Parents sur le tard : comment la science a retardé nos horloges biologiques

Depuis des années, la science donne la possibilité de fonder une famille à un âge plus avancé. D’autres innovations pourraient encore prolonger la fécondité.

De Rebecca Tuhus-Dubrow
Photographies de Jackie Molloy
Publication 16 janv. 2024, 18:27 CET
Un mois après son accouchement, Tania Dimitrova, 41 ans, câline sa fille, Deva, au moment de ...

Un mois après son accouchement, Tania Dimitrova, 41 ans, câline sa fille, Deva, au moment de la têtée de 2 heures du matin. Mère célibataire par choix, elle estime qu’« être au courant de l’évolution de la technologie aidera les femmes à concevoir plus tard, à avoir une carrière et à choisir le bon partenaire ».
 

PHOTOGRAPHIE DE Jackie Molloy

Retrouvez cet article dans le numéro 292 du magazine National Geographic. S'abonner au magazine

Deux semaines avant ses 48 ans, Eboni Camille Chillis était allongée sur un lit d’hôpital, prête à donner le jour à son premier enfant.

Dans l’attente fébrile de sa césarienne, elle a lancé une playlist créée pour l’occasion. Téléphone collé à l’oreille, elle a fredonné ces chansons, accompagnée de quelques infirmières, qui ont entonné les paroles avec elle.

Eboni Camille Chillis a toujours voulu être mère. Jusqu’à la trentaine, elle imaginait un scénario du type « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». « Je pensais tomber amoureuse, me marier et avoir un bébé, résume cette éduca- trice et entrepreneuse, installée à Atlanta. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. » Lorsque la pandémie l’a contrainte à ralentir et à faire le point, elle a pris la décision d’avoir un enfant toute seule. Elle était au milieu de la quarantaine. Compte tenu de son âge et des résultats de ses examens, on l’a informée que la probabilité de concevoir avec ses ovules était inférieure à 1 %, ce qui l’a poussée à rechercher une donneuse. 

Pendant un an, elle a parcouru les profils de donneurs d’ovocytes et de sperme, et examiné à la loupe leurs photos d’enfance, leurs antécédents médicaux, leurs films préférés. Après les avoir trouvés, elle a dû préparer son utérus à l’implantation d’un embryon. Elle s’est fait des injections quotidiennes de progestérone deux semaines avant l’opération et durant le premier trimestre de sa grossesse.

Tania Dimitrova tire son lait en consultant ses e-mails, après avoir couché Deva, à New York. Comme elle travaille dans
le secteur médical, elle était bien informée sur les options en matière de procréation assistée, ce qui lui a permis de choisir en confiance l’insémination artificielle avec don de sperme.

PHOTOGRAPHIE DE Jackie Molloy

En janvier 2023, Eboni Camille Chillis a accouché d’une fille, née au son de « Isn’t She Lovely? » (« N’est-elle pas adorable ? »), une chanson de Stevie Wonder. Une infirmière a placé le nourrisson sur sa poitrine et la petite bouche a aussitôt cherché le sein. Une fois ce lien établi, l’incertitude des années précédentes s’est envolée et la nouvelle mère a su que tout irait bien.

L’histoire de cette quadragénaire s’inscrit dans une tendance qui se dessine depuis des décennies: de plus en plus de personnes retardent le moment de devenir parents. En 1970, l’âge moyen d’une primipare aux États- Unis était de 21,4 ans ; en 2021, il était de 27,3 ans. Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), de 1985 à 2022, le taux de natalité chez les femmes de 40 à 44 ans a augmenté de manière quasi continue, passant ainsi de 4 à 12,5 naissances pour 1 000 femmes. Chez les femmes âgées de plus de 45 ans, ce taux, pour 2022, restait bas avec 1,1 naissance pour 1 000 femmes, mais était en hausse de 12 % par rapport à 2021. Si les chiffres varient d’un pays à l’autre, de nombreuses régions du monde suivent le même chemin. 

Susie Troxler, 52 ans, et son mari, Tony, 63 ans, avec leur fille, Lily, dans leur jardin à High Point, en Caroline du Nord. Après avoir tenté pendant des années d’avoir un enfant, ils ont appris les problèmes d’infertilité de Tony. Susie étant près de la cinquantaine, elle a eu recours à un don d’ovocytes et Tony à un prélèvement de son sperme

PHOTOGRAPHIE DE Jackie Molloy

En France, les données de l’Insee et de l’Institut national d’études démographiques (Ined) confirment cette tendance. En 2022, les femmes ont en moyenne donné naissance à leur premier enfant à 29 ans contre 24 ans en 1974. La fécondité tardive n’a par ailleurs cessé d’augmenter depuis les années 1980, d’abord chez les femmes de 40 à 42 ans à partir du milieu de cette décennie, puis chez celles de 43 à 45 ans dans les années 1990 et, enfin, chez celles de plus de 46 ans dans les années 2000. En 2019, les maternités tardives représentaient 5,7 % des naissances.

Aujourd’hui, il est plus fréquent de fonder une famille plus tard et parfois sans conjoint ou conjointe. Les raisons en sont bien connues : les générations actuelles, qui ont souvent accès à une contraception plus fiable, donnent la priorité à leurs études supérieures et à leur carrière avant d’assumer les responsabilités de la parentalité. Les portes qui se sont ouvertes aux femmes et l’évolution des rôles assignés aux genres sont aussi des facteurs clés. 

En parallèle, l’assistance médicale à la procréation (AMP), telle la fécondation in vitro (FIV), a permis à des personnes d’avoir des enfants dans des circonstances qui, autrefois, auraient été difficiles. Au moins 12 millions d’enfants sont ainsi nés dans le monde grâce à la FIV, qui a profondément transformé la procréation humaine. Aujourd’hui, des scientifiques explorent d’autres pistes qui augurent une nouvelle révolution.

Comprendre : La grossesse
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