Sciences

Des chercheurs ont découvert la cause des épidémies du virus Ebola

Après avoir mené des études sur plusieurs milliers d’animaux en Afrique, des scientifiques ont découvert le réservoir animal du virus Ebola : les chauve-souris seraient à l’origine des épidémies.

De Arnaud Sacleux
Certaines chauve-souris hébergent en elles le virus Ebola sans pour autant contracter la maladie.

L’origine de l’infection chez l’Homme par le virus demeurait une énigme, jusqu’à aujourd’hui. Ebola présente 5 lignées de virus : Zaïre, Bundibugyo, Soudan, Reston et Forêt de Taï. Cette maladie grave et dans la plupart des cas mortelle pour l’Homme (son taux de mortalité pouvant atteindre 90 %) n'a aucun traitement homologué pour le moment. L’Afrique a connu, depuis 1976, 28 épisodes épidémiques. Face à ce constat, les virologues de l’Institut pour la Recherche et le Développement (IRD) Martine Peeters et Ahidjo Ayouba, avec l’aide du Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée (Cerfig), ont mené des tests sanguins et sont parvenus à localiser le réservoir animal du virus. Les chauve-souris seraient la cause des épidémies d’Ebola en Afrique. Pour Ahidjo Ayouba, interrogé par National Geographic, avoir potentiellement localisé le berceau du virus permettra de « mieux comprendre les émergences des épidémies et de les prévenir ».

 

HÉBERGER LE VIRUS SANS ÊTRE MALADE

Les chauve-souris concentrent l’attention de la communauté scientifique depuis 2005. Entre 2015 et 2017, Martine Peeters et Ahidjo Ayouba ont prélevé le sang de 4 022 chauve-souris grâce à des pièges placés dans différents environnements écologiques répartis sur trois pays, la Guinée, la République démocratique du Congo et la Cameroun, zones particulièrement touchées par les épidémies. Ces pièges, sans danger pour les chauve-souris, ont permis aux scientifiques de récolter des échantillons de sang et de les tester. « Les échantillons de sang, prélevés sur place avant de relâcher les animaux, ont ensuite été testés avec différents antigènes de plusieurs espèces du virus Ebola » indique Martine Peeters à l'IRD.

Le résultat montre que le sang prélevé sur 8 espèces de chauve-souris, dont les Eidelon helvum et les Hypsygnatus monstruosus, réagit positivement aux tests. Cela indique que des anticorps sont présents dans leur sang et qu’il y a un contact avec le virus. Plus encore, ces chauve-souris sont porteuses du virus sans contracter la maladie. Pour le virologue, de cette manière « le rôle des chauves-souris comme réservoir pour des filovirus se précise ».

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Cependant, il est difficile de savoir comment les chauve-souris ont développé ce virus. « Il est difficile de répondre à cette question à l’heure actuelle, car peu de données moléculaires concernant le matériel génétique des virus Ebola infectant les chauves-souris sont disponibles. L’absence de ces données rend difficile, voire impossible, d’expliquer comment les chauves-souris ont acquis le virus, et depuis quand il circule parmi elles. »

 

UNE AUTRE ORIGINE EST-ELLE POSSIBLE ?

Aucune autre piste n’est écartée par les scientifiques. « Nous ne pouvons pas exclure que d’autres espèces animales puissent être le réservoir d’une ou plusieurs lignées du virus Ebola » précise Ahidjo Ayouba. « Des efforts importants d’échantillonnage et de tests portent également sur d’autres animaux sauvages, notamment les ongulés comme les antilopes, ou les rongeurs ».

Les primates non-humains en particulier ont également fait l’objet de nombreux tests. Si la communauté scientifique les a longtemps soupçonnés d’être le ou l’un des réservoirs des virus Ebola, les études tendent à prouver le contraire. Appliquées avec la même méthodologie que pour les chauve-souris, avec la même recherche d’anticorps chez 4 649 primates appartenant à 36 espèces distinctes, ces études ont montré qu'ils ne seraient en réalité qu’un « hôte intermédiaire » du virus « notamment à cause de la létalité de l’infection » chez ces primates : au contraire des chauve-souris, les primates contractent la maladie.

Prochaine étape pour les chercheurs : comprendre comment les mammifères volants deviennent porteurs du virus. Les chercheurs vont suivre le nombre de nouvelles infections dans le temps au sein de plusieurs colonies de chauve-souris. Ainsi, ils pourront confirmer la présence, au-delà des anticorps, du virus lui-même.

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