Voyage

Death Valley, l’enfer sur Terre

Dans la Vallée de la Mort, les températures oscillent entre 0° C les nuits d’hiver à plus de 54 ° C au cœur de l’été. Un extrême climatique qui risque de s’aggraver avec le réchauffement de la planète.

De Corinne Soulay
Parmi les paysages les plus spectaculaires de la Vallée de la Mort figure Zabriskie Point et ses roches sculptées par le vent, dont le coucher de soleil sublime les couleurs.

Avec ses 13 500 km2, c’est le plus vaste parc national américain, en dehors de l’Alaska. Une terre d’extrêmes, où se côtoient des étendues craquelées de sel, des montagnes noires et des roches sculptées par les vents, un cratère de volcan de 800 m de diamètre, des mines abandonnées et des dunes.

Dans la Vallée de la Mort, le visiteur peut aussi faire le grand écart entre le point le plus bas d’Amérique du Nord, situé à 85,5 m en dessous du niveau de la mer, et des sommets à plus de 3 000 m d’altitude. C’est aussi le lieu le plus chaud et le plus sec des États-Unis. C’est là que, en juillet 1913, a été atteinte la plus haute température jamais enregistrée sur Terre : 56,7 °C. La fiabilité de la mesure fait débat, mais, de fait, en été, la chaleur est écrasante. En juin dernier, des touristes se sont photographiés devant un thermomètre indiquant 130 °F, soit 54,4 °C !

Et si cet espace aux conditions extrêmes était une vitrine de l’avenir ? Avec le changement climatique, les « vallées de la mort » pourraient bien se multiplier. Et pas seulement aux États-Unis. Le 29 juin 2017, Étienne Kapikian, prévisionniste à Météo France, signalait un record de température, à Ahvaz, en Iran : 53,7 °C. Des maximales dangereuses pour l’organisme. À de telles températures, la transpiration peine à s’évaporer et le corps se refroidit difficilement, ce qui entraîne des risques de déshydratation.

Le pire est à venir : selon une étude, parue en 2015 dans la revue Nature Climate Change, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent, de telles zones pourraient devenir inhabitables. Pour l’heure, dans la Vallée de la Mort, faune et flore se maintiennent, montrant d’étonnantes capacités d’adaptation. Par exemple, le mouflon d’Amérique (Ovis canadensis), qui arpente monts et canyons, est capable de rester plusieurs jours sans boire. Il peut même perdre jusqu’à un tiers de son poids, du fait de la déshydratation, sans impact sur sa santé.

C’est le point le plus bas de l’ Amérique du Nord. À 85,5 m en dessous du niveau de la mer, Badwater Basin déploie ses dépôts salins jusqu’à la chaîne de montagnes de Panamint.

Ces conditions extrêmes entraînent aussi des phénomènes naturels insolites. L’un d’eux a attisé la curiosité des scientifiques pendant des années. Sur la surface du lac asséché de Racetrack Playa, à 1 130 m d’altitude, des pierres se déplacent sans raison apparente, laissant derrière elles des traces mystérieuses. En 2014, un océanographe californien a enfin trouvé l’explication. Richard Norris a muni des pierres de GPS pour étudier leurs déplacements, et a pu observer le phénomène en direct. Les nuits d’hiver, en altitude, les températures tombent régulièrement sous 0 °C. En cas de précipitations récentes, celles-ci forment alors une fine pellicule de glace à la surface de l’étendue désertique. Le matin, la glace fond avec les premiers rayons du soleil. Des morceaux s’en détachent et glissent sous l’effet de vents légers… entraînant avec eux les pierres. CQFD.

Entre décembre 2013 et janvier 2014, certaines roches ont ainsi parcouru une distance de 224 m ! Le phénomène le plus étonnant reste toutefois celui des « superfloraisons ». D’ordinaire, la végétation du parc reste pauvre. Mais, exceptionnellement, les lieux se parent de milliers de fleurs, pour la plupart jaunes ou mauves. Ce phénomène rare exige la conjonction de températures hivernales douces pour ne pas altérer les pousses, d’un vent léger pour ne pas les assécher, et de précipitations hors norme, permettant une croissance rapide. Les dernières superfloraisons ont eu lieu en 1998, 2005 et 2016. Pendant quelques semaines, la Vallée de la Mort reprend vie.

Au fait, d’où vient son nom macabre ? En 1849, des chercheurs d’or traversent la vallée aride. Quarante-neuf d’entre eux se perdent. Affaiblis, ils envoient en dernier recours deux hommes chercher des secours. Quand ces derniers arrivent, l’un des chercheurs d’or a succombé. La  légende veut qu’en quittant les lieux, un membre du groupe ait lancé : « Au revoir, vallée de la mort. »

Dans le numéro de janvier 2017 du magazine National Geographic, visite de deux autres parcs californiens : le Yosemite et le parc des séquoias géants.

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