Don de guérison, médiumnité, précognition : qu'en dit la science ?

Ces dons sont-ils si extraordinaires ? Peuvent-ils seulement être expliqués par la science ?

De Romy Roynard
Publication 24 nov. 2021, 08:17 CET, Mise à jour 14 déc. 2021, 17:37 CET
Représentation artistique d'un cerveau humain.

Représentation artistique d'un cerveau humain.

PHOTOGRAPHIE DE MicroStockHub, istock via getty images

Chaque membre de la famille Madrigal a un don : Julieta, la mère, possède le don de guérison. Luisa, l'une de ses filles, est douée d'une force surhumaine. Pepa a le pouvoir de contrôler le temps. Dolores, elle, possède une ouïe à nulle autre pareille. Quant à Bruno, il est capable de prédire l'avenir. Seule Mirabel semble ne pas avoir de don et souffre d'être le seul membre « ordinaire » de cette famille extraordinaire. Quand soudain la magie disparaît, toutes et tous placent leurs espoirs en elle.

L'aventure de Mirabel est narrée dans Encanto : La Fantastique Famille Madrigal, dernier film d'animation des studios Disney*, qui sort aujourd'hui au cinéma. De nombreux pouvoirs extraordinaires y sont représentés. Mais qu'en dit la science ? Ces dons sont-ils si extraordinaires ? Ne relèvent-ils que de la fiction ? 

 

La force surhumaine est sans doute l'expression paranormale la plus facilement explicable par la science, et l'une des plus documentées. Face à un danger, nous sécrétons de l'adrénaline et de la noradrénaline. Quand nous nous retrouvons dans une situation de danger extrême, des réserves d'énergie d'ordinaire inaccessibles sont libérées, comme un ultime sursaut.
   
En cas de stress aigu, le système nerveux sympathique, l'une des trois composantes du système nerveux autonome, qui gère l'activité des organes viscéraux et les fonctions automatiques de l'organisme, comme la respiration ou les battements du cœur, prépare notre corps à se dépasser. Les glandes surrénales libèrent du cortisol et de l'adrénaline qui sont déversés dans le sang. Le rythme cardiaque s'accélère, le taux d'oxygénation augmente, l'énergie des muscles est décuplée. 

Vladimir Zatsiorski, professeur de kinésiologie à l'université d'État de Pennsylvanie, a longuement étudié la biomécanique des haltérophiles. Dans ses travaux, il distingue la « force absolue », celle que nous sommes théoriquement capables de mobiliser et la « force maximale », la plus grande force possible qu’un muscle ou un groupe de muscles peut déployer par une contraction volontaire maximale. Il a par ailleurs établi que même si la peur peut en effet nous rapprocher, l'espace d'un court instant, de notre force maximale, nous ne pouvons pas nous transformer en l'incroyable Hulk pour autant.

Une athlète s'entraînant régulièrement et capable de soulever des poids de 45 kilogrammes pourrait, écrit-il, soulever un poids de 60 kilogrammes si celui-ci écrasait son enfant, mais elle ne pourrait en aucun cas soulever une voiture roulant sur ce même enfant. 

Les mécanismes permettant au cerveau de mobiliser une telle force, en-dehors de toute forme d'entraînement physique induisant le dépassement de soi, restent encore peu étudiés. Il semble cependant qu'elle soit l'apanage des demi-dieux antiques et héros de fiction.

 

LES PERCEPTIONS EXTRA-SENSORIELLES

Les recherches en parapsychologie ont permis de distinguer deux types de capacités psycho-physiques. « Il y a le psy réceptif qui est de l’ordre des perceptions extrasensorielles, comme la télépathie et la prémonition, et le psy projectif qui est l’influence de l’esprit sur la matière, » explique Sébastien Lilli, co-créateur et président de l'Institut de recherche sur les expériences extraordinaires (INREES). « Les travaux des parapsychologues nous montrent que l’être humain peut être doué de communication directe d’esprit à esprit, ce que l’on peut appeler une transmission de pensée, et de clairvoyance, c’est-à-dire la perception à distance d’un lieu, d’un objet, d’un événement. Nous sommes aussi sujets à la précognition, c’est-à-dire une vision d’un futur potentiel ou un pressentiment un peu flou. » 

La parapsychologie est peu étudiée en France, et ceux qui consacrent leurs travaux d’étude aux phénomènes paranormaux sont plus souvent des croyants, moins souvent des sceptiques. Il est possible qu’un biais de confirmation d’hypothèse ait guidé les conclusions de certains travaux ; ce biais cognitif consiste à privilégier les informations ou preuves venant confirmer des hypothèses préconçues, écartant – plus ou moins consciemment – les éléments dénonçant nos préjugés.

« En sciences, on ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas. La preuve revient à celui qui affirme qu’un phénomène existe. C’est à lui de fournir des preuves. Or la plupart des personnes travaillant sur des protocoles télépathiques sont des croyants », souligne Richard Monvoisin. Ingénieur de recherche, co-directeur de la structure fédérative de recherche Pensée critique, il enseigne l’autodéfense intellectuelle à l’Université Grenoble-Alpes. « Notre démarche est la suivante : nous consultons la littérature sur un sujet, y compris la littérature grise, et nous testons tous les protocoles. Puis si on ne trouve rien, on estime que rien ne permet de dire qu’un phénomène est vrai. Ou en tout cas que c’est hautement improbable. Le seul doute que l’on ait, c’est sur la télépathie. »

Les perceptions extra-sensorielles ont fait l’objet de plusieurs typologies d’expériences, dont l’expérience de télépathie de Ganzfeld. Les résultats des premières expériences menées entre 1974 et 1982, publiés dans le Journal of the American Society for Psychical Research, tendaient à prouver, selon Charles Honorton, que le psy réceptif pouvait exister. Ce parapsychologue américain partait du postulat que des informations pouvaient être transmises quand on réduisait les stimulations sensorielles ordinaires, jouant notamment sur la vue et l’ouïe. Les sujets se prêtant aux expériences de télépathie de Ganzfeld (littéralement « champ entier » en allemand), sont isolées pendant trente minutes dans une pièce éclairée par de la lumière rouge. Une demi balle de ping-pong est placée sur chacun de leurs yeux et leurs oreilles sont recouvertes d’un casque émettant du bruit blanc ou rose. On tente alors d’envoyer mentalement une information au sujet qui, lui, parle à haute voix pendant toute la durée de l’expérience. Au sortir de l’expérience, il est demandé au sujet de choisir la cible la plus proche de l’expéditeur, selon ce dont il a été témoin dans cet état de privation sensorielle légère. Le plus souvent, on propose aux sujets quatre options. Le taux de réussite, de 25 %, identique à plusieurs dizaines d’expérimentations, pourrait donc relever du hasard.

Autre type d’expérience : Julie Beischel, cofondatrice et directrice de recherche du Windbridge Institute, a mené durant quinze ans une étude sur la médiumnité et la survie de la conscience. Diplômée en pharmacologie et en toxicologie à l’université de l’Arizona, elle a mis au point un protocole pour mettre à l'épreuve le don de médiumnité. Elle et ses confrères ont isolé des médiums et leur ont demandé de délivrer des informations sur des personnes décédées. Ces médiums n'avaient de contact ni avec l'équipe scientifique, ni avec les proches du défunt. Seul point de départ : un prénom écrit sur un bout de papier.

Le médium n’ayant devant lui qu’un prénom, il ne peut rien déduire du comportement ou des réponses d’un potentiel interlocuteur. L’analyse contextuelle à laquelle se livre un mentaliste ne peut pas tenir ici. « Dans le protocole de Julie Beischel, les médiums se sont connectés au prénom qui leur était donné pour tirer un certain nombre d’informations. Et de fait les médiums suivis recevaient des informations extra-sensorielles, c’est-à-dire des informations au-delà de l’espace et du temps. C’est ce genre de choses que le protocole a permis de prouver » souligne Sébastien Lilli.

Les expériences de Ganzfeld et le protocole de Julie Beischel n'ont à ce jour pas été répliqués de manière indépendante. « Or le rôle de la science est de déterminer ce qui est prévisible et régulier », rappelle Richard Monvoisin.

 

UN NOUVEAU RAPPORT À LA SANTÉ ?

La littérature scientifique récente comporte parfois le terme de « photons ultra-faibles ». Ces bio photons ne sont pas les produits d'une réaction enzymatique. Il s’agit de l’émission spontanée de lumière d'intensité ultra faible émanant de tous les systèmes vivants, qui fait l’objet d’un champ de recherche, la mécanique quantique, qui reste complexe et encore peu compris. Certains chercheurs formulent l’hypothèse que l’observation de ces photons ultra-faibles pourrait permettre de détecter certaines pathologies. D’autres auteurs, comme Audrey Monge dans son ouvrage Mystère des guérisseurs, avancent que les mains des guérisseurs et des maîtres de méditation émettraient des champs magnétiques de basse fréquence mille fois plus puissants que le reste de la population, capables de soulager des douleurs profondes. Ces postulats restent spéculatifs et très controversés.

Considérer uniquement les manifestations physiques des dons de guérison « est extrêmement réducteur » commente Sébastien Lilli. « Plusieurs expériences ont été menées sur des guérisons à distance par des magnétiseurs, qui montrent qu’on est dans une interaction différente, qui ne fait pas appel à notre champ électromagnétique ou même à un rapport de corps énergétique à corps énergétique, mais qui fait appel à une influence de l’esprit sur la matière, un processus d’échange d’énergie. Ces éléments d’explications enferment la réponse. »

Comment expliquer par exemple le fait qu’une personne venant de se brûler se sente soulagée après avoir appelé un barreur de feu, qui plus est quand aucune trace de brûlure ne subsiste ?

« Avant de conclure qu’une personne a un don non-documenté par la connaissance, il faut se demander s’il y a un moyen d’expliquer ce qu’il se passe », indique Richard Monvoisin. Après avoir rencontré une centaine de barreurs de feu et avoir fait une revue bibliographique systématique sur les travaux leur étant consacrés, l’ingénieur de recherche est arrivé à la conclusion que « les gens [brûlés] pensent que plus la brûlure est grave, plus la douleur sera intense. Or ce n’est pas le cas, puisque quand on est brûlé au troisième degré [ou deuxième degré profond], les terminaisons nerveuses sont touchées » et la douleur sera faible. Si le derme est blanc, les vaisseaux sanguins sont détruits et le sang ne circule plus. Si la peau est rouge, sèche, douloureuse et sans cloque, il s’agit d’une brûlure du premier degré, dont la cicatrisation spontanée se fera en quatre à six jours. Si la peau brûlée est par contre très douloureuse, gonflée, rouge, voire suintante, il s’agit d’une brûlure du deuxième degré superficiel. La cicatrisation sera dans ce cas aussi spontanée et relativement rapide.

« Souvent, le temps de la prière [que prononce le barreur de feu], notre cerveau a eu le temps de traiter la douleur, le signal de douleur lancinante s’en va. Et les brûlures aux premier et deuxième degrés ne laissent pas de trace. Les gens ne peuvent pas être déçus puisque c’est un soin en plus, qui ne peut pas faire de mal. » Comme tout effet placebo, l’effet peut être réel.

Seule une étude comparant des personnes brûlées à divers degrés bénéficiant pour les unes de soins médicaux uniquement, pour les autres de soins médicaux et de soins apportés par des barreurs de feu, pourrait permettre de déterminer les bienfaits apportés par ces derniers.

« La culture scientifique héritée des Lumières laisse moins de place aux alternatives » oppose Sébastien Lilli. « On ne se demande pas si ça marche ou si ça ne marche pas, mais comment ça marche. Or on ne le sait pas vraiment ».

Faute d’une meilleure appréhension, et jusqu’à ce que des preuves soient apportées, peut-être nous faut-il accepter de laisser une place au mystère au cœur de la science.

Cet article a été mis à jour le 14 décembre 2021 pour mettre en exergue des protocoles d'expériences plus rigoureux que ceux exposés précédemment. 

*The Walt Disney Company est l'actionnaire majoritaire de National Geographic Partners.

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