Sciences

Découverte de l'interstitium, un nouvel ''organe'' humain

Des scientifiques ont découvert l'interstitium, une couche de tissu qui sépare notre peau de nos organes. Son étude pourrait pemettre, un jour, de soigner certaines maladies.

De Sarah Gibbens
Les faisceaux de collagène sont identifiés par des astérisques (en haut à gauche). Une cellule est indiquée par une flèche (en haut à droite). Les faisceaux de collagène sont identifiés par la couleur bleue foncée et le bleu clair correspond à l'élastine (en bas à gauche). En noir, les fibres d'élastine situées le long des faisceaux de collagène, visibles eux en rose (en bas à droite).

Une équipe de scientifiques aurait découvert un nouvel organe, situé juste sous notre peau.

Dans une étude publiée par la revue Scientific Reports, des chercheurs de la New York University School of Medicine révèlent qu'ils ont découvert un nouvel organe, qu'ils ont nommé « interstitium ».

Cet organe se trouve dans presque tout notre corps : sous la peau, autour des artères et des veines, enveloppant le tissu fibreux entre les muscles, et tapissant l'intérieur de notre tube digestif, de nos poumons et de notre système urinaire.

Composé de compartiments remplis de liquide reliés entre eux par du collagène et une protéine flexible appelée élastine, l'interstitium ressemble à un filet. Avant cette découverte, les scientifiques pensaient qu'il s'agissait simplement d'une couche de tissu conjonctif compacte.

Les scientifiques indiquent qu'ils n'ont pas identifié cet organe plus tôt, pourtant sous leurs yeux, à cause de la méthode utilisée pour l'étudier. Pour les observer au microscope, les échantillons de tissus doivent être finement découpés et les chercheurs y injectent des produits chimiques pour pouvoir identifier plus facilement leurs principaux composants.

Vidés de leur liquide, les compartiments s'effondrent comme un bâtiment sous lequel le sol se dérobe. L'interstitium devient alors aussi plat qu'une crêpe.

C'est en étudiant du tissu vivant au lieu d'échantillons de tissu mort que les scientifiques ont découvert ces poches de liquide interstitiel. Pour cela, ils ont eu recours à une technologie de pointe, l’endomicroscopie confocale par laser : une sonde équipée d'une minuscule caméra est utilisée pour étudier le corps humain. Le tissu, éclairé par les lasers de l'endoscope, réfléchit une lumière fluorescente suite à l'injection d'un traceur. Cette lumière est ensuite analysée par des capteurs.

 

DÉCOUVERTE FORTUITE

Les scientifiques ont remarqué la présence des compartiments alors qu'ils étudiaient le conduit biliaire. Ils pensaient qu'il s'agissait de déchirures dans du tissu compact. Les images prises ont été apportées à Neil Theise, professeur à la New York University School of Medicine et auteur de l'étude.

« Cela correspond à la quantité de liquide extracellulaire qu'il nous restait à identifier », a déclaré Neil Theise. Le corps humain est composé à environ 70 % d'eau. Environ deux tiers de celle-ci se trouvent dans les cellules. Le scientifique souligne que la localisation du tiers restant était connue, en partie.

Les compartiments retiennent donc une partie du liquide corporel, mais ils pourraient permettre d'expliquer des fonctions vitales.

« L'interstitium agit comme un amortisseur de chocs », a expliqué Neil Theise. « Il s'agit d'un tissu mou et souple ».

L'auteur de l'étude pense que l'interstitium est un réservoir de lymphe, un liquide qui se déplace dans le corps via le système lymphatique et joue un rôle dans le système immunitaire. Neil Theise estime que les chercheurs devraient mieux comprendre comment les maladies comme le cancer métastatique se propagent à travers cette partie du corps.

« Pouvons-nous déceler [la maladie] plus tôt en prélevant un échantillon du liquide présent dans une partie du corps ? Pouvons-nous mettre au point des mécanismes pour stopper la progression de cette maladie ? », s'interroge Neil Theise.

 

ENTRE ESPOIR ET SCEPTICISME

Ingénieure biomédicale au Virginia Tech, Jennifer Munson s'est intéressée au liquide présent dans le corps. Bien qu'elle n'ait pas pris part à l'étude, elle estime que les découvertes sont prometteuses.

« Je trouve que cette étude démontre le bénéfice des nouvelles méthodes d'imageries pour observer les tissus. [Avec les anciennes méthodes], les tissus sont déshydratés, et nous perdons une importante quantité d'informations sur leur structure », a indiqué l'ingénieure biomédicale.

Elle se dit assez convaincue de l'existence de ces structures, mais préfère attendre d'autres études sur le sujet avant d'émettre des hypothèses sur la fonction de l'interstitium et s'il est même correct de le considérer comme un nouvel organe.

« Je suis ravie de cette découverte mais comme beaucoup de scientifiques, je suis plutôt sceptique ».

Neil Theise est conscient des interrogations que sa découverte a pu susciter, mais il s'agit là de son domaine de prédilection. En 2005, il a publié dans la revue Nature un essai remettant en cause l'importance de la « théorie cellulaire », un concept qui considère les cellules comme la structure de base de tous les organismes. Dans une étude publiée en 2001, il révélait qu'il était possible de faire fonctionner les cellules souches d'un adulte de la même manière que des cellules embryonnaires.

« Nous n'arrêterons pas de découvrir des choses dont nous ne soupçonnions même pas l'existence », a-t-il ajouté. « Je suis impressionné de voir à quel point la nature est bien plus complexe que ce que nous imaginons ».

Lire la suite