Coronavirus : dons du sang et d'organes en chute libre

L'anxiété liée à la transmission du coronavirus fait dangereusement baisser les dons de sang et d'organes, alors que le risque est, a priori, négligeable.vendredi 20 mars 2020

L'Administrateur de la santé publique des États-Unis, Jerome Adams, a hier encouragé les Américains à continuer de donner leur sang, car les réserves nationales sont déjà basses en ces temps de pandémie.

« Vous aiderez votre pays et votre communauté pendant cette crise. Et vous pourriez même sauver des vies », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Partout dans le monde, les experts médicaux s'accordent à dire que les collectes de sang et les dons ont déjà considérablement diminué. Au cours des derniers jours, des milliers de collectes de sang programmées ont été annulées, en partie à cause de fermetures d'écoles et des lieux dans lesquels ces collectes ont généralement lieu.

Cela équivaut à des centaines de milliers de dons de sang en moins, explique Kate Fry, PDG des centres de dons américains America's Blood Centers, une organisation à but non lucratif dont les membres collectent la majorité de l'approvisionnement en sang du pays. Elle ajoute que certaines banques de sang à travers le pays sont déjà à court et que les prélèvements ont une courte durée de vie : quarante-deux jours pour les globules rouges et cinq jours pour les plaquettes.

L'épidémie bouleverse aussi les processus de dons et de transplantations d'organes. En France, comme dans la plupart des pays d'Europe observant aujourd'hui des mesures de distanciation sociale, les transplantations urgentes sont maintenues  mais certaines opérations moins critiques sont repoussées.

Alors que les donneurs potentiels peuvent craindre pour leur propre sécurité ou celle des autres lors d'une pandémie, les experts en santé publique affirment qu'il n'y a aucune raison pour le moment de croire que le COVID-19 pourrait se transmettre par le sang ou au cours d'une transplantation d'organe. Tous les experts consultés pour les besoins de cet article s'accordent à dire que le risque d'infection lors d'un don de sang est minime, et que les organisations impliquées font tout leur possible pour réduire les risques de transmission.

 

BESOIN DE SANG

L'appel à maintenir les dons de sang est soutenu par des recherches antérieures sur les coronavirus. Michael Busch, professeur de médecine en laboratoire à l'Université de Californie et directeur du Vitalant Institute, indique qu'à sa connaissance, personne n'a cultivé de coronavirus vivant à partir d'échantillons de sang, ce qui signifie que les particules virales circulant dans le sang ne sont peut-être pas infectieuses. Il ajoute qu'il n'a encore jamais été démontré qu'un virus respiratoire pouvait être transmis par le sang, y compris le nouveau coronavirus, officiellement connu sous le nom de SARS-CoV-2.

Des recherches en Corée du Sud, qui ont été soumises mais pas encore examinées par des pairs pour publication, ont porté sur un petit groupe de patients qui ont reçu des transfusions de personnes atteintes du SARS-CoV-2. Les donneurs ont vu les premiers symptômes apparaître peu de temps après avoir donné leur sang et ont alerté les médecins. Étonnamment, les patients qui ont reçu du sang de donneurs tombés malades par la suite n'ont pas été eux-mêmes infectés, explique Busch, qui a contribué à la rédaction de l'article.

Pour minimiser le risque de transmission lors d'un don, la Croix-Rouge a mis en place de nouvelles mesures pour maintenir les bénévoles et les donateurs à une distance sûre, aseptiser complètement tout ce qui entre en contact avec les donneurs et s'assurer que toutes les personnes impliquées soient en bonne santé. Les températures corporelles des volontaires et des patients sont prises sur place, plusieurs questions leur sont posées, notamment sur leurs récents déplacements et voyages, sur leur état de santé général et les contacts antérieurs avec des personnes malades.

Bien sûr, si vous ne vous sentez pas bien, attendez pour faire un don. Mais cela ne sera pas définitif. La Croix-Rouge demande aux donateurs d'attendre 28 jours avant de recommencer à donner leur sang s'ils ont été en contact avec une personne contaminée par le coronavirus, ou s'ils présentent eux-mêmes des symptômes, comme de la fièvre, une toux sèche persistante ou, dans les cas les plus graves, une détresse respiratoire.

Mais le besoin en réserves de sang est réel - et les médecins craignent que la situation ne puisse qu'empirer. « Nous naviguons vraiment à vue en ce moment », se désole Kate Fry. Vous pouvez vous inscrire ou trouver un endroit pour faire un don partout en France via le site du Don du Sang.

 

DONS D'ORGANES

Pour l'instant, les chirurgies de transplantation urgentes et vitales se poursuivent pour la plupart à un rythme inchangé. Ces chirurgies comprennent les transplantations d'organes vitaux, comme le cœur, le foie, les reins ou les poumons.

Si la personne donatrice d'organe a succombé au nouveau coronavirus, les organes ne seront pas utilisés, par prudence. Il n'a pas été démontré que le nouveau coronavirus soit capable de se propager dans aucun de ces organes - à part bien sûr les poumons, les voies respiratoires supérieures et parfois dans les ganglions lymphatiques. Des recherches actives sont en cours pour mieux déterminer si le nouveau coronavirus se propage ailleurs dans le corps.

Cela étant, certains hôpitaux font déjà le choix de retarder les chirurgies non critiques, comme les transplantations rénales pour les personnes dont l'état peut être géré par dialyse. Et de nombreux patients attendant une transplantation non urgente programmée ou attendue devront attendre quelques mois, pour leur propre sécurité, mais aussi pour faire de la place dans les hôpitaux car le nombre de cas graves de coronavirus continuent d'augmenter.

Par exemple, pour un patient atteint d'un cancer du foie qui a besoin d'une transplantation, mais dont la maladie est actuellement bien contrôlée avec des médicaments, il est probablement préférable d'attendre quelques mois et d'attendre que la situation s'apaise. Les personnes récemment transplantées prennent des médicaments immunosuppresseurs pour s'assurer que le corps ne rejette pas le nouvel organe, ce qui les rendrait plus vulnérables aux conséquences graves du coronavirus.

Le risque d'exposition au virus est également plus élevé en milieu hospitalier. Certains donneurs d'organes, notamment ceux qui donnent leurs reins, devront également attendre pour faire un don, pour les mêmes raisons. Mais pour les dons du sang, il n'y a aucune raison apparente de les remettre à plus tard.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
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