“Je suis persuadé que l’espérance de vie ne va jamais s’arrêter d’augmenter”

Selon les dernières données de l’ONU, les Français nés en 2020 peuvent espérer vivre en moyenne 82,8 ans, soit 11 ans de plus qu’il y a 50 ans.

Photographie De Emanuela Ascoli
Publication 25 sept. 2020, 17:57 CEST
"Amour éternel" - Cet homme et cette femme sont les plus vieux fermiers du village de ...
"Amour éternel" - Cet homme et cette femme sont les plus vieux fermiers du village de Tra Que, au Vietnam. Leur amour dure depuis plus de 60 ans.
Photographie de Ly Hoang Long, National Geographic Your Shot

Jean-Marie Robine, gérontologue et démographe, décrypte avec nous l’évolution de notre temps de vie.

 

Qui sont les champions de l’espérance de vie ?

Les Japonaises. Et elles sont loin devant ! Leur espérance de vie est de 88,1 années (données Onu 2019). Hong Kong a généralement des valeurs encore plus élevées, mais il s’agit d’un micro-état exempt de population agricole et qui n’est donc pas représentatif statistiquement. Dans tous les pays, les femmes sont toujours devant les hommes. En fait, elles ont environ 30 ans d’avance sur l’espérance de vie masculine. Si on prend l’espérance de vie des Françaises il y a 30 ans, c’est-à-dire 80,8 années, on remarque que c’est effectivement quasiment celle des hommes en 2020 (79,9 années). Ce sont donc les femmes qui ouvrent la voie d’une vie toujours plus longue. Dans le peloton de tête féminin, on retrouve l’Espagne (86,7) l’Italie et la Suisse (86,0) puis L’Australie (85,8) et la France (85,7) soit plus de deux années de différence dans le top 5. Chez les hommes, les moyennes sont moins dispersées sans que l‘on sache vraiment pourquoi. La Suisse occupe la première place avec une espérance de vie masculine de 82,4 années. Puis on trouve l’Australie (82,1), le Japon et l’Italie (81,9), la Suède (81,7) et l’Espagne et l’Irlande (81,3) soit une seule année de différence. Il faut aussi noter que, micro-États inclus, tous sexes confondus, le Japon, Hong Kong, Macao, la Corée du Sud et Singapour arrivent en tête de classement, ce qui semble indiquer une spécificité asiatique en matière de longévité.

 

Qu’est-ce qui explique les différences d’espérance de vie entre pays développés ? 

En moyenne, les habitants des pays développés ont accès à une nourriture de qualité et à des soins médicaux. Ils se retrouvent donc tous en haut du classement avec des différences finalement très minimes. Les raisons qui expliquent des différences si petites sont difficiles à démontrer. Il s’agit de macrofacteurs. Je peux vous donner un exemple français : aujourd’hui l’espérance de vie est homogène dans tout l’Hexagone, seule la région des Hauts-de-France a deux années de retard. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas de disparités économiques, car l’espérance de vie de cette région est en fait similaire à celle de ses voisins, la Belgique et l’Angleterre. Je pense que le climat joue un rôle. Son influence n’est certainement pas très forte, pour autant il y a une différence entre survivre 85 hivers dans le nord et 85 hivers dans le sud. Le climat entraîne une autre différence : l’alimentation. Lorsque le temps est plus rigoureux, on a tendance à consommer plus de graisse et de calories. Ainsi pommes de terre et viande de porc (ndrl : la plus grasse) sont des aliments privilégiés dans le nord et induisent une mortalité cardiovasculaire plus importante.

 

L’espérance de vie va-t-elle continuer à augmenter indéfiniment ?

Dans les années 1990, on pensait que la limite s’établirait à 85 ans… Mais, la moyenne a continué à augmenter et la communauté des démographes a dû tout remettre en question. Depuis 1816, en France, nous possédons des statistiques officielles enregistrant tous les ans l’âge de la personne décédée la plus âgée. On peut voir que cela varie énormément d’une année sur l’autre, de 103 ans à 122 ans (ndrl : Jeanne Calment) car ce sont des valeurs extrêmes même si ces dernières années les statistiques sont un peu plus régulières et tournent autour de 113-114 ans. Le problème avec les valeurs extrêmes c’est qu’elles sont peu nombreuses et qu’il est donc difficile de construire des statistiques fiables en se basant sur elles. Avec mes collègues, nous travaillons donc sur un indicateur statistique alternatif. Il s’agit de prendre en compte non plus l’âge de la personne décédée la plus âgée mais le dernier âge pour lequel on trouve encore 30 décès par an. Cela nous permet d’avoir une population plus importante à étudier et d’effectuer des calculs statistiquement corrects.

 

Qu’avez-vous observé ?

Les résultats sont très intéressants. Entre 1816 et la Seconde Guerre Mondiale, le dernier âge qui fournit encore 30 décès par an reste pratiquement toujours le même : 99 ans dans la plupart des cas, et plus rarement 98 ou 100 ans, soit une courbe parfaitement linéaire. De 1946 à aujourd’hui, on observe une augmentation régulière de cet âge, comme si on avait enclenché un nouveau processus. Ce qui correspond certainement à une meilleure qualité de vie. En 2020, il s’établit désormais à 109 ans. Nous avons aussi remarqué que, hors Jeanne Calment, l’âge de la personne décédée la plus âgée s’établit en moyenne à 7 ans de notre indicateur. Je suis donc persuadé que l’espérance de vie ne va jamais s’arrêter d’augmenter. D’autant plus que tous les gens qui naissent en 2020, même si on stoppe tout progrès, vont connaître en moyenne des conditions de vie meilleures que les centenaires d’aujourd’hui. Le taux de centenaires devrait par conséquent continuer d’augmenter.

 

Pourquoi, depuis 1997, personne n’a-t-il encore battu le record de Jeanne Calment ?

Jeanne Calment est décédée à 122 ans. D’abord, il faut préciser que les accusations de fraude émises par deux chercheurs russes en 2018 sont fausses. Ils affirmaient que Jeanne Calment était, en réalité, morte en 1934, et que c’est sa fille, Yvonne, qui avait pris sa place et était décédée en 1997, à 99 ans. Avec trois chercheurs français, danois et suisse, nous avons pu mettre au jour des preuves administratives des transactions financières de la famille ainsi que des documents attestant de la maladie de sa fille ce qui démonte cette accusation. Par ailleurs, de nombreux collègues mathématiciens ont calculé quelle était la probabilité que Jeanne Calment atteigne cet âge et, bien qu’elle soit vraiment très faible, elle est réelle. Cela signifie que cela se reproduira, voire que cet âge sera un jour surpassé. Mais, mais vue la faible probabilité, peut-être pas avant 30 ou 50 ans.

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