Sciences

Le légendaire Yéti serait en fait un ours brun de l'Himalaya

Le meilleur aperçu de la créature que l'on a nommée Yéti apporte, par le biais de nouvelles analyses ADN, de nombreuses informations sur l'histoire génétique des ours de l'Himalaya.

De John Pickrell
Un ours brun de l'Himalaya erre dans le parc national du Pakistan.

Durant les tempêtes de neige au Népal et au Tibet, la légende raconte qu'un mystérieux homme des neiges couvert de fourrure, appelé Yéti, semait la terreur dans les montagnes. La figure du Yéti occupe encore aujourd'hui une place de choix dans les mythes populaires.

Des analyses ADN de plusieurs restes de Yéti, dont des poils, des os et des crocs, montrent que les légendes étaient basées sur un animal bien réel, qui errait dans les montagnes. Les résultats d'analyses, publiés cette semaine dans Proceedings of the Royal Society B, sont la preuve la plus récente que la légende du Yéti décrivait en fait les ours noirs et bruns d'Himalaya, les ours Isabelle (Ursus arctos isabellinus).

Le fémur d'un supposé Yéti mis au jour dans une grotte au Tibet.

La directrice de recherche Charlotte Lindqvist de l'université de Buffalo, à New York, et son équipe ont examiné neuf échantillons de supposés Yétis himalayens cédés par des musées ou des collectionneurs privés. L'un d'entre eux était une dent prélevée sur un spécimen empaillé, exposé au Reinhold Messner Mountain Museum en Italie. Un autre était un bout de peau prélevé sur la patte d'un Yéti supposé, devenue une relique religieuse conservée dans un monastère.

Les analyses ADN détaillées qu'ils ont conduites montrent que la dent était celle d'un chien domestique, quand le reste des échantillons provenaient clairement de sous-espèces d'ours bruns de l'Himalaya et du Tibet et d'un ours noir d'Asie. Les résultats offrent de précieux éléments d'informations sur les histoires qui entourent la légende du Yéti, vieilles de plusieurs siècles.

« En analysant ces échantillons de Yéti et en mettant en évidence qu'ils appartenaient à des ours, nous pouvons comprendre comment le mythe d'un homme sauvage est né à la vue d'une créature pouvant être très effrayante quand elle chasse ou se sent menacée, » explique Ross Barnett, un biologiste évolutionniste et expert des ADN anciens à l'université de Durham, au Royaume-Uni.

Ce travail de recherche a permis à l'équipe de créer un nouvel arbre généalogique des sous-espèces menacées d'ours d'Asie, qui pourra être utile dans le cadre de nouveaux efforts de protection de l'espèce.

 

UN MYTHE PERSISTANT

Charlotte Lindqvist, qui est actuellement professeur associé à l'université technologique de Nanyang, à Singapour, a commencé à s'intéresser à la légende du Yéti après un malentendu scientifique.

Elle faisait partie de l'équipe de scientifiques qui a découvert et analysé une mâchoire d'ours polaire vieille de 120 000 ans mise au jour dans les régions arctiques de la Norvège en 2004. Plus d'une décennie plus tard, elle a vu ces résultats cités dans une étude de l'université d'Oxford liant le Yéti à cette mâchoire d'ours polaire.

Selon cette étude controversée publiée en 2014, deux échantillons de parties de Yéti provenant du Bhoutan et du nord de l'Inde correspondaient aux séquences ADN de l'ancien ours polaire. L'équipe de l'université d'Oxford soutenait qu'un ours hybride entre un ours polaire et un ours brun pouvait toujours exister dans les sommets enneigés. Charlotte Lindqvist n'en était pourtant pas convaincue et a décidé de vérifier cette hypothèse.

« J'étais vraiment sceptique quant à la possibilité que des ours polaires puissent avoir peuplé l'Himalaya, » se souvient-elle. Elle remettait aussi en question les méthodes d'analyse d'une séquence ADN courte et limitée.

Cet échantillon de poils a été décrit comme provenant d'un Yéti, qu'un prêtre jésuite avait aperçu dans les montagnes népalaises dans les années 1950.

Son équipe a réuni un total de 24 échantillons d'ours d'Asie et de supposés Yétis. Son équipe ne pouvant mettre la main sur les échantillons analysés quatre ans plus tôt, Lindqvist a eu l'intuition que l'un de ses échantillons pouvaient appartenir au supposé Yéti du nord de l'Inde. Ils ont procédé à une analyse complète de séquences ADN plus longues qui, selon elle, sont le gage de résultats plus solides et pérennes.

« Cette étude confirme clairement que les échantillons de Yétis testés appartenaient en fait à des ours de l'Himalaya et du Tibet, » affirme Bill Laurence, un biologiste conservationniste de l'université James Cook à Queensland, en Australie, qui n'a pas participé à l'étude.

Pour Lindqvist, collecter et étudier des soi-disant restes de Yétis était « une jolie transition vers une meilleure compréhension de l'évolution des ours dans cette région du monde. »

Par exemple, le nouvel arbre généalogique élaboré par son équipe suggère que si les ours bruns du Tibet sont des cousins proches des ours bruns d'Europe et d'Amérique du Nord, les espèces menacées d'ours bruns de l'Himalaya descendent eux d'une lignée plus ancienne qui aurait pu se diviser il y a 650 000 ans durant la glaciation.

Ross Barnett avance que cette nouvelle étude est importante à double titre, car il existe peu de travaux génétiques pré-existants sur les espèces d'ours vulnérables ou menacées peuplant ces régions. Il espère que cette publication permettra de mieux comprendre les ours bruns de l'Himalaya et de servir à leur conservation.

Mais en dépit de la solidité scientifique des nouvelles analyses, Ross Barnett ajoute que la légende du Yéti perdurera sans aucun doute.

« Vous ne pouvez pas démanteler un mythe avec quelque chose d'aussi prosaïque que les faits. Tant que les histoires impliquant le Yéti continueront d'être racontées et racontées encore - et que les ours peupleront ces régions et laisseront leurs traces de pas dans la neige - la légende demeurera. »

 

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