Voyage

Reporter de guerre : retour en Afghanistan

Paul Salopek a été correspondant de guerre à Kaboul au début des années 2000. Quand il revient dans le pays, seize ans plus tard, il découvre la quiétude de la vie dans les montagnes de l’Hindu Kuch, protégées de la guerre par des sommets de 7 000 m.Tuesday, August 21

De Rédaction National Geographic
Dans la neige, le froid, et avec un âne épuisé, Paul Salopek quitte le corridor du Wakhan. Accompagné du photographe Matthieu Paley, il effectue ses derniers pas en Afghanistan, tandis qu’il gravit le col d’Irshad, qui mène au Pakistan. L’ascension devait durer trois heures. Elle en prendra neuf. Au sommet de la passe, les nuages s’éclairciront au soleil couchant. " Malgré ma fatigue, j’ai été frappé par la lumière, raconte Paul Salopek. C’était le type de lumière que l’on associe à la naissance – la lumière dans laquelle on naît. "

Le journaliste Paul Salopek, deux fois Prix Pulitzer et ancien correspondant de guerre à Kaboul, a suivi le corridor du Wakhan, dans la chaîne montagneuse de l’Hindu Kuch, en Afghanistan. Les paysages qu’il a traversés compte parmi les espaces habités les plus isolés du monde.

Son but : suivre les traces des premiers Homo sapiens ayant quitté l’Afrique à l’âge de la pierre. L’itinéraire qu’il a entamé il y a cinq ans passe par cet appendice de la province du Badakhshan, qui s’étire sur 320 km, en étau entre le Tadjikistan et le Pakistan, et qui débouche sur les contreforts glacés de la Chine. Son périple aboutira dans six ou sept ans sur le dernier espace colonisé par notre espèce : la pointe de l’Amérique du Sud.

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Ces contrées perdues dans les montagnes afghanes constituaient, au XIXe siècle, des zones tampons entre les empires asiatiques de la Russie et ceux du Royaume-Uni. Le corridor survit tel un membre oublié de l’Afghanistan, confiné par les aléas de la géographie, de la géopolitique et du temps.

Environ 17 000 fermiers et nomades vivent aujourd’hui sur ces pâturages moyenâgeux et dans ces hameaux en pierre. Peu d’habitants ont l’eau chaude, la viande n’est généralement consommée que pour la fête de l’aïd-el-kébir… Le prix à payer pour rester loin des violences et des conflits du pays.

Les femmes peuvent aller sans voile et personne ne porte d’arme. Les hommes cultivent le blé, le récolte en gerbe et le transforme en farine avec d’antiques roues à eau. Le bétail broute paisiblement dans les pâturages d’altitude. C’est l’Afghanistan rural tel qu’il devrait être.

 

Dans le numéro de septembre 2018 du magazine National Geographic, le périple de Paul Salopek dans les montagnes afghanes.