Peut-on guérir une infection par le papillomavirus ?
En 2019, une étude mexicaine a suggéré qu'une thérapie par la lumière pourrait aider à éliminer certaines lésions liées au papillomavirus. Où en est la recherche d'un traitement efficace ?

Microscopie électronique en transmission (MET) en couleur représentant des particules de papillomavirus humains (en turquoise). Certaines souches du HPV ont été associées à des cancers, notamment au cancer du col de l'utérus.
Microscopie électronique en transmission (MET) en couleur représentant des particules de papillomavirus humains (en turquoise). Certaines souches du HPV ont été associées à des cancers, notamment au cancer du col de l'utérus.
« L'infection par HPV est la maladie sexuellement transmissible la plus courante », rappelle Murielle Masson, chercheuse au CNRS à Strasbourg. Le papillomavirus humain, ou HPV, regroupe une famille de virus à ADN qui compte plus de deux cents types et infecte la peau comme les muqueuses, buccales ou génitales.
Si la plupart de ces infections disparaissent d'elles-mêmes en quelques mois, une douzaine de types, dits à haut risque, peuvent échapper à ce nettoyage naturel et finir par transformer les cellules qu'ils habitent.
« Ils sont associés principalement au cancer du col de l'utérus, à certains cancers de l'oropharynx et plus rarement à des tumeurs de la vulve, du pénis ou de l'anus », précise la chercheuse, le HPV 16 étant le plus répandu d'entre eux. En France, le cancer du col de l'utérus touche à lui seul environ 3 100 femmes chaque année et en tue un peu plus de 1 100.
« Il n'existe pour le moment aucun traitement [...] pour traiter les lésions prétumorales induites par HPV et susceptibles d'évoluer vers un cancer invasif du col de l'utérus, en dehors de la conisation, qui consiste à retirer les lésions au niveau du col par différents procédés » constate Hélène Péré, virologue à l'Hôpital européen Georges-Pompidou et professeure à l'université Paris Cité. Cette pratique entraîne toutefois des effets secondaires, selon elle, notamment en termes de prématurité sur de futurs enfants.
Contre ses formes les plus dangereuses, un vaccin protège les personnes qui n'ont pas encore été exposées. Mais aucun traitement éprouvé n'élimine le virus lorsqu'il est déjà là. C'est précisément sur ce point que travaillent aujourd'hui les chercheurs.
LA PHOTODYNAMIQUE, UNE SOLUTION NON INVASIVE ?
En 2019, l'Institut polytechnique national mexicain a annoncé, par voie de communiqué, avoir éliminé le papillomavirus chez vingt-neuf patientes grâce à un traitement par la lumière, la thérapie photodynamique, dont le résultat complet n'a paru dans une revue à comité de lecture que quatre ans plus tard, en 2023.
La méthode consiste à déposer sur les lésions une molécule photosensible qui, sous une lumière d'une longueur d'onde précise, détruit les cellules anormales sans recourir au bistouri. « Dans l'étude de Gallegos, ils ont utilisé l'acide delta-aminolévulinique. Ce type d'approche n'est pas nouveau et a déjà été documenté par le passé », note Murielle Masson. « L'étude est intéressante car cette approche n'est pas invasive, contrairement à la chirurgie, et permet d'éliminer les lésions, mais elle porte sur un nombre trop restreint de patientes ».
Selon elle, une autre question persiste quant à la photodynamique : « il reste à démontrer si elle peut entraîner une réaction immunitaire locale qui pourrait être, dans une certaine mesure, protectrice contre les cellules infectées par les HPV ».

LE VIRUS À LA LOUPE
Comprendre pourquoi le virus résiste suppose d'observer de plus près l'intérieur des cellules qu'il infecte. Un HPV à haut risque y fabrique deux petites protéines, que l'on appelle oncoprotéines parce qu'elles poussent la cellule vers le cancer. « En interagissant avec les protéines cellulaires, elles favorisent la division des cellules infectées et empêchent leur mort », explique Murielle Masson.
L'une d'elles, E6, s'en prend à p53, la protéine chargée de déclencher le suicide des cellules abîmées, un dispositif de sécurité que les biologistes nomment apoptose. Pour parvenir à ses fins, E6 s'associe à p53 et à une protéine de la cellule elle-même, E6AP, un assemblage à trois dont l'équipe strasbourgeoise a établi la structure. « Ce complexe triple entraîne la dégradation de p53, ce qui empêche la mort de la cellule infectée par HPV », détaille Murielle Masson, dont les travaux visent désormais des molécules capables de bloquer cet assemblage pour rendre aux cellules infectées la faculté de s'autodétruire.
Cette documentation du virus nourrit une seconde voie de recherche, centrée sur le pronostic. Toutes les lésions précancéreuses ne se valent pas, et l'enjeu, pour Hélène Péré et son collègue David Veyer, au sein du groupe Tumeurs HPV du Centre de recherche des Cordeliers à Paris, est de deviner dès le diagnostic lesquelles vont dégénérer. « Le virus HPV peut se retrouver sous différentes formes dans la cellule précancéreuse et parfois présenter certaines mutations dans son génome. Nous essayons de voir si [celles-ci] sont corrélées avec une évolution négative ou positive des lésions prétumorales qu'il induit », explique la virologue. Cette « carte d'identité virale » s'est déjà révélée liée au pronostic des patientes dans les cancers du col précoces et de l'oropharynx, et une doctorante en teste aujourd'hui la valeur au stade précancéreux, dans un projet financé par l'ANRS-MIE.
Les outils de biologie moléculaire qui rendraient ce tri possible sont de plus en plus performants. « Au-delà du virus, ils permettent également de définir la cellule d'un point de vue génomique, et l'association de données virologiques, cellulaires et immunitaires pourrait être particulièrement informative pour distinguer les lésions à haut risque de progression des autres », détaille Hélène Péré.
Le bénéfice se mesurerait directement dans les cabinets de gynécologie, car « cela permettrait de proposer un traitement par conisation uniquement à ces femmes à haut risque de progression, et de seulement surveiller les autres ».
LE PARI DES VACCINS
La piste qui semble aujourd'hui la plus solide pour soigner une infection installée est celle des vaccins thérapeutiques, à ne pas confondre avec le vaccin préventif administré aux adolescents avant toute exposition.

Le vaccin peptidique E6/E7 a été conçu pour induire des réponses immunitaires contre les oncoprotéines virales E6 et E7, exprimées dans les cancers liés au HPV, tels que les cancers du col de l'utérus, de la tête et du cou.
Le vaccin peptidique E6/E7 a été conçu pour induire des réponses immunitaires contre les oncoprotéines virales E6 et E7, exprimées dans les cancers liés au HPV, tels que les cancers du col de l'utérus, de la tête et du cou.
Contre une infection installée, la protection par anticorps ne sert plus, puisque le virus a déjà franchi la porte. « On ne cherche plus à induire des anticorps qui neutralisent les virus et protègent de futures infections, mais on cherche à stimuler un autre type d'immunité, l'immunité cellulaire, capable de reconnaître et détruire spécifiquement les cellules prétumorales ou tumorales infectées par HPV », explique Hélène Péré.
Cette stratégie a déjà donné un résultat tangible, en dehors du cancer du col. En août 2025, l'agence américaine du médicament a autorisé Papzimeos, un vaccin thérapeutique destiné aux malades atteints de papillomatose respiratoire récidivante, parfois appelée papillomatose laryngée, une affection non cancéreuse provoquée par d'autres HPV et jusque-là traitée par des opérations à répétition. Hélène Péré y voit « une première preuve de concept récente de l'efficacité possible de cette vaccination thérapeutique ».
Reste, pour ces vaccins, une condition qui décidera de leur efficacité contre les lésions du col : celle du moment où on les administre. « Le mieux serait de faire intervenir cette vaccination thérapeutique le plus tôt possible, quand le processus cancéreux est encore contrôlable, donc au stade précancéreux ou à un stade cancéreux très précoce. D'où l'intérêt d'avoir un dépistage performant », conclut Hélène Péré.
