Des chercheurs parviennent à ralentir les effets d’Alzheimer chez des souris

Ces résultats remarquables nourrissent l'espoir de traitements futurs, mais la route est encore longue.

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La maladie d'Alzheimer est un fléau en forte progression. 47,5 millions de personnes seraient atteintes de démences dans le monde d'après l'Organisation Mondiale de la Santé, parmi lesquelles 60 à 70 % sont atteintes de la maladie d'Alzheimer. 

La maladie neurodégénérative afflige plus de 900 000 personnes en France, l'un des pays où le nombre de malades est le plus élevé. Elle prive les malades de leurs souvenirs, les remplaçant par les tensions et le chagrin de leurs proches. Le coût de la prise en charge des malades est particulièrement élevé sur le long terme : on estime que 1 000 € par mois restent à la charge des malades et de leur famille. 

 

L'OMBRE D'UN ESPOIR

Une nouvelle étude scientifique menée sur des souris en laboratoire, dont les résultats ont été publiés dans le Journal of Experimental Medicine suggère qu'en isolant une seule protéine, les traitements à venir pourraient potentiellement briser les plaques séniles (ou dépôts amyloïdes) associées à la maladie d'Alzheimer.

La protéine en question, peptide amyloïde (ou Aß), joue un rôle fondamental dans le développement neuronal. Elle assure la production des matières qui forment les plaques bêta-amyloïdes, que l'on peut observer dans le cerveau des patients atteints de la maladie d'Alzheimer. Certains chercheurs soupçonnent que lorsque les plaques bêta-amyloïdes s'accumulent, elles empêchent les nerfs de communiquer, provoquant les symptômes de la maladie.

Pendant des années, les chercheurs ont tenté de mettre au point des traitements réduisant la production de peptide amyloïde. Pour modéliser les effets de ces dits traitements, les chercheurs de la clinique Lerner Research, à Cleveland, ont élevé des souris dont les cerveaux ont développé des plaques bêta-amyloïdes.

L'équipe a ensuite suivi des groupes de 12 des souris sélectionnées, pour voir comment stopper la production de peptide amyloïde. Au bout de 75 jours, ces souris ont commencé à produire des plaques bêta-amyloïdes, mais celles-ci ont disparu à mesure que les souris vieillissaient. Quand les souris ont atteint l'âge de 10 mois, les chercheurs ne pouvaient plus détecter de plaques dans leurs cerveaux.

Les tests cognitifs ont montré qu'au fur et à mesure que les souris perdaient des plaques, leur apprentissage et leur mémoire s'amélioraient, sans toutefois revenir aux niveaux observés chez les souris ne souffrant pas d'Alzheimer.

« À notre connaissance, c'est la première observation d'une inversion aussi spectaculaire du dépôt amyloïde dans le cadre d'une étude sur la maladie d'Alzheimer ayant pour sujets des souris », indique le co-auteur de l'étude Riqiang Yan, dans un communiqué de presse.

 

LE CHEMIN À PARCOURIR EST ENCORE LONG

Si les résultats de l'étude sont impressionnants, il faut être prudent quant à leur signification.

D'une part, l'étude a été menée sur des souris et non des Hommes, et cette expérience a imité la manière dont les traitements agiraient sur les plaques bêta-amyloïdes. Le traitement lui-même n'a pas été testé.

D'autre part les souris étudiées les plus âgées avaient à peine 10 mois. Peut-être que des souris plus âgées ne pourront être soignées aussi efficacement. Les chercheurs conduiront des tests sur ces mêmes souris à intervalles de temps réguliers.

Quoi qu'il en soit, la découverte est une bonne nouvelle pour les chercheurs souhaitant trouver un remède au développement de la protéine Aß. Les traitements ne sont qu'au banc d'essai pour le moment, mais ils n'ont donné sur des patients humains que des résultats décevants.

Le verubecestat par exemple, une molécule développée par le groupe pharmaceutique Merck, a pour vocation d'inhiber les protéines béta-amyloïdes toxiques s'agrégeant sous forme de plaques. Si les premiers essais cliniques sur les patients présentant les premières formes de la maladie étaient prometteurs, ils ont pris fin le 13 février dernier, le laboratoire estimant que le traitement ne s'était pas avéré suffisamment efficace.

En général, les nouveaux traitement prennent des années à être développés, parfois même une décennie. 

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