Sciences

La dysmorphie musculaire : la maladie du bodybuilder

Une personne affectée par ce trouble psychologique se perçoit plus frêle que ce qu’elle est en réalité. Une étude récente montre que les adeptes du culturisme sont plus souvent atteints par la maladie que les autres sportifs.

De Julie Lacaze

Tout le monde connaît ce trouble associé à l’anorexie : se voir dans le miroir plus gros que son apparence réelle. Certaines personnes, surtout des hommes, présentent la forme inverse de cette maladie : la dysmorphie musculaire. Chez eux, la représentation altérée de leur propre corps engendre une vision plus maigre et moins musclée que leur physionomie.

La perception altérée d’un individu sur sa corpulence et sa musculature est à l’origine de comportements à risque pour la santé. Pratique obsessionnelle du sport, application d’un régime strict, prise de compléments alimentaires, de protéines ou même parfois de stéroïdes anabolisants... Des chercheurs de l’université de Padoue, en Italie, ont donc voulu savoir quel groupe de sportifs pratiquant la musculation était le plus affecté par la pathologie. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Scientific Report en juin 2018.

L’équipe de recherche a fait passer des tests psychologiques à 22 adeptes du fitness, 61 personnes pratiquant un sport de force et 42 bodybuilders. Ces évaluations consistaient à mesurer les troubles liés à la dysmorphie (désir d’être plus grand, honte de son corps, etc.) ; ainsi que d’autres traits associés à la maladie tels que l’estime de soi, le perfectionnisme, l’anxiété sociale et également l’orthorexie, une conduite alimentaire peu connue caractérisée par la volonté obsessionnelle d’ingérer une nourriture saine.  

Sans surprise, les bodybuilders présentent globalement plus de comportements liés à la dysmorphie musculaire que les autres sportifs. Autre conclusion de l’étude : les bodybuilders atteints par ce trouble sont plus facilement sujets à l’anxiété sociale et à l’orthorexie. Ce qui pourrait en faire des facteurs prédictifs de la maladie.

Ce n’est pas la première fois que le lien entre culturisme et dysmorphie musculaire est établi. En 2001, un groupe de chercheurs sud-africains a montré que 53,6 % des bodybuilders étaient atteints par la pathologie. Mais aucune étude n’avait encore analysé d’aussi près le lien étroit entre la maladie, les troubles d’anxiété sociale et l’orthorexie.

Selon les chercheurs, on assiste à une augmentation au niveau mondial de ce curieux trouble. En cause, la pression exercée sur les hommes pour qu'ils paraissent plus musclés. Les symptômes sont aujourd’hui inscrits dans le DSM-5, la bible de la psychiatrie. Mais la maladie s’avère difficile à diagnostiquer, car les individus ne paraissent pas en mauvaise santé ou ne présentent pas toujours de signes pathologiques clairs. À l’inverse, l’anorexie engendre un amaigrissement ainsi que des comportements alimentaires facilement repérables, comme la boulimie et la privation de nourriture.

Une compréhension approfondie de toutes les composantes psychologiques de la dysmorphie musculaire est donc nécessaire, estiment les chercheurs. Elle permettra de mettre en place des systèmes de détection, de traitement et surtout de prévention chez les populations à risque.

 

Dans le numéro de juillet 2018 du magazine National Geographic, une grande enquête sur les performances sportives des athlètes.

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