Le virus du SIDA est capable de se "camoufler" dans nos cellules

Selon de récents travaux, le virus VIH est un virus intelligent : il parvient à se confondre avec nos cellules afin d'échapper au radar de notre système immunitaire.

De Arnaud Sacleux
Le VIH parvient à se camoufler dans les cellules qu’il infecte pour échapper à notre système ...
Le VIH parvient à se camoufler dans les cellules qu’il infecte pour échapper à notre système immunitaire.
Photographie de getty images via istock

Le virus VIH provoque ce que l’on appelle une immunodéficience : les cellules ciblées et infectées affaiblissent considérablement notre système immunitaire inné, qui devient de ce fait très vulnérable aux infections. Si aucun traitement n’existe pour éradiquer complètement ce virus, des chercheurs de l’INSERM, du CNRS, de l’Université de Montpellier et de l’Université de Lorraine, avec l’aide du Laboratoire du Professeur Motorin, ont observé pour la première fois une modification dans l’ARN du virus lorsqu’il infecte une cellule, lui permettant d’échapper à la vigilance de notre système immunitaire. Une découverte importante, ainsi qu’une première mondiale, qui devrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements thérapeutiques.

Yamina Bennasser, chercheuse au CNRS dans l’équipe de virologie moléculaire interrogée par National Geographic, explique l’intérêt et l’importance de cette découverte.

 

LE VIH : UN VIRUS INTELLIGENT ?

« Les virus ont besoin des composantes cellulaires pour se répliquer efficacement dans la cellule hôte. Le VIH, en plus d'utiliser les facteurs cellulaires pour se répliquer, est capable d'échapper au système immunitaire en utilisant diverses stratégies à différentes étapes du cycle viral. C'est en cela que l'on peut lui attribuer une forme d'intelligence ».

Selon Yamina Bennasser, le virus est capable, en modifiant son ARN (une molécule proche de l’ADN), de contrôler le mécanisme de détection de la cellule et d’éviter la sécrétion de l’interféron de type 1, « un puissant médiateur antiviral du système immunitaire ». Tous les ARN des cellules humaines ont en effet à leur extrémité un groupement 2'O-methyl, qui fonctionne « comme un étiquetage ». 

Il permet au système immunitaire « de reconnaître les ARN [de nos propres cellules]. Le VIH, en rajoutant sur son ARN des motifs 2'-O-methyl, mime cet ARN et n'est pas reconnu par le système immunitaire inné comme étant un ARN à éliminer » nous précise la chercheuse. Le VIH parvient donc à échapper à notre système immunitaire en se maquillant avec les informations de la cellule qu’il a infecté. Ce stratagème lui permet ensuite de se propager.

 

DE NOUVEAUX TRAITEMENTS ENVISAGÉS ?

Une personne séropositive l’est à vie. Les traitements existants aujourd’hui ont pour rôle de simplement bloquer son évolution une fois le virus détecté et de maintenir l’équilibre entre la présence du virus dans le corps et le système de défense de l’organisme. Cependant, ces recherches constituent une avancée importante dans la compréhension du processus viral du SIDA.

« Mieux comprendre les mécanismes d’échappement au système immunitaire inné devrait permettre à plus long terme de développer des approches thérapeutiques et/ou vaccinales, qui devraient permettre de modifier le virus pour qu’il entraîne l’établissement d’une réponse antivirale qui, lorsqu’elle est précoce, permet à la cellule de mettre en place une réponse immunitaire et de maîtriser l’infection » clonclut Yamina Bennasser.

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