Porto Rico : ce nouveau sentier vous invite à traverser la luxuriante forêt tropicale d'El Yunque

Le NorEste Trail traverse la forêt nationale d'El Yunque et dévoile aux randonneurs toute la beauté des plages, réserves et sommets montagneux de l'île de Porto Rico.

De Tasha Prados
Publication 16 févr. 2023, 19:34 CET
Vista El Yunque National Forest

Les montagnes de la Sierra de Luquillo dominent la forêt nationale d'El Yunque, une réserve de biosphère de l'UNESCO, dernière étape d’un nouveau sentier, le NorEste Trail, premier itinéraire de randonnée de plusieurs jours de Porto Rico.

PHOTOGRAPHIE DE iStockphoto, Getty Images

À seulement 1 heure à l'est des rues pavées et des bâtiments coloniaux espagnols colorés de San Juan, une symphonie de cris d'oiseaux et de coassements de grenouilles résonne le long du premier sentier de randonnée à traverser une forêt tropicale humide aux États-Unis.

Le NorEste Trail de Porto Rico vous transportera dans une randonnée le long des récifs coralliens et du lagon bioluminescent de Fajardo, jusqu'au plus haut sommet de la forêt nationale d'El Yunque, une forêt tropicale humide de 11 300 hectares connue pour sa beauté et sa biodiversité.

Seuls vingt-cinq à cinquante randonneurs par jour seront autorisés à vivre cette aventure de trois à cinq jours totalisant 65 kilomètres. Vous pouvez déjà emprunter l'itinéraire officiel, bien qu'il ne soit achevé qu’à environ 90 % pour le moment.

Les randonneurs peuvent découvrir plusieurs cascades lors de leur traversée de la forêt nationale d'El Yunque. 

PHOTOGRAPHIE DE Dennis van de Water, Getty Images

« C'est exceptionnel de faire une randonnée au sein d'une forêt tropicale, d’être au sommet d'une montagne dans les nuages et d’aller à la plage le même jour », confie Keenan Adams, superviseur de la forêt d'El Yunque.

Le NorEste Trail est le fruit de la collaboration novatrice entre une demi-douzaine d'organisations américaines et portoricaines gouvernementales, nationales, municipales et régionales, d’organismes à but non lucratif et d’organisations communautaires.

« Lorsque l’on aménage un sentier comme celui-ci (tout comme d'autres sentiers régionaux tels que le Pacific Crest Trail et l'Appalachian Trail), on tombe sur des propriétés provenant de réserves foncières, de réserves d'État, de propriétés du service forestier des États-Unis, et ce en plus des terrains privés », explique David Ilse, responsable du service public pour le service des Forêts du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA). « Rassembler tout ça demande beaucoup de coordination. » 

Alors que de plus en plus de terrains de Porto Rico passent aux mains de propriétaires privés et étrangers, cette initiative permet aux amateurs de nature et de culture de profiter de la beauté inestimable et sauvage de l'île, tout en soutenant les communautés locales.

« La seule façon de conserver les ressources et de faire en sorte que les gens en deviennent les gardiens, c’est de les leur faire aimer », explique Mónica I. Pérez-Eguía, directrice exécutive de Love in Motion, une organisation à but non lucratif qui crée des expériences de tourisme durable. « La seule façon de les aimer, c'est de s'y rendre, de fouler les sentiers et d'apprendre à connaître [ces ressources]. Ce n'est pas une transaction, c'est une expérience, une aventure. »

 

DU RÉCIF À LA CRÊTE

Le NorEste Trail commence (ou finit) dans la réserve naturelle Cabezas de San Juan, à Fajardo, un espace protégé qui abrite de nombreux récifs coralliens, mangroves, forêts sèches et plages, dont Laguna Grande, l'un des célèbres lagons bioluminescents de Porto Rico. D’ici, les randonneurs et les randonneuses peuvent apercevoir la quasi-totalité de la route, le front de mer ainsi que El Toro, qui culmine à 1 075 mètres d’altitude.

Suivez le chemin qui traverse la plage de Seven Seas et le Northeast Ecological Corridor (un lieu de nidification important pour les tortues luths) jusqu'aux Kioscos de Luquillo, un groupement de stands de nourriture familiaux. Vous pourrez vous y ravitailler en alcapurrías (beignets farcis de viande à base de yucca, de taro ou de bananes plantain) ou en mofongo (purée de bananes vertes frites servie avec de la viande ou des fruits de mer).

C’est ici que se termine la première section du sentier… du moins pour le moment. D’après Ilse, les organisateurs sont en train de faire les démarches nécessaires pour agrandir la route vers El Yunque. En attendant, vous pouvez emprunter les anciennes voies ferrées, les chemins d'accès aux fermes, ou les routes PR-983 et PR-988 pour pénétrer dans la forêt. 

« L'essentiel, c'est de ne pas penser au sentier comme un travail totalement achevé », soutient Adams. « On commence par définir un itinéraire qui est réalisable, et ensuite, au fil des ans, on acquiert des terrains ou des droits d'usage pour améliorer cet itinéraire. [À] l'heure actuelle, il faut parfois marcher sur la route. »

Gauche: Supérieur:

Avec ses 11 300 hectares, El Yunque est l'une des plus petites forêts des États-Unis, mais aussi l'une des plus diversifiées sur le plan biologique. Son paysage vert et luxuriant abrite plus de 200 espèces d'arbres et de plantes ainsi que 150 espèces d'animaux, dont beaucoup sont endémiques de Porto Rico.

PHOTOGRAPHIE DE Dennis van de Water, Getty Images
Droite: Fond:

Construite en 1963, la tour Yokahú offre une vue imprenable sur El Yunque, le littoral et les îles Vierges des États‑Unis, sur un rayon de 15 km.

PHOTOGRAPHIE DE Photononstop, Alamy Stock Photos

Une fois dans la forêt, vous pourrez emprunter le Bisley Trail jusqu'au La Coca Trail, remonter la PR-191 jusqu'au Caimitillo Trail, puis prendre le Tradewinds Trail jusqu'au El Toro Trail. Ici, vous pourrez apercevoir des Amazones de Porto Rico (une espèce de perroquet en voie de disparition), l'une des cinq espèces de grenouilles coquis (espèce endémique de Porto Rico), ainsi que d'autres animaux et plantes vivant exclusivement sur l'île. (Nous vous conseillons d’appeler le centre d'accueil des visiteurs d'El Yunque avant d’entamer votre marche afin d'obtenir les dernières informations sur le NorEste Trail.)

 

UNE MONTAGNE DIGNE D'UN DIEU

Les Taïnos, le peuple natif qui habite Porto Rico depuis au moins 3 000 ans avant notre ère, considéraient comme sacrée la terre qu’est aujourd'hui El Yunque (yuké signifie « terres blanches » en taïno, en référence aux nuages). C'est là que le dieu Yúcahu régnait depuis son trône (la montagne El Toro), combattait le chaos, et protégeait Borinquen (le nom taïno de Porto Rico). On peut encore admirer des pétroglyphes taïnos dans la partie sud de la forêt.

Peu après avoir présenté de l’or à Christophe Colomb lors de son deuxième voyage aux Amériques en 1493, les Taïnos ont été réduits en esclavage par les Espagnols. L'or n'est cependant pas la seule ressource dont ces derniers se sont emparés dans la région. Le bois était également une denrée précieuse, et ils déboisèrent presque tout le pays avant de faire d'El Yunque l'une des plus anciennes réserves forestières de l'hémisphère occidental en 1876.

Après que les États-Unis ont envahi et pris le contrôle de Porto Rico en 1898, le Civilian Conservation Corps (CCC) du président Theodore Roosevelt a continué de reboiser El Yunque. Plus de 2 600 ouvriers locaux y ont construit des sentiers, des routes et des installations, en n'utilisant que le matériel qu'ils pouvaient porter sur le dos.

La plupart des sentiers désormais entretenus par Love in Motion ont été construits par le CCC. « Les sentiers sont à la base de tous les déplacements, et ce depuis la nuit des temps : les Hommes ont commencé à marcher et à créer des sentiers pour accéder aux ressources. C'est un loisir, mais c'est aussi un moyen de sauvegarder les ressources, et d'accéder à la recherche et à l'éducation », explique Pérez-Eguía. 

Plusieurs ruines laissées par le Civilian Conservation Corps bordent encore les sentiers de randonnée d'El Yunque.

PHOTOGRAPHIE DE Lorraine Boogich, Getty Images

Les zones protégées, dont Vieques et Culebra, deux des principales îles de l'archipel de Porto Rico (qui en compte plus d’une centaine), représentent 16 % de la superficie du pays. En comparaison, les aires protégées ne recouvrent que 12 % des terres américaines. Malheureusement, les espaces sauvages protégés se raréfient à mesure que les investisseurs privés et promoteurs immobiliers (souvent étrangers) continuent de bloquer l'accès aux plages, et que les ouragans dévastateurs, de plus en plus fréquents, démolissent les terrains publics.

« Je vis ici depuis l'ouragan Maria [en 2017], alors j'ai vu la forêt changer. Il a tout balayé », explique Alberto Rivera Rodríguez, membre de Love in Motion. « Au fil des années, j'ai assisté à la guérison et la reforestation [du pays]. Ce sentier sur lequel nous travaillons maintenant n’avait rien à voir il y a quatre ans. Alors peut-être aura-t-il encore totalement changé dans quatre ans. »

 

« OUVREZ VOTRE CŒUR À LA FORÊT »

Si les communautés qui vivent aux alentours du sentier ont bon espoir que la nouvelle route rapporte des revenus touristiques, elles craignent néanmoins qu’un nouvel afflux de visiteurs n’ait un impact néfaste sur la région.

« Il nous faut une approche fondée sur le triple résultat [les personnes, la planète et le profit] dans laquelle une véritable justice sociale est incorporée dans chaque aspect de l'opération », déclare Carmen N. Portela Martínez, directrice exécutive d'Amigos de El Yunque, une organisation à but non lucratif axée sur la conservation et les loisirs responsables, qui est l'une des organisations partenaires du sentier.

Nilsa María, qui a créé Mariposa con Botas, un groupe de randonnée pour les femmes qui cherchent à s'évader de leur vie quotidienne, estime qu'il est très utile de se renseigner avant de visiter un lieu.

« Ouvrez votre cœur à la forêt et éveillez votre conscience », soutient María. « Mais avant, faites vos recherches. Il est essentiel de savoir où aller et à quelles choses ou situations vous pouvez être exposé pour profiter au maximum de vos vacances bien méritées. »

Selon Rivera Rodríguez, l'achèvement du NorEste Trail serait la première étape pour faire de Porto Rico une île que l’on pourrait intégralement traverser en empruntant des sentiers, comme à l’époque des Taïnos. « Nous avons de la chance de pouvoir marcher ici », dit-il. « Quand on est en randonnée et que l’on comprend le potentiel [de cette île], on en a les larmes aux yeux. Ça va être magnifique. » 

Tasha Prados est une stratège primée en branding et marketing, une rédactrice spécialisée dans les voyages, et la fondatrice de Duraca Strategic et Duraca Travels. Vous pouvez la suivre sur Instagram et TikTok.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

loading

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2024 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.