salades préparées. Jetez les deux ou trois premières couches de feuilles et lavez méticuleusement les feuilles internes à l’eau du robinet.
Faire couler de l’eau du robinet sur des fruits tels que les framboises pendant au moins une minute est assez efficace pour réduire le risque qu’ils vous contaminent, bien que cela n’élimine pas tout. Plonger les produits dans une solution composée d’un volume de vinaigre blanc pour trois volumes d’eau du robinet est probablement encore plus efficace. Faire cuire les produits à une température interne de 70 °C au minimum est la façon la plus efficace d’éliminer le risque dû au parasite.
La manipulation attentive des produits n’est pas la seule chose que l’on peut faire pour aider à mettre fin à cette épidémie, ajoute Melanie Firestone. Si l’on finit par contracter une infection à Cyclospora, la transmission aux autorités de santé d’autant d’informations qu’il vous en souvient peut, à terme, aider à faire en sorte que l’épidémie ne touche de nouvelles personnes.
Keren Landman est journaliste indépendante spécialiste de la santé. Elle a une formation d’épidémiologiste, de chercheuse et de médecin avec des spécialités en médecine interne, en pédiatrie et en infectiologie. Elle vit à Atlanta, en Géorgie.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
