Votre nom détermine-t-il votre avenir ?

Connaissez-vous les aptonymes, ces noms de famille qui collent parfaitement aux passions ou à la carrière des personnes qui les portent ?

De Jason Bittel
Publication 11 janv. 2024, 14:37 CET
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Le Jamaïcain Usain Bolt participe à la demi-finale du 100 mètres masculin lors des Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro, au Brésil.

PHOTOGRAPHIE DE Cameron Spencer, Getty Images

« On me contacte encore souvent en me demandant si j'ai remarqué que mon nom est également celui d’un oiseau », s’amuse Carla Dove, dont le nom de famille signifie « colombe » en français. 

Ce n’est pas vraiment étonnant. En tant que directrice du laboratoire d’identification des plumes du musée national d’histoire naturelle des États-Unis à Washington, Dove passe des journées entières à penser aux oiseaux, y compris aux colombes. 

De la même façon, Greg Pond, dont le nom se traduit par « étang », est biologiste de la vie aquatique et prélève des échantillons de corps hydriques au nord-est des États-Unis pour l'Agence de protection de l'environnement du pays.

« L’eau, ainsi que tout ce qui vit dedans, ont été ma vocation », dit Pond. « J’ai bien sûr eu droit à des jeux de mots sur mon nom de famille en grandissant. »

Pond et Dove portent ce que le Grand dictionnaire terminologique québécois désigne comme des « aptonymes », des noms qui collent parfaitement à l’activité de ceux qui les portent. Historiquement, les aptonymes étaient beaucoup plus communs autrefois qu’aujourd’hui. Des noms comme Charpentier, Marchand et bien d’autres encore venaient en effet de la profession de la personne à qui ils appartenaient, ou de celle de leur famille. 

Aujourd'hui, la diversité de métiers est telle que nous trouvons remarquable qu'un nom semble correspondre parfaitement au parcours professionnel d'une personne.

« Il m'arrive de découvrir que certaines personnes pensent que j'ai changé de nom parce que j'étais très satisfaite de ma carrière », déclare Betsy Weatherhead, dont le nom contient le mot « weather », météo en français ce qui correspond à sa profession de météorologue ayant été primée et ayant siégé au groupe consultatif scientifique de l’Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique. « Ce n’est pas le cas. »

Tout cela soulève cependant une question intéressante : le nom d'une personne peut-il influencer la trajectoire de sa vie ?

 

LE POUVOIR DES NOMS 

Bien que Weatherhead affirme que l'origine de son nom de famille n'a rien à voir avec le climat puisqu’il s'agit d'un vieux nom écossais qui fait référence aux bergers, les habitants de sa ville natale de Wilmette, dans l'Illinois, ne le savaient certainement pas. « J'ai grandi dans une petite ville, j'ai beaucoup de frères et de sœurs et nous nous ressemblons tous », explique Weatherhead.

Les membres de sa famille faisaient souvent les frais des mêmes plaisanteries. « Alors, il fait quel temps aujourd’hui ? » se rappelle-t-elle. « Je détestais cela parce qu’à onze ans, on cherche à avoir sa propre identité. »

En réalité, les associations faites avec son nom auraient pu empêcher Weatherhead de se lancer dans la climatologie, sans un petit coup de pouce de ce que l'on pourrait appeler le déterminisme nominatif.

Après avoir perdu sa place en école supérieure de physique des hautes énergies en raison des coupes budgétaires sous l'ère Reagan, Weatherhead a postulé pour un emploi d'été consistant à faire des calculs pour un météorologue. Près d'une douzaine de personnes candidataient pour ce poste, mais le secrétaire du scientifique lui a révélé plus tard que son nom avait fait passer sa candidature en premier. Le scientifique « disait à tout le monde : "Weatherhead. Weatherhead. Il faut qu’on la prenne !" ».

J. Sook Chung, scientifique à l'université du Maryland, se souvient d'un épisode similaire lorsqu'elle s'est présentée devant un comité de recrutement pour son poste actuel, pour lequel elle étudie les crabes bleus (Callinectes sapidus). « Sook désigne [en anglais] l'un des stades de vie du crabe bleu femelle adulte », explique Chung. « C'est exactement la même orthographe. »

Il s'est avéré que le fait de partager le nom de l'animal qu'elle souhaitait étudier a permis de briser la glace.« Je dis cela en plaisantant, mais j'étais destinée à travailler sur les crabes bleus », déclare-t-elle.

Bien entendu, tout le monde ne considère pas la connotation de son nom comme positive ou significative. « Beaucoup de gens ont remarqué le lien apparent entre mon nom et le domaine d'étude que j'ai choisi », explique par mail Stephen Pyne (homophone de « pine », pin en français), scientifique de l'environnement à l'université d'État de l'Arizona et auteur d'articles sur les forêts et les incendies. « Je dois avouer que ce n’est pas quelque chose qui m’a sauté aux yeux. »

De même, Ted Stankowich, écologiste spécialisé dans l’évolution des comportements, qui étudie les moufettes, affirme que son nom, dont la première syllabe, « stank », est le passé du verbe « to stink », sentir mauvais, n'a jamais eu d'effet perceptible sur sa carrière.

« Vous vous imaginez bien que j’ai eu affaire à des sobriquets toute ma vie », dit-il, « mais je ne l’ai pas pris en compte [dans mon choix de carrière]. »

 

QUE PEUT-ON DEVINER À PARTIR D’UN NOM ? 

Curieusement, une part de psychologie pourrait entrer en jeu. Dans une étude publiée en 2015 dans le journal Self and Identity par exemple, Brett Pelham, professeur de psychologie au Montgomery College dans le Maryland, a cherché, parmi les données d’un recensement, des preuves d’un certain « égotisme implicite », c’est-à-dire du fait que des personnes se tourneraient vers d’autres personnes, des endroits, ou des choses qui leur ressembleraient. Des tendances fascinantes sont ressorties de cette recherche.

« Nous avons rapidement remarqué que les hommes dont les noms de famille venaient d’une activité [comme Berger, Boulanger, Charpentier, Lefèvre ou Marchand,] étaient sur-représentés dans ces domaines », explique Pelham. « Dans cette même étude, nous avons constaté que deux personnes sont 6,5 % plus susceptibles de se marier si elles partagent le même jour d’anniversaire (même d'un mois différent) que si ce n’est pas le cas », déclare-t-il. 

Autre fait intrigant, les hommes américains portant les prénoms Cal et Tex ont davantage tendance à s’installer en Californie ou au Texas. Dans une autre étude, Pelham a remarqué que les personnes du nom de Dennis et Denise était légèrement plus susceptibles de devenir dentistes qu’avocat, par exemple. 

Il précise toutefois que les effets que peut avoir un prénom restent minimes dans ce type d’études. Néanmoins, « si l'on examine l'ensemble des données et la vaste littérature en psychologie sociale et cognitive, il est évident que nous ne disposons pas toujours du libre arbitre ». 

  

DES EXPÉRIENCES COMMUNES

Outre le fait qu'on leur demande s'ils ont changé de nom aux yeux de la loi, les personnes qui portent un aptonyme ont tendance à vivre des expériences amusantes dans la vie de tous les jours.

Marc Dufumier est agronome, Jean-Louis Cheminée était volcanologue… Voici un coup d’œil sur le monde amusant des aptonymes, ces noms qui collent parfaitement à la vie ou à la carrière de ceux qui les portent. 

« Les premiers jours de classe, lorsque je me présente et que j'écris mon nom, je dis : "oui, c'est mon vrai nom" », raconte Frank Fish (poisson), biologiste marin à l'université de West Chester en Pennsylvanie. 

Fish raconte que son nom peut lui compliquer la tâche dans certains aspects de son travail, notamment lorsqu’il s’agit d’appeler des aquariums.

« J’appelle et je demande à parler à la personne responsable des recherches, alors on me demande mon nom et quand je réponds "Frank Fish", un long silence s’ensuit », raconte-t-il en riant.  

La plupart des personnes interrogées déclarent que leurs aptonymes les ont aidés à se faire connaitre dans leurs domaines, pour le meilleur ou pour le pire. 

« Il y a un météorologue très célèbre dont le nom est Carl Buontempo », raconte Weatherhead. « Il est italien et dans sa langue, son nom signifie "bon temps". »

Lorsqu’ils se croisent à des conférences, d’autres participants demandent souvent à prendre Weatherhead et Buontempo en photo tous les deux. 

« La plupart des scientifiques doivent travailler très dur et faire quelques prouesses avant qu’on se souvienne d’eux », blague Weatherhead, « mais les gens se rappellent généralement de moi assez naturellement, et j’en suis reconnaissante. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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