Le monde selon Jeff Goldblum, une immense soif de curiosité

À l'occasion du lancement de la nouvelle série documentaire Disney+ Original "Le Monde selon Jeff Goldblum" sur Disney+, l'acteur et musicien nous parle de la nature humaine et de l'importance d'être curieux.

Friday, March 13, 2020,
De Simon Ingram
Jeff Goldblum devant un mobilehome - l'un des 12 sujets qu'il explore dans sa nouvelle série ...
Jeff Goldblum devant un mobilehome - l'un des 12 sujets qu'il explore dans sa nouvelle série documentaire Disney+ Original.
Photographie de NATIONAL GEOGRAPHIC / DISNEY +

Jeff Goldblum pétille de curiosité. Le regard vif, la bouche prête à s'étendre en un sourire, les bras ouverts à l'inconnu. Un naturel qu'il a mis au service des personnages cérébraux et idiosyncratiques qu'il a incarnés au cinéma, du Dr Ian Malcolm dans Jurassic Park à David Levinson dans Independence Day, ou encore Seth Brundle, personnage clef du film de David Cronenberg, La Mouche. Ces films ont exploré de vastes sujets - des invasions extraterrestres à la résurrection des dinosaures (peu déontologique d'un point de vue environnemental), aux expériences scientifiques risquées : de quoi satisfaire les esprits les plus curieux.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Jeff Goldblum est un homme curieux. Il fait régulièrement référence aux livres qu'il a lus ou est en train de lire, aux concepts auxquels il s'intéresse, à ceux qu'il a assimilés, et pose des questions toutes articulées avec la même forme d'exubérance, et peut-être même d'excentricité, que l'on se surprend à imiter. C'est l'homme qui, en 2017, a été repéré dans une camionnette appelée "Chef Goldblum" distribuant des saucisses gratuites à Sydney à des fins de "recherche'' (dont on ignore toujours la teneur). L'homme qui aurait gardé une mouche vivante comme animal de compagnie sur le plateau de La Mouche afin d'étudier ses mouvements. L'homme qui se produit chaque semaine avec son groupe de jazz, le Mildred Snitzer Orchestra, dans un restaurant de Los Angeles. L'homme dont le visage a été le sujet d'innombrables mèmes

Cet homme de toute évidence curieux du monde et de tout ce qu'il a à offrir, a peut-être trouvé le parfait moyen d'expression. L'acteur et musicien de 67 ans qui, de son propre aveu, « a encore quatre ans à bien des égards » - déchaîne son excentrique curiosité dans une nouvelle série Disney+ Original. Jeff Goldblum explore une suite éclectique de sujets quotidiens : adieu politique, maladies et faits divers, bonjour vélos, piscines et tatouages ! Bienvenue dans le monde selon Jeff Goldblum.

Les vélos font partie d'une série d'objets idiosyncratiques que Goldblum teste dans la nouvelle série documentaire Disney+ Original, Le Monde selon Jeff Goldblum.
Photographie de NATIONAL GEOGRAPHIC / DISNEY+

Les sujets abordés, les jeans, le gaming, les glaces, le barbecue, etc. sont assez disparates, même s'ils ont pour point commun d'être justement... très communs. Pourquoi ce choix de sujets quotidiens ?

Ils sont disparates, éclectiques, c'est un mélange, un pot-pourri [...] et réservent beaucoup de surprises. Avant cela j'avais présenté trois épisodes d'un programme National Geographic, qui s'appelle Explorer - et j'avais adoré ça. C'est de là qu'est partie cette série. L'idée était de prendre des objets familiers et de voir en eux des choses inattendues : une anecdote historique, une expérimentation scientifique... et montrer ce que ces objets disent du lien humain, de notre histoire commune. 

Et nous voulions aussi qu'ils soient les éléments déclencheurs décalés de ma propre odyssée jungienne. Nous ne savions pas ce que ça allait donner. Le titre plutôt provocant a juste évolué au fur et à mesure que la série se construisait.

 

Vous demandez-vous parfois pourquoi vous êtes si curieux ?

Étant donné que j'ai deux enfants, je suis dans un cycle vertueux de curiosité particulièrement nourri. Mes enfants regardent autour d'eux et disent : « Qu'est-ce que c'est, et pourquoi ? » C'est peut-être quelque chose que l'on transmet. Ou peut-être que notre espèce doit être curieuse pour être connectée au monde. Pendant la production de cette série, j'ai lu les livres de Yuval Noah Harari : Sapiens , Homo Deus et 21 leçons pour le XXIe siècleComme le dit Harari, des problèmes de grande ampleur comme le changement climatique, les dangers de la prolifération nucléaire et les perturbations technologiques ne peuvent être résolus qu'au moyen d'une coopération mondiale. Si l'espèce humaine prospère comme elle le fait depuis toujours, c'est parce que nous coopérons par groupes et donc que nous sommes curieux les uns des autres.

J'ai récemment participé à l'émission Finding Your Roots [série télévisée documentaire américaine animée par Henry Louis Gates Jr diffusée sur PBS, qui retrace l'arbre généalogique d'invités célèbres ndlr]. Je ne savais rien de ma famille, sauf d'où venaient mes deux grands-pères, l'un d'Autriche et l'autre de Russie - son nom était Parvarzic. Il l'a changé en Goldblum quand il est arrivé [en Amérique]. Donc je devrais m'appeler Jeff Povartzik. Mais ils m'ont dit que toute ma famille était composée à 100 % de Juifs ashkénazes de la même région. Peut-être qu'il y a quelque chose de singulier dans ce groupe [démographique]...

Les tatouages sont l'un des sujets explorés par Jeff Goldblum dans cette nouvelle série, dans laquelle il rencontre notamment des fans s'étant fait tatouer son visage.
Photographie de NATIONAL GEOGRAPHIC / DISNEY+

Vous semblez être très optimiste... rien ne peut vous atteindre ? 

Oh, il y a beaucoup de choses qui me stimulent et qui m'indignent. Qui me mettent en colère ou m'attristent. Mais il y a des raisons d'être optimiste. Et d'une manière générale, vous savez... nous sommes tous ici-bas pour un temps éphémère. On peut considérer que c'est une mauvaise chose, mais c'est ainsi, et il y a là quelque chose de romantique. Il y a dans les moments que nous vivons des raisons d'être reconnaissants. En tout cas, c'est comme ça que je choisis de voir les choses.

 

Pensez-vous qu'aujourd'hui les gens sont moins curieux, notamment parce qu'on accède plus facilement à l'information ?

Non, vous croyez ? Des gens en chair et en os de tous âges semblent avoir été zombifiés ou hypnotisés par ça [mime un téléphone dans sa main]… à Los Angeles, ils traversent la rue en diagonale avec des trucs dans les oreilles pour surtout ne rien entendre, se déconnecter... Mais vous savez, j'aime beaucoup la technologie, c'est un sujet qui m'enthousiasme. J'aime l'idée du changement, surtout. Vous pouvez obtenir beaucoup d'informations grâce à la technologie, et dans bien des cas cela peut être utilisé à notre avantage. C'est un vaste débat, mais ma démarche dans cette émission est plus basée sur des rencontres en face à face, ce que j'aime.

Et j'ai beaucoup appris. Ça a été une vraie leçon d'humilité, j'ai été impressionné et parfois même inquiet, mais surtout je suis sorti grandi des rencontres que j'ai faites. Et j'aime ça - c'est la raison pour laquelle j'ai commencé à jouer. La « technologie de l'interaction ».

« J'ai beaucoup appris. Ça a été une vraie leçon d'humilité, j'ai été impressionné et parfois même inquiet, mais surtout je suis sorti grandi des rencontres que j'ai faites. »
Photographie de SIMON INGRAM / NATIONAL GEOGRAPHIC

En parlant d'interactions - si vous pouviez voyager dans le temps, qui voudriez-vous rencontrer ?

Je viens de commencer à lire L’Invention de la nature, qui parle d'Alexander von Humboldt. Il a prédit les défis du changement climatique, les conséquences parfois néfastes de la civilisation, la révolution industrielle. Je parie que ce serait un bon [interlocuteur].

C'est un bon résumé du programme : moi, ne prétendant pas en savoir plus que ce que je sais vraiment, mais très curieux, parlant à des gens intéressants qui viennent d'un endroit inattendu, et ayant un échange léger avec eux. Tout en laissant mon esprit vagabonder librement.

Le monde selon Jeff Goldblum sera disponible en streaming sur Disney+ dès le 7 avril.
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