Ce parc américain méconnu est un paradis pour la faune

Cet ancien repaire de pirates, de repentis et de chercheurs de trésors est devenu un paradis pour la faune.

Monday, May 11, 2020,
De Starlight Williams
Le parc national de Dry Tortugas, situé à 112 kilomètres à l'ouest de Key West, abrite ...

Le parc national de Dry Tortugas, situé à 112 kilomètres à l'ouest de Key West, abrite le fort Jefferson.

Photographie de Sergey Chernyaev, Alamy Stock Photo

Avant qu'il ne devienne un parc national, des histoires de cape et d'épée, d'eaux tumultueuses et des rumeurs de trésors enfouis entouraient cet archipel de sept îles situé à un peu plus de 110 kilomètres au large des côtes de la Floride, dans le golfe du Mexique.

Au cours des 17e et 18e siècles, le détroit de Floride était parsemé de navires espagnols naviguant entre Cuba et la Floride, un terrain de chasse de choix pour les pirates. Plus tard, les « naufrageurs » ont gagné leur vie en faisant main basse sur la cargaison des navires coulés. Les épaves sont devenues si rentables (et leurs fouilles si réglementées) que Key West est devenue l'une des villes les plus riches des Etats-Unis, par habitant, au cours du 19e siècle.

Pirates et naufrageurs ne sillonnaient plus les eaux entourant les Dry Tortugas, mais des trésors restent à découvrir par ceux qui sont prêts à venir les trouver. En 1985, des chasseurs de trésors ont récupéré 450 millions de dollars en argent et en or dans un galion espagnol englouti du 17e siècle.

Les trésors oubliés ne sont pas les seules choses qui rendent ce joyau isolé - il faut faire un trajet en ferry de plus de deux heures pour s'y rendre depuis la côte - si séduisant. Classé parc national en 1992, Dry Tortugas abrite la troisième plus grande barrière de corail au monde et le seul récif tropical des États-Unis continentaux. Malgré la partie « sèche » de son nom (Dry signifie « sec » en anglais, ndlr), le parc est à 99 % sous l'eau.

 

COMBATTRE LA FIÈVRE JAUNE

En 1846, cinq ans après que l'Espagne a vendu la Floride aux États-Unis, la construction du plus grand fort de maçonnerie de l'hémisphère occidental a commencé. Entouré d'eau peu profonde, le Fort Jefferson fait saillie dans la mer sur Garden Key, la deuxième plus grande des sept îles du parc.

La construction a connu un ralentissement lorsque la guerre civile a éclaté. Ayant besoin de main-d'œuvre gratuite pour terminer le complexe, l'on s'est alors tourné vers les travailleurs incarcérés et, ce faisant, Fort Jefferson est devenue la plus grande prison militaire du pays. Le président Abraham Lincoln a commué les exécutions des déserteurs de l'Union en échange de pénibles travaux de construction dans des conditions climatiques extrêmes. Garden Key a rapidement gagné le surnom d'« île du diable ».

Alors que la guerre ravageait les États, les soldats et les prisonniers de l'île ont lutté contre la propagation de la fièvre jaune, qui a commencé à tourmenter les habitants en 1867. Sur les 400 personnes vivant dans le fort, 275 ont été infectées et 38 personnes sont mortes. Le Dr Samuel Mudd - qui avait été condamné à Fort Jefferson pour avoir soigné John Wilkes Booth, l'assassin du président Lincoln - est devenu un héros pendant l'épidémie. Les mesures d'hygiène qu'il a mises en place en tant que médecin de la prison ont sauvé des dizaines de vies, lui valant l'absolution de ses crimes et une libération anticipée.

Après la guerre, la construction de Fort Jefferson s'est arrêtée, de peur qu'un ouragan n'emporte la forteresse ou que le poids de la structure entraîne Garden Key sous l'eau. Ne les trouvant plus utiles aux militaires, le président Theodore Roosevelt a désigné les îles, et la forteresse, comme réserve fédérale d'oiseaux en 1908.

UN PARADIS SUR TERRE

Composé de sept « Keys » (Garden, Loggerhead, Bush, Long, East, Hospital et Middle), l'archipel isolé reste l'un des parcs nationaux américains les moins visités, et sans doute l'un des plus apprécié par la faune.

Des années de pêche commerciale, de dragage d'ancre et de changement climatique ont mis à mal le système récifal autrefois florissant autour de Garden Key. Mais grâce aux organisations telles que le Florida Reef Resilience Program et le Florida Keys National Marine Sanctuary, ainsi qu'à de nouvelles mesures de protection, les récifs sont en cours de restauration. Les plongeurs font du « jardinage de corail » ou plantent du corail cultivé en laboratoire dans l'espoir de relancer la croissance saine d'une colonie.

Le corail n'est pas le seul élément à s'épanouir à nouveau. Nommé à l'origine Las Tortugas (les tortues) pour les tortues vertes, imbriquées, tortues luths et caouannes que l'explorateur espagnol Juan Ponce de León a documentées sur l'archipel en 1513, le parc national de Dry Tortugas reste le sanctuaire de nidification le plus actif de Floride.

Grâce à la protection active de la vie marine dans le parc, les quatre espèces de tortues en voie de disparition - dont certaines peuvent atteindre 135 kilogrammes - ont vu leur population augmenter de manière significative. Sur Bush Key, le parc protège une colonie de jusqu'à 80 000 sternes fuligineuses nicheuses ; c'est le seul lieu de nidification important pour les espèces tropicales des États-Unis continentaux.

L'une des meilleures choses à faire en dehors de la saison de nidification des sternes (mi-février à mi-septembre) est de se promener à marée basse - lorsque le pont de banc de sable entre Bush et Garden Key n'est pas submergé - et d'observer quelques unes des 300 espèces d'oiseaux qui y passent chaque année.

Starlight Williams écrit régulièrement pour National Geographic. Retrouvez-la sur Twitter et Instagram.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
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