Voyage

La plus grande grotte du monde se dévoile en réalité virtuelle

À l'avenir, il se pourrait bien que nous redécouvrions les plus belles merveilles de la nature grâce à la réalité virtuelle. Vendredi, 4 mai

De Andrew Bisharat
Photographie De Martin Edström

Lors du F8, la conférence annuelle de Facebook dédiée aux développeurs qui s'est tenue à San Jose, en Californie, le réseau social a dévoilé les mises à jour de React 360, un éditeur de contenu 360 et WebVR interactif. Les contenus réalisés avec cette technologie pourront être diffusés sur Internet et dans le fil d'actualité de Facebook : la réalité virtuelle sera alors accessible aux plus de 2 millions d'utilisateurs du réseau social, sans avoir besoin d'un casque.

Pour vous montrer en quoi consistera cette fonctionnalité, Facebook travaille avec National Geographic et a présenté une version mise à jour de l'expérience en réalité virtuelle interactive de National Geographic, mise au point en 2015. Les lecteurs étaient invités à visiter de façon virtuelle Son Doong, une grotte découverte il y a peu au Vietnam et considérée comme la plus grande au monde.

« Dans le monde des réseaux sociaux, c'est une très grande avancée », a déclaré Martin Edström, le photographe qui a pris les clichés 360° de Son Doong pour National Geographic. « Désormais, nous pouvons nous promener dans la plus grande grotte au monde depuis Facebook ».

Cette visite virtuelle nouvelle génération a bénéficié de plusieurs mises à jour, comme une navigation améliorée, un audio guide explicatif et une meilleure tonalité photographique. Ses améliorations permettent aux visiteurs virtuels d'être transportés au milieu des énormes stalagmites de ce paysage extra-terrestre et mystérieux, dans une grotte si large qu'un Boeing 747 pourrait la traverser.

Les mécanismes de distributions de contenus en réalité virtuelle sont aujourd'hui dépassés par la technologie utilisée pour créer et prendre des photos interactives et à 360°. Les photographes et les réalisateurs de films en réalité virtuelle ont du mal à partager leur travail avec le monde. Si Facebook s'oriente vers la narration en réalité virtuelle, cette dernière fera certainement plus partie de nos expériences de médias numériques.

« Il ne fait aucun doute que le contenu interactif et d'immersion fera partie intégrante de la façon dont nous raconterons bientôt nos histoires », a souligné Martin Edström.

SUR LA PISTE DE SON DOONG

C'est en 2014 que Martin Edström, photojournaliste basé à Stockholm, a entendu parler d'une grotte récemment découverte au Vietnam, dans le parc national de Phong Nha-Kẻ Bàng. Cette grotte était considérée comme la plus grande au monde. Il a donc sauté sur l'opportunité pour la prendre en photo en réalité virtuelle.

L'entrée de la grotte Son Doong, qui signifie « grotte de la rivière de montagne », a été découverte en 1991 par Hồ Khanh, un bûcheron. Le récit légendaire de cette découverte est remonté jusqu'aux oreilles de scientifiques et d'explorateurs, qui ont alors contacté Hồ Khanh afin que ce dernier les aide à retrouver la grotte. Après plusieurs mois de recherche, le bûcheron a finalement réussi à retrouver son chemin dans la jungle reculée qui mène jusqu'à cette gueule inquiétante et sombre de la terre.

Grâce à des techniques de spéléologie adaptées, l'équipe de scientifiques et Hồ Khanh se sont mis à explorer un peu plus la grotte.

Ce qu'ils ont découvert a dépassé toutes leurs espérances.

Formée il y a environ deux à cinq millions d'années, la galerie de cette grotte est considérée comme la plus grande au monde. Elle s'étend sur près de 5 km et comporte de nombreuses chambres. Ces dernières sont si immenses qu'elles peuvent accueillir sans soucis les gratte-ciels d'un quartier tout entier de New York. Comme Son Doong est la plus vaste grotte au monde, elle abrite des formations gargantuesques comme la « Main du Chien », une stalagmite de 60 mètres qui est considérée comme la plus grande au monde. On y trouve également des perles des cavernes de la taille d'un ballon de basket. Ces spéléothèmes sont normalement bien plus petits.

Son Doong est aussi composé de deux grandes dolines, des zones où le plafond de la grotte s'est effondré, laissant ainsi la lumière pénétrer à l'intérieur, créant ainsi des conditions idéales pour le développement d'une flore préhistorique dense au milieu de la grotte.

 

SON DOONG, UN LIEU À PROTÉGER

Peu de temps après la découverte de la grotte, des opérateurs touristiques ont vu l'opportunité de gagner de l'argent grâce à cette merveille de la nature. Un seul opérateur dispose d'une autorisation pour faire visiter la grotte : Oxalis Adventure Tours. Chaque année, environ 800 personnes descendent dans la galerie souterraine pour la somme de 2 500€.

En 2014, une société touristique avait dévoilé une proposition pour le moins controversée : construire un funiculaire de 10 km à travers Son Doong.

« Depuis, Save Son Doong, un important réseau militant, a parcouru le Vietnam en montrant aux locaux nos photographies en réalité virtuelle pour les convaincre de signer une pétition destinée à protéger la grotte du tourisme à grande-échelle », a expliqué Martin Edström. « Ils vont dans les universités, les écoles et aux rassemblements politiques pour faire découvrir la grotte aux citoyens grâce à notre expérience de réalité virtuelle ».

Cette cause a gagné un important soutien quand Barack Obama a déclaré que Son Doong devait être protégée lorsqu'il s'est adressé au peuple vietnamien pour la dernière fois.

À l'heure actuelle, le projet du funiculaire est encore dans les cartons. Les photographies de Martin Edström, qui révèlent au monde entier la spectaculaire beauté naturelle de la grotte y sont peut-être pour quelque chose. Le photographe considère d'ailleurs la fonctionnalité de Facebook comme un puissant outil de protection.

« Il ne s'agit pas seulement d'une histoire de la grotte », a-t-il déclaré. « C'est une histoire qui parle de la gestion durable de notre patrimoine naturel, pour que nos petits-enfants puissent admirer et s'émerveiller devant tant de beauté ».

Le travail de Martin Edström à Son Doong a bénéficié du soutien financier de la National Geographic Society.

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