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Les volcans seraient-ils les principaux responsables de l'extinction des dinosaures ?

De nombreuses espèces s'étaient éteintes avant même l'impact de l'astéroïde qui a frappé la terre il y a 66 millions d'années. Selon une nouvelle étude, les volcans seraient en fait les principaux responsables de l'extinction des dinosaures.

De Shannon Hall
Au cours du Crétacé supérieur, des éruptions volcaniques ont formé ce que l'on connaît aujourd'hui comme les Ghats occidentaux, en Inde.

Quel élément a précipité la fin des dinosaures ? Peu de questions scientifiques ont suscité tant de débats. À ce jour, la plupart des livres scolaires et des professeurs enseignent que les dinosaures et les trois quarts des espèces terrestres ont disparu après qu'un astéroïde a frappé notre planète dans la péninsule du Yucatán, il y a environ 66 millions d'années.

Mais une étude publiée dans le journal Geology tend à prouver qu'un intense épisode volcanique dans l'Inde actuelle avait provoqué l'extinction de plusieurs espèces avant que l'impact n'ait lieu.

Les résultats de l'étude amènent à la conclusion que les éruptions volcaniques et l'astéroïde sont de fait les deux facteurs primordiaux de cette extinction de masse. L'épisode volcanique a porté le premier coup, affaiblissant les espèces survivantes et l'environnement terrestre et permettant à la météorite d'avoir un tel impact sur les espèces du Crétacé.

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Si la plupart des preuves géologiques de cette extinction de masse ont été récolées sur le continent nord-américain, Laiming Zhang, professeur à l'université de Géosciences de Pékin, et ses collègues se sont intéressés au nord de la Chine. La région, disent-ils, est suffisamment éloignée du cratère de la péninsule du Yucatán et des trapps du Deccan, région indienne d'origine volcanique constituée d'un empilement de coulées de lave sur plus de 2 000 mètres d'épaisseur. Le nord de la Chine leur paraissait la plus propre aux expériences géologiques sur les conséquences de ces deux événements majeurs.

L'équipe de chercheurs a analysé des anciens sédiments au fond du bassin d'un lac et ont découvert que les températures du lac avaient considérablement augmenté des centaines de milliers d'années avant l'impact. Ce réchauffement coïncide avec les éruptions des trapps du Deccan en Inde, qui a vraisemblablement dégagé d'énormes quantités de dioxyde de carbone dans l'atmosphère.

Zhang et ses collègues ont par ailleurs découvert que plusieurs espèces, dont les fossiles ont été retrouvés parmi les anciens sédiments, étaient en fait éteintes au moment du réchauffement. Les deux tiers des extinctions dans la région se sont en fait produites après les épisodes volcaniques et avant l'impact de l'astéroïde.

L'étude apporte la preuve que les volcans, dans leur colère géologique, ont déstabilisé le climat, préparant le monde à une catastrophe, comme l'explique le co-auteur de l'étude Paul Wignall, paléontologue à l'université de Leeds.

« Notre étude montre que le pendule penche plutôt du côté du volcanisme, » nous dit-il.

 

UNE CATASTROPHE CLIMATIQUE

Un climat plus chaud a certainement précipité le déclin des espèces de dinosaures non-aviens, ajoute Paul Renne, géo-chronologiste à l'université de Berkeley, qui n'a pas pris part à cette étude. Ces épisodes de fortes chaleurs ont été suivis de courants très froids, et le changement drastique de températures a fini de préparer le terrain pour un impact maximal.

Imaginez que certaines formes de vie soient parvenues à s'adapter à ce réchauffement planétaire en se rapprochant des pôles, continue Paul Renne. « Si vous ajoutez à cela un épisode de très grand froid, il devient très difficile de s'adapter, surtout si le passage du chaud au froid se fait très rapidement. »

Dans ce scénario, l'activité volcanique a précipité le monde vers le chaos, condamnant la plupart des espèces à l'extinction, et augmentant les températures si drastiquement que la plupart des espèces restantes ne pouvaient pas survivre à la deuxième catastrophe qu'était l'astéroïde.

« Les dinosaures ont été particulièrement malchanceux, » estime Wignall.

Mais il sera difficile de convaincre le géophysicien Sean Gulick, de l'université du Texas, qui a mené les récentes fouilles au cœur du cratère au Mexique. Il cite plusieurs études selon lesquelles l'écosystème terrestre était largement préservé avant l'impact de la météorite.

Bien qu'il admette que la nouvelle étude suggère qu'en effet il y avait sur Terre une détresse écologique qui a coïncidé avec la formation des trapps du Deccan, il aimerait avoir la preuve d'une telle tendance ailleurs qu'en Chine.

« Je ne pense pas qu'il y ait dans ce seul bassin les signes d'un phénomène global, » assure-t-il.

Par ailleurs, un article qui sera prochainement publié appuie la théorie selon laquelle l'impact seul a causé l'extinction des dinosaures, comme l'explique Jay Melosh, géophysicien à l'université de Purdue, qui a travaillé sur les résultats préliminaires de ce projet de recherche. 

Ce débat si clivant devrait continuer à passionner les géologues et les paléontologues avec presque autant de violence que l'astéroïde qui a frappé notre monde il y a 66 millions d'années.

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