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Au Japon, les femmes seules sont condamnées à la précarité

Dans un pays en pleine mutation mais face à un régime des retraites rigide et obsolète, la situation des femmes célibataires ou divorcées empire de jour en jour.

De Julie Lacaze
Une jeune femme japonaise à Kyoto.

Après avoir connu un essor économique fulgurant dans les années 1950, la société japonaise est à présent en pleine mutation. Le pays doit s’adapter, entre autres, aux changements de mœurs des nouvelles générations ainsi qu'à l’émancipation des femmes. Celles-ci ne suivent plus le schéma familial traditionnel dans lequel la mère de famille reste au foyer. De plus, le taux de femmes célibataires ou divorcées est en train d’exploser. Selon une étude publiée dans la revue Frontiers in physics, il pourrait atteindre 17,6 % en 2100, soit 3,7 fois plus qu’aujourd’hui. 

L’auteur de l’enquête, Seiichi Inagaki, a utilisé l’INAHSIM, un simulateur socio-économique adapté à la société japonaise qui permet de prévoir sur plusieurs décennies les changements dans les ménages, l’état des revenus ou encore les conditions de vie des foyers de l’archipel. L’une de ces prévisions révèle que 25 % des femmes retraitées pourraient être en situation de pauvreté d’ici 2060, contre 10 % des hommes. De nos jours, moins de 15 % des femmes japonaises âgées sont dans le besoin.

Autre donnée, plus inquiétante encore : la pauvreté affecterait 50 % des femmes âgées divorcées ou célibataires dans les cinquante prochaines années. En cause, le calcul des retraites, calqué sur la société d’après-guerre, composée essentiellement de mères au foyer. Ce régime prévoit que les femmes mariées peuvent toucher des retraites de base, en plus de celles de leur mari qui leur reviennent en cas de décès. Ce système est cependant défavorable aux femmes seules. L’écart salarial entre les sexes reste important au Japon ; et ce sont majoritairement les femmes — dans 80 % des cas — qui héritent de la garde des enfants lors des divorces. Dans ces conditions, il est difficile de mener une carrière et de cotiser à taux plein sa vie durant. Par conséquent, les femmes touchent généralement une maigre retraite.    

Comment le gouvernement japonais prendra-t-il en charge ces femmes seules et sans ressources dans une société vieillissante ? Selon l’auteur de l’étude, il lui faut réformer de toute urgence les caisses de retraite et adapter le système de sécurité sociale aux femmes d’aujourd’hui.

Dans le numéro de mai 2018 du magazine National Geographic, une immersion dans la société tokyoïte et une balade dans cinq îles enchantées de l’archipel japonais.

 

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