Sciences : le coup de foudre existe-t-il vraiment ?
Les scientifiques étudient la façon dont votre cerveau et votre corps réagissent lors des premières secondes entre deux personnes attirées l'une par l'autre.

Un couple partage un moment joyeux en marchant dans une rue animée. Lorsque vous êtes frappés par l’amour, l’hypothalamus déclenche une libération d’adrénaline qui fait battre votre cœur plus vite.
Les comédies romantiques ne vous mentent pas : le coup de foudre existe bel et bien. C'est une attraction initiale forte, mais pas si courante, qui peut potentiellement devenir une relation durable.
Les recherches tendent à démontrer que ce n'est pas notre cœur qui tombe rapidement amoureux mais notre cerveau. Grâce aux neurosciences, à des expériences comportementales et à des recherches en psychologie, les scientifiques essaient de comprendre comment l'attirance peut être déclenchée presque instantanément. Des laboratoires entiers d'universités de recherche se consacrent à mieux comprendre l'amour romantique bien que la rapidité avec laquelle un coup de foudre survient rende les recherches plus complexes. Malgré cela, en se basant sur leurs connaissances des premières phases de l'amour, les chercheurs ont une idée de la façon dont notre cerveau réagit et de la manière dont nous nous faisons nos premières impressions des personnes que nous rencontrons.
Voici ce qui se passe dans notre corps lors d'un coup de foudre et comment une réaction chimique peut se transformer en amour durable.
LES CONSÉQUENCES DE L'AMOUR SUR NOTRE CORPS
Des dizaines d'années de recherches suggèrent que l'attirance, la phase de passion au début d'une relation amoureuse, a son propre lot de signaux chimiques, y compris l'adrénaline et la dopamine.
De la même façon que la phase de passion, le coup de foudre est « probablement un événement stimulant au niveau émotionnel et qui active donc le système nerveux sympathique qui correspond à une réponse combat-fuite » explique Sandra Langeslag, psychologue biologique à University of Missouri-St. Louis et membre du Love Consortium à l'université de Caroline du Nord à Chapel Hill (UNC-Chapel Hill) qui se consacre à l'étude scientifique des relations humaines.
« Votre fréquence cardiaque augmente, vous commencez à légèrement transpirer et à respirer plus rapidement, et peut-être que vous rougissez un peu. Tout cela survient pour vous préparer à passer à l'action » affirme-t-elle.
Quand vous êtes frappé(e) par l'amour, l'hypothalamus, une petite région nichée dans le cerveau, envoie un signal pour que de l'adrénaline soit libérée dans votre circulation sanguine, ce qui fait battre votre cœur plus rapidement, explique Sandra Langeslag.

Une illustration par ordinateur d'un neurone dopaminergique, une cellule cérébrale spécialisée qui synthétise et libère le neurotransmetteur dopamine. La dopamine est un facteur clé du coup de foudre car elle active le système de récompense et créé ainsi des sentiments intenses de plaisir et d'euphorie.
Une étude fondamentale menée par Helen Fisher a démontré que lorsque nous regardons une personne que nous aimons de façon romantique, et pas et pas seulement attirante, les régions du système de récompense dans le cerveau s'animent et deviennent plus actives. Cela révèle une libération de dopamine, surnommée l'hormone du bonheur. Au-delà de rendre l'expérience agréable, la dopamine peut aussi aider à créer des souvenirs durables, ce qui pourrait expliquer pourquoi cette première rencontre est si marquante.
POURQUOI POUVONS-NOUS TOMBER AMOUREUX SI RAPIDEMENT ?
La capacité de vivre un coup de foudre repose sur une aptitude cognitive que vous ne réalisez probablement pas avoir : nous, les humains, sommes très doués pour juger rapidement les autres. « En moins de sept secondes, nous sommes capables de nous faire des impressions sur les autres qui sont en fait assez correctes » révèle Wendi Gardner, psychologue sociale à l'université Northwestern aux États-Unis.
Elle veut dire par là « qu'elles sont correctes dans le sens où il est probable qu'elles soient partagées par d'autres membres de notre culture. » Le cerveau humain ne peut pas vraiment sonder et comprendre le caractère de quelqu'un instantanément, cela prend du temps. Néanmoins, notre cerveau peut rapidement interpréter les indices physiques pour se faire une impression qui, correcte ou non, est largement partagée et pourrait nous faire tomber amoureux, particulièrement si la personne est attirante.
Notre cerveau interprète les signaux non verbaux, tels que la symétrie et le sourire pour se faire une impression positive de quelqu'un. Nous n'en sommes peut-être pas conscients mais notre cerveau prend tout en considération et fait des calculs pour déterminer l'attirance. « Nous n'avons même pas besoin d'écouter ce qu'une personne dit, nous avons juste besoin d'observer son comportement, les signaux sur son visage, sa beauté physique, la manière dont elle s'habille et les indices non verbaux comme le contact visuel et le sourire » explique Wendi Gardner.
En résumé, « on est complètement dépendant de l'attirance physique » affirme Wendi Gardner. « Les gens disent "Oh non, je ne fais pas attention à l'apparence des gens". Vous pouvez croire ce que vous voulez, je vous promets que vous avez tout faux... Si vous n'avez pas de problème de vue, il est impossible de ne pas y faire attention. »
Mais l'amour instantané ne concerne pas uniquement les personnes les plus attirantes physiquement, il existe d'autres types de connexions. C'est une théorie psychologique nommée I-sharing et plus communément connue comme le moment où deux inconnus accrochent bien dès le départ.
Initialement présentée il y a vingt ans, la théorie I-sharing est la pensée fugace que vous vivez la même réalité subjective qu'une autre personne au même moment. Ce phénomène psychologique permet de créer un lien instantané en effaçant le sentiment de solitude existentielle. Nous nous sentons compris, et notre affection et notre confiance s'en trouvent grandies. Une recherche publiée dans le Journal of Social and Personal Relationships montre que ces moments partagés sont associés à une satisfaction romantique plus importante.
Wendi Gardner explique également à travers un exemple que : « imaginons que vous soyez dans un café pour la première fois. Et qu'il s'y passe quelque chose de bizarre, la tenue de quelqu'un, la musique, ou la manière dont quelqu'un rit, ou quelque chose de charmant, » dit-elle. « Là, vous levez les yeux en souriant et voyez quelqu'un à l'autre bout du café qui a aussi levé les yeux et, en souriant, croise votre regard. Cela suffit. »
Un événement peut créer un lien durable en nous montrant que nous avons la même vision du monde qu'un inconnu. Ce regard n'ouvre pas seulement la porte à une possibilité de coup de foudre mais il peut aussi poser les bases d'une relation plus longue.
UN AMOUR QUI DURE
Aussi puissant qu'un coup de foudre puisse paraître, l'attirance initiale seule n'est pas un bon indicateur de la solidité d'une relation. « Elle n'a aucune valeur prédictive. C'est agréable mais ça ne veut rien dire » souligne Paul Eastwick, psychologue à l'université de Californie à Davis (UC Davis) et auteur du livre Bonded by Evolution: The New Science of Love and Connection. « C'est une bonne expérience de tomber amoureux de quelqu'un immédiatement, mais ce n'est ni un bon ni un mauvais présage. »
Ce n'est pas la réalité la plus optimiste dans un monde où des centaines de millions de personnes utilisent des applications de rencontre, et nombreux sont ceux qui se basent sur un jugement rapide de l'attirance qu'ils ressentent pour une personne afin de déterminer le succès à long terme de leur relation. « Pour suggérer aux gens que c'est ce qu'ils devraient rechercher, je ne peux pas mettre assez l'accent sur le fait qu'ils devraient en fait faire le contraire » affirme Paul Eastwick. Les études montrent que sauter l'étape de l'échange de banalités et s'engager dans des conversations plus significatives peut s'avérer moins gênant et plus satisfaisant que ce à quoi on pourrait s'attendre.
Alors pour les nuls en amour, prenez le temps et soyez prudents, « il est commun que les impressions changent » explique Paul Eastwick. « Ce n'est pas grave de plonger un peu dans l'incertitude. Vous ne connaissez pas grand-chose sur cette personne que vous venez de rencontrer. »
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.