Doit-on continuer à porter un masque si personne n'en porte ?

Avec l’assouplissement des restrictions et des règles concernant l’obligation du port du masque, il peut être tentant de baisser notre garde. Mais devons-nous pour autant arrêter de nous protéger ?

Publication 25 mars 2022, 10:58 CET, Mise à jour 25 mars 2022, 14:01 CET
Revelers

Des personnes dansent sous les lumières et la fumée du Ritter Butzke le 29 août 2021 à Berlin, en Allemagne. Le Ritter Butzke est l’un des clubs de musique électronique les plus célèbres de Berlin. Pendant la pandémie, tous les espaces ont fermé et les employés se sont retrouvés sans travail, mais les clubs disposant d’un espace extérieur ont été autorisés à rouvrir au public cet été, en appliquant de nouvelles restrictions. Par exemple, les clubs sont tenus d’enregistrer le nombre de visiteurs afin de s’adapter à l’évolution des réglementations.

PHOTOGRAPHIE DE Ruben Salgado Escudero for National Geographic

Depuis le 14 mars 2022, le masque n’est plus obligatoire dans la plupart des lieux fermés en France. Pourtant, dans de nombreux supermarchés, lieux de travail, cinémas et autres espaces en intérieur, certaines personnes continuent de le porter. Mais si personne d’autre ne le porte, le masque protège-t-il suffisamment celui ou celle qui choisit de le garder ?

Avec la propagation rapide du variant Omicron BA.2 en Europe, cette question se révèle de plus en plus pertinente.

« Les masques sont en effet plus efficaces quand tout le monde les porte autour de nous. Si quelqu’un est positif au COVID-19 sans le savoir, le port du masque est aussi utile que de boucher le bout d’une paille : il empêcher le virus de se propager », explique Jaimie Meyer, médecin spécialisée en maladies infectieuses à Yale Medicine.

Elle souligne toutefois que, même lorsque la personne infectée ne porte pas de masque, toutes les personnes à proximité qui le portent ont moins de risques que les gouttelettes n’arrivent jusqu’à leur système respiratoire et les contaminent à leur tour.

Meyer et d’autres experts nous ont donné leur avis quant au port du masque, ainsi que quelques conseils pour déterminer quand il est dangereux de retirer le masque, et quand ça ne l’est pas.

 

LA SITUATION ACTUELLE

Lors d’une conférence de presse mardi 22 mars, Hans Henri P. Kluge, le directeur de l’OMS Europe a estimé que plusieurs pays européens, dont la France, ont levé trop « brutalement » leurs mesures de restriction. « Ces pays ont levé les restrictions brutalement de "trop" à "pas assez" », a-t-il déclaré. Selon les épidémiologistes, ce rebond s’explique notamment par la prédominance du sous-variant d'Omicron BA.2, environ 30 % plus contagieux mais pas plus dangereux que son prédécesseur. 

Actuellement, le nombre de cas de COVID-19 est à la hausse dans 18 des 53 pays de la zone de l’OMS Europe, selon l’organisation sanitaire. Depuis la mi-mars, plusieurs régions françaises voient leur taux d’incidence remonter, comme la Bretagne, les Hauts-de-France, le Grand-Est, l’Auvergne-Rhône-Alpe, les Pays de la Loire, le Centre-Val-de-Loire, la Nouvelle-Aquitaine, la Réunion, la Martinique. La circulation virale tend à s’accélérer dans ces régions, mais les indicateurs hospitaliers restent stables après plusieurs semaines de diminution.

Le directeur de l’OMS Europe souligne toutefois « un très grand capital d'immunité [...] que ce soit grâce à la vaccination ou aux infections ». Il a par ailleurs relevé que « l’hiver s’ach[evant], les gens vont moins se rassembler dans des petits espaces confinés. »

 

DOIT-ON RETIRER NOS MASQUES ?

Les masques restent bien sûr obligatoires dans certaines situations : par exemple, dans les transports collectifs et tous les établissements de santé, tels que les pharmacies et les cabinets médicaux. De plus, en cas de taux trop élevé de contamination dans certaines zones du pays, les collectivités peuvent encore imposer le port du masque, notamment dans certains lieux publics en extérieur.

Lorsqu’il n’est pas obligatoire, il relève de la responsabilité de chaque personne de déterminer si elle doit ou non porter un masque. Cette décision peut principalement dépendre du contexte, du niveau de volonté de la personne de ne pas contracter le virus, mais aussi des taux de contamination dans la zone où elle se trouve. « De nombreuses personnes se sont résignées et pensent qu’elles contracteront le COVID-19 de toute manière, mais ce n’est pas inévitable », affirme Meyer.

Selon elle, la vaccination reste la meilleure protection contre la maladie. D’après une étude publiée début mars dans le New England Journal of Medicine, le vaccin de Pfizer-BionTech a eu un taux d’efficacité de 85 % pour éviter les hospitalisations et les décès, et ce jusqu’à sept mois après les deux premières injections. Les participants de l’étude n’avaient pas eu de dose de rappel qui leur aurait apporté une protection supplémentaire. Mais pour Meyer, le port du masque est sans doute la deuxième mesure la plus efficace pour se protéger.

Les personnes qui sont plus à risque en raison de leur état de santé, ou qui vivent ou travaillent avec des personnes à risque doivent prendre ce facteur en compte lorsqu’elles décident ou non de porter un masque. Les personnes immunodéprimées devraient presque toujours le faire en présence d’autres personnes en intérieur. Celles qui ont une maladie telle que le diabète qui les expose à un risque plus élevé de complications liées au COVID-19 pourraient quant à elles envisager de le faire même lorsque le taux de contamination est plus bas : peut-être lorsqu’il y a 10 cas pour 100 000 personnes dans leur zone, selon Meyer.

D’autres personnes choisissent également de porter le masque parce qu’elles ont des enfants qui sont vulnérables car trop jeunes pour être vaccinés. Jill Weatherhead, médecin en maladies infectieuses au Baylor College of Medicine, continue d’en porter un dans les magasins et dans les établissements très fréquentés, en grande partie pour protéger son fils de quatre ans.

Pour qu’il soit efficace, il faudrait porter le masque rigoureusement. Certaines personnes qui se trouvent dans des zones avec un haut niveau de contamination pourraient penser qu’elles peuvent retirer leur masque sans danger en intérieur si elles respectent les distanciations de deux mètres, mais « il est faux de croire que le fait de garder ses distances en intérieur réduit nos risques d’exposition au virus », affirme Lindsay Marr, professeure en ingénierie à l’Université Virginia Tech et experte en transmission virale. Selon elle, il est vrai que les particules virales sont plus concentrées près des individus contaminés mais, comme la fumée de cigarettes qui finit par se diffuser dans toute la pièce, elles finissent par se propager.

Selon Weatherhead, bien sûr, tout le monde a son propre niveau de tolérance et celui-ci devrait être respecté. « Beaucoup de facteurs entrent en jeu, et les décisions seront différentes pour chacun », ajoute-t-elle.

Pour certaines personnes, y compris Meyer, « il est épuisant de devoir constamment évaluer les risques en fonction des situations », raison pour laquelle elle a décidé de continuer à porter le masque dans les magasins et dans les espaces clos, et ce peu importe si les personnes autour d’elles le portent ou non. « Il est plus facile pour moi de simplement mettre un masque et de ne pas avoir à prendre une décision à chaque fois. »

Il est cependant un groupe qui devrait toujours porter un masque : les patients positifs au COVID-19, qui doivent s’isoler pour la période recommandée de cinq à dix jours selon les cas. Une fois la période d’isolement terminée, la personne testée positive doit continuer à porter le masque et à respecter les gestes barrières pendant sept jours.

 

LA QUALITÉ ET LA TAILLE DU MASQUE SONT FONDAMENTALES

Une étude menée par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) aux États-Unis, et publiée dans Morbidity and Mortality Weekly (MMWR) documente les niveaux de protection offerts par différents types de masques. Les personnes qui portent systématiquement des masques N95 ou KN95 réduisent leurs risques de contracter le virus de 83 % par rapport à celles qui ne portent pas de masque. Les masques chirurgicaux, quant à eux, réduisent les risques de contamination de 66 %, et les masques en tissu de 56 %.

Cette étude, tout comme les autres études similaires, n’ont pas permis de savoir combien de personnes mettent un masque lorsqu’elles sont autour de celles qui le portent déjà. Mais l’étude ayant été menée quand les masques étaient encore obligatoires en Californie, il est probable que de nombreuses personnes les portaient, constate Marr, qui n’a pas participé à l’étude du MMWR. Elle suspecte que les masques auraient été moins efficaces si moins de personnes l’avaient porté, mais que le contraste entre les personnes qui portaient un masque et celles qui n’en portaient pas aurait sans doute également été frappant.

L’étude du MMWR souligne l’importance de préférer des masques de haute qualité, de type respirateurs, tels que les N95, KN95 ou FFP2, à de simples morceaux de tissu. En effet, selon les CDC, « les respiratoires de taille adaptée offrent le niveau de protection le plus élevé ».

« Si un virus est dans l’air, votre N95 bloquera plus de 95 % de ce virus », ce qui est très élevé, affirme Marr.

 

NE VOUS DÉBARRASSEZ PAS DE VOS MASQUES

Toutes les personnes qui ne portent pas de masque actuellement devraient tout de même les garder à portée de main, selon les experts.

« Je veux être optimiste parce que le printemps est arrivé, mais il semblerait que cette période soit trompeuse » à cause de la hausse du nombre de cas que nous connaissons en Europe en raison du variant Omicron BA.2, déclare Meyer. Elle conseille aux personnes qui ne portent pas de masque en ce moment de surveiller de près les taux de contamination dans leur région, au cas où la situation s’aggrave.

L’évolution de la pandémie est difficile à prévoir, principalement car, en général, le variant BA.2 ne réinfecte pas les personnes qui ont déjà été contaminées par la précédente version d’Omicron, et ce d’après une étude danoise publiée le mois dernier, et qui n’a pas encore été évaluée par les experts. « Il est difficile de prévoir le niveau de propagation que nous connaîtrons car tout dépendra de la propagation du BA.1 et du nombre de personnes qui sont donc encore vulnérables aux contaminations », explique Jetelina.

« Vous devriez garder vos masques à disposition à cause de ce qu’il se passe aujourd’hui, mais aussi de ce qu’il pourrait se passer demain », prévient-elle. « Le masque aide à garder un temps d’avance sur la maladie. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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