La politique européenne « 0 pollution » fera-t-elle baisser les cas de cancers ?

L’Agence européenne pour l’environnement affirme que 20 % des décès par cancers dans le monde ont lieu en Europe. D’après les experts, « tous les risques cancérigènes environnementaux et professionnels peuvent être réduits ».

De Margot Hinry
Publication 4 août 2022, 18:03 CEST
Malignant Melanoma

Le mélanome malin (en rose) est l’un des cancers les plus redoutés. Sa propagation est rapide et il peut envahir presque tous les organes. Sur cette image, il a déjà attaqué les poumons. Les couleurs représentées ici n’indiquent pas la réelle couleur des cellules.

PHOTOGRAPHIE DE Dr. Cecil H. Fox, Science Source

Selon une étude récemment publiée par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), l’Europe représente 20 % des décès par cancers dans le monde. « Le rapport estime que les risques d’origines environnementale et professionnelle sont responsables d’environ 10 % des cas de cancers en Europe ».

Ces chiffres sont considérables. Parmi les risques les plus courants, les polluants se caractérisent essentiellement par « la pollution atmosphérique, la fumée de tabac ambiante, le radon, les rayonnements ultraviolets, l’amiante, certaines substances chimiques et d’autres polluants ».

Au sein d’un communiqué, le directeur exécutif de l’AEE a affirmé qu’il était possible de réduire et de largement éviter de nombreux risques cancérigènes. « Il y a un certain nombre de facteurs de risques de cancers qui ne sont pas évitables. Mais les risques liés à l’exposition dans l’environnement le sont clairement » assure Gerardo Sanchez, expert en santé et environnement et auteur du dossier sur les cancers en Europe pour l’AEE.

Pour ce faire, les scientifiques encouragent et prônent la stratégie de l’Union européenne d’appliquer des politiques « rigoureuses » notamment pour « la durabilité dans le domaine des produits chimiques », ainsi qu’une politique « 0 pollution » au sein du pacte vert européen.

« Le terme de "0 pollution", c’est une illustration, une façade. L’ambition doit être importante puisque ce qui est fait actuellement pour réduire la pollution et les émissions ne fonctionne pas assez. Ça ne va pas résoudre le problème, nous devons réellement changer l’ensemble du système. Quand on regarde cette politique de "0 pollution", on réalise qu’il faudrait attendre 2050 pour atteindre un niveau de pollution assez faible pour que ça ne soit plus nuisible pour la santé. Une transformation radicale est nécessaire afin de transformer et de modifier les taux actuels de pollution. Sinon, on continuera d’avoir de nombreux cas de cancers et de maladies » affirme Gerardo Sanchez, expert en santé et environnement et auteur du dossier sur les cancers en Europe pour l’AEE.

Discothèque, Paris. Mouvement avec faible lumière. [...]

Photo de Catherine Karnow

Au sein du communiqué, l’AEE précise que selon les estimations, 250 000 Européens décèdent chaque année suite à un cancer lié à l’environnement. « La politique de l’Union européenne est définitivement la plus ambitieuse. Celle des Américains est aussi sérieuse. Est-ce que c’est suffisant ? C’est un vrai débat. On voit que les politiques sont de plus en plus strictes, mais il faut arrêter d’attendre les preuves parfaites que la pollution est nocive pour la santé avant de réagir. Nous devons partir du principe qu’il faut être précautionneux ». 

« […] Dans le cadre du plan européen pour vaincre le cancer, nous nous sommes fermement engagés à réduire les contaminants dans les eaux, le sol et l’air. […] Nous devons travailler avec la nature, et non contre elle » témoigne Stella Kyriakides, commissaire européenne à la santé et à la sécurité alimentaire. Cette dernière valorise notamment les engagements de l’UE de réduire de moitié l’utilisation des pesticides d’ici 2030.

 

POLLUTION, TABAC, AMIANTE, ULTRAVIOLETS

Sur le podium des plus gros facteurs à risque de développer un cancer se situe la pollution de l’air. Elle représente 1 % de tous les cas de cancers en Europe « et provoque environ 2 % des décès dus au cancer ». Selon plusieurs études scientifiques, des liens très concrets peuvent être faits entre les lieux d’habitations, « le fait d’habiter à proximité des grands axes routiers » et les cas de leucémie chez les enfants et les adultes par exemple. Une étude de 2015 qui avait pour objectif l’évaluation des proportions de cas de cancers en France attribués à l’exposition de différents facteurs de risques liés à l’environnement ou au comportement, liste treize facteurs précis : « Tabagisme (dont tabagisme passif), consommation d’alcool, alimentation (consommation insuffisante de fruits, légumes, fibres, produits laitiers, consommation de viande rouge, charcuterie), surpoids et obésité, activité physique insuffisante, utilisation d’hormones exogènes, durée insuffisante de l’allaitement infantile, infections, radiations ionisantes, pollution atmosphérique, rayonnement solaire (UV), expositions professionnelles et exposition de la population générale à certaines substances chimiques (arsenic dans l’eau de boisson et benzène dans l’air intérieur) ». 

Au-delà des polluants présents dans l’air, les experts sonnent l’alarme à propos de l’exposition à certains polluants au quotidien.  « L’exposition au radon à l’intérieur des bâtiments est liée à près de 2 % des cas de cancer et à un cas de cancer du poumon sur dix, en Europe. Les rayonnements ultraviolets naturels pourraient être responsables de près de 4 % des cas de cancer en Europe. »

Bien que certains de ces facteurs environnementaux et comportementaux soient connus comme risqués et dangereux depuis plusieurs années par les populations, les comportements évoluent lentement.

« On pourrait croire qu’à ce stade les citoyens sont très au courant des UV ou des effets des radiations sur le corps et les liens qu’ils ont avec le cancer. Qu’ils prendraient donc leurs précautions pour s’en protéger. En fait, ce n’est pas le cas, les chiffres du cancer de la peau ne diminuent pas, ils se stabilisent » déplore Gerardo Sanchez.

La prévention, la sensibilisation et l’information représentent une importante partie du travail, selon l’expert. « Pourtant, la vérité, c’est que sur la plupart des facteurs de risques, les populations peuvent faire vraiment peu de chose pour s’en protéger. La pollution est là, dehors, dans le quartier des personnes qui y vivent. Ils la respirent. Il faut faire remonter nos mécontentements aux décideurs politiques régionaux et nationaux en expliquant que la situation n’est pas acceptable. Nous devons clamer que nous ne souhaitons pas respirer de la pollution toxique au sein de nos propres quartiers, qui pourraient nous provoquer un cancer » déclare l’expert pour la santé et l’environnement.

Bien que le représentant de l’Agence européenne pour l’environnement salue les prises de décisions politiques ambitieuses pour limiter la pollution, « je pense que les actions politiques permettent aux personnes d’agir sur leur propre sort ». Gerardo Sanchez encourage les populations à réagir en allant faire entendre leurs demandes directement auprès des responsables politiques et des décideurs.  

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