Sciences

Le saturnisme infantile prend des proportions inquiétantes en Guyane

Une récente étude vient de révéler qu’un enfant sur cinq en Guyane souffrait d’une plombémie hors normes.

De Juliette Heuzebroc

La contamination au plomb fait partie des problématiques de santé publique qui préoccupent les autorités françaises dans cette région du territoire. Au début des années 2010, plusieurs cas de contamination assez sévères ont été observés. Plusieurs études ont donc été lancées afin de mesurer l’ampleur du problème.

La première étude, menée entre 2015 et 2017 par Santé Publique France sur 590 enfants âgés de 1 à 6 ans, révèle que 20 % des enfants souffrent d’une contamination au plomb qui relève du saturnisme puisque supérieure au seuil toléré, soit 50 microgrammes par litre de sang. Ce taux de contamination est dix fois supérieur à celui observé en métropole.

Des communes, principalement situées en zones rurales, doivent faire face à des taux encore plus inquiétants. Audrey Andrieu, épidémiologiste à santé publique France, explique par exemple que « sur la commune de Camopi, sur 20 enfants inscrits dans l’étude, 16 ont un taux qui dépasse les 50mg/l. »

Une seconde étude, dirigée par les hôpitaux de Cayenne, s’est intéressée aux cas adultes avec près de 2 200 échantillons de sang d’habitants de communes rurales. Il apparaît que 40 % de cette population est affectée par le phénomène, particulièrement dans le centre de la région où ce chiffre peut atteindre les 90 %, chiffre révélateur de la contamination quotidienne à laquelle est exposée la population.

Cette contamination peut avoir des répercussions importantes sur la santé : « Il peut y avoir des problèmes d’hypertension artérielle, des troubles rénaux, et d’anémie. À craindre également des troubles de la fertilité et de la grossesse » explique le docteur Paul Brousse. L’an dernier, des tests sur les femmes enceintes ont également été menés, la plombémie pouvant affecter les grossesses. Ces analyses ont démontré que 25 % des 531 patientes était atteintes de saturnisme : « À partir de 50 µg/L, il peut y avoir chez le fœtus et l’enfant des troubles neurologiques avec des troubles cognitifs, des petites anomalies rénales, un peu d’hypertension » poursuit le docteur Brousse.

Pour chaque cas avéré, des enquêtes environnementales ont été lancées afin de déterminer les sources de la contamination. Les autorités ont également lancé une étude à plus large échelle afin de déterminer les causes principales sur le plan régional et de déterminer les moyens nécessaires à leur disparition. Des premières pistes évoquent une intoxication par l’alimentaire, en particulier suite à la fabrication artisanale du couac, farine de manioc, qui pourrait subir une contamination par les ustensiles.

 

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