Don de guérison, médiumnité, précognition : qu'en dit la science ?

Ces dons sont-ils si extraordinaires ? Peuvent-ils seulement être expliqués par la science ?

Publication 24 nov. 2021, 08:17 CET
Représentation artistique d'un cerveau humain.

Représentation artistique d'un cerveau humain.

Photographie de MicroStockHub, istock via getty images

Chaque membre de la famille Madrigal a un don : Julieta, la mère, possède le don de guérison. Luisa, l'une de ses filles, est douée d'une force surhumaine. Pepa a le pouvoir de contrôler le temps. Dolores, elle, possède une ouïe à nulle autre pareille. Quant à Bruno, il est capable de prédire l'avenir. Seule Mirabel semble ne pas avoir de don et souffre d'être le seul membre « ordinaire » de cette famille extraordinaire. Quand soudain la magie disparaît, toutes et tous placent leurs espoirs en elle.

L'aventure de Mirabel est narrée dans Encanto : La Fantastique Famille Madrigal, dernier film d'animation des studios Disney*, qui sort aujourd'hui au cinéma. De nombreux pouvoirs extraordinaires y sont représentés. Mais qu'en dit la science ? Ces dons sont-ils si extraordinaires ? Ne relèvent-ils que de la fiction ? 

 

La force surhumaine est sans doute l'expression paranormale la plus facilement explicable par la science, et l'une des plus documentées. Face à un danger, nous sécrétons de l'adrénaline et de la noradrénaline. Quand nous nous retrouvons dans une situation de danger extrême, des réserves d'énergie d'ordinaire inaccessibles sont libérées, comme un ultime sursaut.
   
En cas de stress aigu, le système nerveux sympathique, l'une des trois composantes du système nerveux autonome, qui gère l'activité des organes viscéraux et les fonctions automatiques de l'organisme, comme la respiration ou les battements du cœur, prépare notre corps à se dépasser. Les glandes surrénales libèrent du cortisol et de l'adrénaline qui sont déversés dans le sang. Le rythme cardiaque s'accélère, le taux d'oxygénation augmente, l'énergie des muscles est décuplée. 

Vladimir Zatsiorski, professeur de kinésiologie à l'université d'État de Pennsylvanie, a longuement étudié la biomécanique des haltérophiles. Dans ses travaux, il distingue la « force absolue », celle que nous sommes théoriquement capables de mobiliser et la « force maximale », la plus grande force possible qu’un muscle ou un groupe de muscles peut déployer par une contraction volontaire maximale. Il a par ailleurs établi que même si la peur peut en effet nous rapprocher, l'espace d'un court instant, de notre force maximale, nous ne pouvons pas nous transformer en l'incroyable Hulk pour autant.

Une athlète s'entraînant régulièrement et capable de soulever des poids de 45 kilogrammes pourrait, écrit-il, soulever un poids de 60 kilogrammes si celui-ci écrasait son enfant, mais elle ne pourrait en aucun cas soulever une voiture roulant sur ce même enfant. 

Les mécanismes permettant au cerveau de mobiliser une telle force, en-dehors de toute forme d'entraînement physique induisant le dépassement de soi, restent encore peu étudiés. Il semble cependant qu'elle soit l'apanage des demi-dieux antiques et héros de fiction.

 

LES PERCEPTIONS EXTRA-SENSORIELLES

Les recherches en parapsychologie ont permis de distinguer deux types de capacités psycho-physiques. « Il y a le psy réceptif qui est de l’ordre des perceptions extrasensorielles, comme la télépathie et la prémonition, et le psy projectif qui est l’influence de l’esprit sur la matière, » explique Sébastien Lilli, co-créateur et président de l'Institut de recherche sur les expériences extraordinaires (INREES). « Les travaux des parapsychologues nous montrent que l’être humain peut être doué de communication directe d’esprit à esprit, ce que l’on peut appeler une transmission de pensée, et de clairvoyance, c’est-à-dire la perception à distance d’un lieu, d’un objet, d’un événement. Nous sommes aussi sujets à la précognition, c’est-à-dire une vision d’un futur potentiel ou un pressentiment un peu flou. » 

Julie Beischel, cofondatrice et directrice de recherche du Windbridge Institute, a mené durant quinze ans une étude sur la médiumnité et la survie de la conscience. Diplômée en pharmacologie et en toxicologie de l’université de l’Arizona, elle a mis au point un protocole scientifique rigoureux pour mettre à l'épreuve le don de médiumnité. Elle et ses confrères ont isolé des médiums et leur ont demandé de délivrer des informations sur des personnes décédées. Ces médiums n'avaient de contact ni avec l'équipe scientifique, ni avec les proches du défunt. Seul point de départ : un prénom écrit sur un bout de papier.

Le médium n’ayant devant lui qu’un prénom, il ne peut rien déduire du comportement ou des réponses d’un potentiel interlocuteur. L’analyse contextuelle à laquelle se livre un mentaliste ne peut pas tenir ici. « Dans le protocole de Julie Beischel, les médiums se sont connectés au prénom qui leur était donné pour tirer un certain nombre d’informations. Et de fait les médiums suivis recevaient des informations extra-sensorielles, c’est-à-dire des informations au-delà de l’espace et du temps. C’est ce genre de choses que le protocole a permis de prouver » souligne Sébastien Lilli.

Une autre étude, publiée dans la revue Mental Health, Religion & Culture, a tenté de mettre en lumière l'interaction entre les croyances, les personnalités des médiums et leur capacité à avoir des perceptions extra-sensorielles. Ses deux auteurs sont arrivés à la conclusion que l'absorption, c'est-à-dire la capacité à s'immerger dans une expérience ou la pensée, serait la clé de compréhension des mécanismes de médiumnité. Dans le cadre de leur expérience, ils ont demandé à soixante-cinq médiums spiritualistes de remplir un questionnaire en ligne et d'évaluer le moment, la nature et la fréquence de leurs épisodes de clairaudience. Ils ont ensuite comparé ces données aux réponses du groupe de la population générale, composé de cent quarante-trois personnes. Il en ressort que les médiums présentaient des niveaux plus élevés de prédisposition aux hallucinations auditives et d'absorption que le groupe de la population générale. 

L'étude est cependant limitée, puisqu'elle s'appuie sur des auto-évaluations. Des recherches complémentaires seront nécessaires pour déterminer si l'absorption prédispose ou non des individus à développer des dons de médiumnité.

 

UN NOUVEAU RAPPORT À LA SANTÉ

L'étude Face of a Frog menée par les biologistes de l'université Tufts, dans le Massachusetts, donne à voir le développement embryonnaire d'une grenouille. On peut clairement distinguer dans la vidéo accompagnant l'étude une charge électrique, comme un éclair illuminant la face de la grenouille. L'hypothèse ici émise serait que les embryons - quels qu'ils soient - se développent de manière électrique. 

De fait, tous les êtres vivants émettent des ondes électromagnétiques. Et les mains des guérisseurs et des maîtres de méditation émettraient des champs magnétiques de basse fréquence mille fois plus puissants que le reste de la population, capables de soulager des douleurs profondes, comme le rapporte Audrey Monge dans son ouvrage Mystère des guérisseurs. L'autrice, qui met en exergue les expériences scientifiques menées pour expliquer les extraordinaires dons de guérison, évoque également un autre élément d'explication : les biophotons, l’émission spontanée de lumière d'intensité ultra faible émanant de tous les systèmes vivants. 

Mais considérer uniquement les manifestations physiques de ces dons « est extrêmement réducteur » commente Sébastien Lilli. « Plusieurs expériences ont été menées sur des guérisons à distance par des magnétiseurs, qui montrent qu’on est dans une interaction différente, qui ne fait pas appel à notre champ électromagnétique ou même à un rapport de corps énergétique à corps énergétique, mais qui fait appel à une influence de l’esprit sur la matière, un processus d’échange d’énergie. Ces éléments d’explications sont tangibles mais enferment la réponse. »

Les expériences scientifiques menées donnent à voir l'extraordinaire sans pour autant l'expliquer. « La culture scientifique héritée des Lumières laisse moins de place aux alternatives. On ne se demande pas si ça marche ou si ça ne marche pas, mais comment ça marche. Or on ne le sait pas vraiment » sourit Sébastien Lilli.

Peut-être la magie tient-elle à l'inexplicable et sa beauté à l'inaccessible. Faute de l'appréhender, il nous faut accepter de laisser une place au mystère au cœur de la science.

*The Walt Disney Company est l'actionnaire majoritaire de National Geographic Partners.

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