VRS : le virus responsable de l'épidémie de bronchiolite

En attendant les traitements aux anticorps et les candidats-vaccins prometteurs, voici ce que vous devez savoir sur le virus respiratoire syncytial, l'une des principales causes de mortalité infantile à travers le monde.

De Amy McKeever
Publication 8 nov. 2022, 17:26 CET
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Micrographie électronique du virus respiratoire syncytial (VRS). Les particules virales (en bleu) sont entourées d'anticorps dirigés contre la protéine F du VRS (en jaune) provenant de la surface de cellules pulmonaires humaines.  Les cas d'infection à VRS connaissent une hausse anormalement précoce cette année.

PHOTOGRAPHIE DE Niaid

Depuis quelques semaines, les hôpitaux pour enfants des États-Unis donnent l'alerte face à l'afflux de jeunes patients présentant des difficultés à respirer et un manque d'oxygène.

Cette année, le coupable n'est pas le coronavirus mais le virus respiratoire syncytial, également connu sous le nom de VRS.

En France, la bronchiolite chez les enfants de moins de 2 ans est en phase épidémique. En Guadeloupe notamment, le nombre de cas devient préoccupant pour les parents.

Le VRS n'est pas un nouvel agent pathogène. Chaque année, le virus infecte environ 64 millions de personnes à travers le monde, avec un risque d'hospitalisation particulièrement élevé chez l'enfant et l'adulte de plus de 65 ans. Mondialement, le VRS est à l'origine de 160 000 décès par an, dont plus de 100 000 enfants de moins de cinq ans. Malgré tout, il n'existe toujours pas de vaccin contre la maladie ou de traitements destinés à un usage général.

Des solutions pourraient bientôt voir le jour. D'après les experts, un traitement par anticorps monoclonal pourrait être approuvé avant la fin de l'année aux États-Unis et un vaccin pourrait être déployé à temps pour la saison 2023 du VRS. (À lire : Les vaccins, armes essentielles dans la lutte contre les maladies)

« Cela pourrait tout changer, » déclare Keith Klugman, directeur du programme dédié à la pneumonie au sein de la Fondation Bill-et-Melinda-Gates, qui subventionne le candidat-vaccin maternel de Pfizer.

Voici tout ce que vous devez savoir sur le VRS, sur l'origine de la recrudescence des cas et sur les espoirs fondés par les experts envers ces nouvelles solutions.

 

QU’EST-CE QUE LE VRS ?

D'après les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis, le VRS est un virus respiratoire dont le principal vecteur de transmission est la toux, les éternuements et d'autres formes de contact étroit. C'est également un virus saisonnier : aux États-Unis comme en France, c'est en hiver que le VRS est le plus virulent. Tout le monde peut contracter ou transmettre le VRS, mais les symptômes sont généralement bénins chez les personnes ayant un système immunitaire efficace.

Les adultes d'un certain âge dont le système immunitaire est affaibli ont plus de difficultés à lutter contre le virus, tout comme les enfants en bas âge dont le système immunitaire en développement n'a pas encore été exposé au virus. Ces deux catégories sont plus vulnérables aux formes graves des infections au VRS, avec des symptômes comme la déshydratation ou les difficultés respiratoires.

Avant l'émergence de la COVID-19, « le VRS était clairement la cause la plus importante de maladie respiratoire grave chez les nourrissons et les enfants en bas âge, » indique Kathleen Neuzil, directrice du Center for Vaccine Development and Global Health de l'université du Maryland. Les jeunes enfants sont également particulièrement vulnérables en raison de l'étroitesse de leurs voies aériennes : chez les enfants âgés de moins d'un an, le VRS est la principale cause de bronchiolite, une inflammation des voies aériennes pulmonaires.

 

POURQUOI LES CAS SONT-ILS À LA HAUSSE ?

Ce n'est pas tant le nombre de cas qui est inhabituel pour une saison du VRS, mais plutôt le fait que le pic arrive aussi tôt dans l'année. Pour Neuzil, le coupable pourrait être la COVID-19 : « la COVID-19 a bouleversé la saisonnalité de nos virus respiratoires » indique-t-elle. Comme le suggèrent les experts, à l'heure où nous ne portons plus le masque de façon régulière, les virus auraient commencé à circuler en dehors de leur saison tout simplement parce que la population est plus vulnérable après deux années sans tomber malade.

Neuzil indique que personne ne sait encore si ce changement sera permanent ou si le VRS finira par retrouver sa saisonnalité habituelle. D'ordinaire, la saison du VRS débute dès la mi-septembre pour atteindre son pic entre fin décembre et mi-février. Par ailleurs, il est difficile de savoir si la hausse actuelle représente le pic de la saison du VRS pour cette année ou si le pire reste à venir.

 

POURQUOI N'EXISTE-T-IL PAS ENCORE DE VACCIN CONTRE LE VRS ?

Cela fait plusieurs décennies que les chercheurs tentent d'empêcher les décès causés par le VRS. Dans les années 1960, l'une de leurs tentatives s'est soldée par un échec colossal avec le développement d'un vaccin qui infectait les enfants au lieu de les protéger.

D'après William Gruber, vice-président à la recherche et au développement des vaccins chez Pfizer, l'objectif affiché à l'époque était « d'attaquer la partie opérationnelle du virus, » la protéine qui lui permet de fusionner avec la membrane d'une cellule pulmonaire humaine.

Une avancée fondamentale est arrivée en 2013, indique Gruber, lorsque les scientifiques ont découvert qu'ils devaient stabiliser la protéine virale utilisée dans le vaccin pour la maintenir dans sa forme préfusion, une idée que l'on retrouve aujourd'hui derrière la plupart des traitements à l'étude.

 

QUELS SONT LES TRAITEMENTS À L'ÉTUDE ?

Le traitement le plus abouti à l'heure actuelle contre les infections au VRS est le Nirsevimab, un anticorps monoclonal développé par AstraZeneca. Administré aux nourrissons par injection dès la naissance ou peu de temps après, le Nirvesimab délivre directement des anticorps dirigés contre le VRS dans leur système sanguin, ce qui permet à leur système immunitaire de neutraliser le virus en l'empêchant de se répliquer.

Au mois de mars, les résultats de la phase 3 des essais cliniques montraient une efficacité à 75 % dans la protection des nourrissons contre les infections des voies aériennes inférieures suffisamment graves pour nécessiter une intervention médicale. Début octobre, le groupe stratégique consultatif d'experts sur la vaccination de l'Organisation mondiale de la santé a examiné les données de l'essai clinique et indiqué que l'autorisation réglementaire était « imminente ».

D'après Neuzil, membre du groupe consultatif de l'OMS sur la vaccination contre le VRS, il est possible que la Food and Drug Administration des États-Unis autorise le traitement d'ici la fin de l'année 2022.

 

QU'EN EST-IL DES VACCINS CONTRE LE VRS ?

Il existe un solide vivier de candidats-vaccins contre le VRS en cours de développement, affirme Neuzil. Celui qui a toutes les chances de franchir la ligne en premier est le vaccin maternel de Pfizer, destiné aux femmes enceintes. L'idée à l'origine de ce vaccin est de protéger le bébé avant même sa naissance en vaccinant la mère qui produit les anticorps transmis au fœtus par le sang.

En avril dernier, la phase 2B des essais cliniques a montré que le vaccin de Pfizer produisait des taux élevés d'anticorps, ce qui lui a valu le statut de thérapie innovante (Breakthrough Therapy Designation) accordé par la FDA, indiquant l'intention de l'agence d'accélérer le développement et l'examen du vaccin. D'après Gruber, il est « fort probable » que les autorités de réglementation qui supervisent les essais cliniques autorisent Pfizer à y mettre fin avant la fin de l'année. Pour Klugman de la Fondation Bill-et-Melinda-Gates, l'autorisation de la FDA pourrait être accordée courant 2023.

« C'est un événement que j'attends depuis le début de ma carrière » déclare Gruber. « Nous produisons le bon type d'anticorps, je pense donc que nous sommes bien partis pour réussir. »

En attendant, les premiers résultats de la phase 3 des essais cliniques de Pfizer sur les adultes âgés de 60 ans ou plus affichent une efficacité de 85 %. Divers autres vaccins contre le VRS suivent le candidat de Pfizer. Certains d'entre eux contiennent des adjuvants, une substance qui renforce la réponse immunitaire, ce qui n'est pas idéal durant la grossesse selon Neuzil.

 

MAIS ALORS, COMMENT SE PROTÉGER DÈS MAINTENANT ?

« C'est vraiment fascinant ce que l'on voit avec ces nouveaux vaccins et ces anticorps contre le VRS, mais cela n'aidera pas les bébés cet hiver » indique Neuzil. Elle recommande de continuer à prendre des précautions comme le port du masque, notamment à proximité de nouveau-nés ou de personnes âgées plus vulnérables aux formes graves des infections au VRS.

« Les solutions approchent, mais ce ne sera pas pour cette année » résume-t-elle. « Il est donc très important de faire attention. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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