Guide : à la découverte de Troie, entre mythe et archéologie
Remontez le temps jusqu’à l’Iliade et l’Odyssée d’Homère, grâce aux fouilles en cours sur le site que l’on pense être celui de la ville légendaire.

Une reproduction du cheval de Troie située dans la ville portuaire de Çanakkale, en Turquie, attire des voyageurs et des amateurs de l'épopée grecque.
Une reproduction du cheval de Troie située dans la ville portuaire de Çanakkale, en Turquie, attire des voyageurs et des amateurs de l'épopée grecque.
En se dirigeant vers le sud, en voiture, depuis la petite ville portuaire de Çanakkale, située à l'extrémité nord-ouest de la Turquie des panneaux indiquant « Truva » et « Troya » apparaissent de plus en plus fréquemment. L'agitation de la vie moderne laisse place à des paysages bucoliques et, une demi-heure plus tard, vous vous retrouvez dans la ville antique de Troie, propulsés près de 3 000 ans dans le passé.
Un imposant cheval en bois vous accueille à l'entrée et, tout autour, s'étendent des ruines éparses, avec au loin la mer Égée et, entre les deux, les plaines où s'est déroulée la légendaire guerre de Troie.
« L'aura est si forte [que] quand César s'est rendu à Troie, il a déclaré : "chaque pierre a un nom" », raconte Rüstem Aslan, professeur à l'université Çanakkale Onsekiz Mart, qui a passé quarante ans à mener des fouilles sur le site classé au patrimoine de l'UNESCO, considéré comme la cité légendaire.
Aujourd'hui, Hisarlik, qui signifie « lieu de forteresse » en turc et qui correspond au nom donné à la colline sur laquelle se trouvent les ruines, raconte son histoire à travers le musée de Troie et les vestiges architecturaux qui font écho aux grandes épopées d'Homère, l'Iliade et l'Odyssée. Pour les amateurs de mythologie, cette visite s'apparente à un véritable voyage dans le temps.
« Je trouve ça si émouvant », affirme Emily Wilson, traductrice d'Homère et professeure d'études classiques à l'université de Pennsylvanie. Elle ajoute que « c'est toujours une ville venteuse », telle qu'Homère l'a décrite. « Il y a cette étendue plate du paysage où l'on peut imaginer d'immenses armées en marche », précise-t-elle. « Même si le littoral a changé au cours des 2 000 dernières années, quand on va contempler l'horizon au-dessus de l'eau, on peut encore avoir le sentiment que ces rivières sont là, que le site de cette ville, qui a joué un rôle important et a été détruite à plusieurs reprises, est bien là ».
LA CITÉ PERDUE DE TROIE
Le site considéré comme celui de la ville de Troie recèle en réalité de vestiges des neuf villes qui se sont succédées au fil des siècles. Les archéologues ont attribué des numéros aux différentes couches, Troie 6 et Troie 7 étant considérées comme liées à l'Ilium de Priam, théâtre de l'Iliade d'Homère, dont les événements ont mené à l'Odyssée.

Une vue aérienne du site archéologique inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, que les experts considèrent comme étant probablement la ville de Troie.
Une vue aérienne du site archéologique inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, que les experts considèrent comme étant probablement la ville de Troie.
Depuis plus de 2 000 ans, ces deux œuvres sont considérées comme les égales, sur le plan culturel, de textes tels que l'Épopée de Gilgamesh, la Bhagavad-Gita et la Bible, des textes qui ont façonné les fondements du monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Ce n'est pourtant qu'au 19e siècle que la colline située à l'extérieur de Çanakkale a été identifiée comme le site probable de Troie.
« Honnêtement, rien ne permet d'affirmer avec certitude qu'il s'agit bien de Troie », reconnaît Eric Cline, professeur d'études classiques et anciennes du Proche-Orient à l'université George-Washington. « Les Grecs et les Romains des époques ultérieures pensaient que c'était le cas et l'appelaient Nouvel Ilium, ou Nouvelle Troie. Les archéologues en sont assez convaincus, principalement car il n'existe pas d'autre option plus plausible. Géographiquement, cela correspond. Archéologiquement, cela correspond. On y trouve même des couches détruites qui correspondent à la période [de la guerre de Troie] ».
Au cours des 160 dernières années, plusieurs fouilles ont permis la mise au jour de ruines spectaculaires, notamment des murs, des passages, des rues, un amphithéâtre et une couche de destruction contenant des matériaux carbonisés, des squelettes, des pointes de flèches et des pierres de fronde, que certains considèrent comme des vestiges de la guerre de Troie.
Environ 90 % du site principal ont été fouillés et notamment, comme le souligne Rüstem Aslan, il n'a jamais été reconstruit contrairement à des sites tels que Knossos, en Crète. Les ruines que les visiteurs peuvent observer ici sont telles qu'elles ont été découvertes. « Nulle part ailleurs en Méditerranée on ne trouve de ruines datant de la fin de l'âge du Bronze aussi bien conservées, à l'exception de Santorin, qui a été recouverte de cendres », explique Rüstem Aslan.
Bien qu'aucune preuve définitive de l'héritage troyen du site n'ait été découverte, Rüstem Aslan, à l'instar d'Emily Wilson, indique qu'une lecture attentive du texte fournit des indices sur l'importance légendaire de cette colline.
« Si l'on transpose l'épopée homérique sur le paysage », explique Rüstem Aslan, « il n'aurait pas pu le décrire avec plus de précision : deux fleuves, des îles, des montagnes ; tout cela existe encore et reste plus ou moins tel qu'Homère l'avait décrit ».
UNE FOUILLE ARCHÉOLOGIQUE EN COURS
Le paysage raconte l'histoire mais Rüstem Aslas, Eric Cline et Emily Wilson conseillent de commencer par le musée de Troie, qui propose un guide détaillé des différentes couches de la ville et expose environ 2 000 objets datant de l'âge du bronze, tandis que 40 000 autres sont conservés en réserve. Il se situe juste à côté des ruines, signalé par l'imposante reproduction du célèbre cheval de Troie, l'original, bien sûr, ayant été perdu au cours de l'histoire ou n'ayant jamais existé.

Le meilleur lieu de départ pour visiter Troie est le musée de Troie, qui présente des expositions consacrées à la cité antique et des objets provenant du site archéologique à proximité.
Le meilleur lieu de départ pour visiter Troie est le musée de Troie, qui présente des expositions consacrées à la cité antique et des objets provenant du site archéologique à proximité.
Après le musée, visitez le site « où l'on peut ressentir l'aura », conseille Rüstem Aslan. Un chemin serpentant à travers les ruines vous permet d'explorer les différentes couches de Troie grâce à des panneaux offrant d'excellentes explications.
Eric Cline recommande en particulier de faire un arrêt à la tranchée de Schliemann : une tranchée de 17 mètres de long où, en 1871, Heinrich Schliemann, premier archéologue à avoir fouillé le site, a lancé ses fouilles. Il a fait parler de lui pour avoir fait exploser les sites de Troie 6 et 7, associés à la guerre, détruisant ainsi une partie des vestiges. Selon Eric Cline, les personnes qui s'intéressent particulièrement au mythe de Troie devraient se concentrer sur ces couches et sur « les énormes pierres et les grands murs » qui subsistent.
OÙ SE LOGER ET SE RESTAURER ?
Outre le site archéologique, la ville de Çanakkale est une destination idéale pour une escapade le temps d'un week-end. Le long d'un front de mer animé se trouve une autre reproduction du cheval de Troie, celle-ci ayant servi dans le film Troie, sorti en 2004. Après un court trajet en ferry ou en voiture pour traverser le détroit, des musées situés sur la péninsule conservent des objets et racontent l'histoire du champ de bataille de Gallipoli, théâtre d'une bataille notoire pour sa brutalité qui se tint à proximité pendant la Première Guerre mondiale.
On trouve de nombreux hôtels et établissements de charme pour de courts séjours mais, en réservant près de la marina, vous serez au cœur de l'action. Le Kule Hotel dispose d'un restaurant sur le toit avec vue sur le terminal des ferries. Juste à côté, une voie piétonne sinueuse regorge de boutiques et de restaurants de fruits de mer.
Le restaurant haut de gamme Liman Paşa Müdavim, qui offre une vue sur la mer, sert des plats tels que le balık şiş (brochettes de poisson) ou le kuzu şiş (brochettes d'agneau), plus typiquement turc, tandis que le restaurant animé Sardalye propose une version régionale addictive du fish and chips aux voyageurs et aux habitants locaux en quête d'un repas rapide.
Même en ville, les découvertes qui enrichissent les détails du récit d'Homère se poursuivent. Après 3 000 ans d'histoire et 160 ans de fouilles archéologiques, une certaine fascination subsiste. Comme l'indique Rüstem Aslan, « il y a encore des trésors à découvrir ».
COMMENT S'Y RENDRE ?
Depuis Istanbul, Çanakkale se situe à environ trois heures et demie en voiture ou quatre heures et demie en bus. Depuis Izmir, la ville se situe à environ cinq heures en voiture ou cinq heures et demie en bus.
À Çanakkale, des navettes partent toutes les heures de la station Cuma Pazarı Dolmuş, située sous un pont. Recherchez les minibus portant l'inscription « Truva » ou « Troy ». Le trajet coûte environ 30 lires, soit environ 50 centimes d'euros, et dure entre trente et quarante-cinq minutes.
Nick Hilden est un journaliste et rédacteur chevronné qui a participé à des publications telles que Vanity Fair, Washington Post, Rolling Stone, Esquire et Afar. Il est le producteur de la série d'interviews « Writers Talking Writers » diffusée dans Publishers Weekly. Suivez son travail et ses voyages sur Instagram.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
