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Jessica Nabongo a réalisé son rêve en visitant tous les pays du monde

Jessica Nabongo a voyagé dans 195 pays. Elle est la première femme noire à avoir accompli un tel tour du monde.

Publication 21 avr. 2021 à 16:43 CEST
« Voyagez et soyez gentils, accompagnés de votre énergie positive et sans craintes », déclare Jessica Nabongo. Elle ...

« Voyagez et soyez gentils, accompagnés de votre énergie positive et sans craintes », déclare Jessica Nabongo. Elle a été photographiée ici au Bhoutan, alors qu’elle parcourait le monde.

Photographie de Courtesy Jessica Nabongo

Tout a commencé à Bali. En 2017, alors qu'elle était en vacances pour deux semaines, Jessica Nabongo ne savait plus où elle en était dans sa vie. Elle venait tout juste de faire un changement radical de carrière, passant d’employée de bureau à cheffe d’entreprise. Elle a lu un article sur Cassie De Pecol, qui venait de battre le record Guinness après avoir visité tous les pays du monde en un temps record. Jessica a réalisé qu’elle n’était pas la seule à avoir très envie de poser le pied dans toutes les Nations connues. Mais elle voulait devenir la première Noire à réaliser cet exploit.

Jessica était déjà bien lancée, puisqu’elle comptait déjà 59 pays à son actif. Elle a commencé à voyager dès l’âge de 4 ans. Elle accompagnait ses parents, d’origine ougandaise, lors de voyages familiaux au départ de leur maison familiale à Detroit, dans le Michigan. Ses parents étaient loin de se douter qu’en transmettant le virus du voyage à leur fille, elle en arriverait là.

Le 6 octobre 2019, avec un peu de retard pour l’anniversaire de son père, elle a réussi sa mission haut la main en atterrissant aux Seychelles. Elle comptait alors 195 pays visités à son actif (193 États membres des Nations Unies et deux États non-membres, le Saint-Siège et la Palestine). Toutefois, cette entreprise n’était pas qu’une question de chiffres. Pendant ses voyages, elle est devenue écrivaine, photographe, et fervente défenseure d’un tourisme inclusif et éthique. Elle partage ses aventures sur son blog The Catch Me If You Can ainsi que sur Instagram.

Jessica travaille actuellement à l’écriture d’un livre pour National Geographic. Elle livrera ses expériences autour du monde et y détaillera les 100 pays qu'elle a préféré visiter. La publication est prévue pour l'année prochaine. Le 21 avril, elle animera un évènement en ligne pour la veille de la Journée de la Terre 2021, organisé par National Geographic. Il rassemblera des musiciens et des explorateurs National Geographic afin de célébrer l’amour qu’ils portent à notre planète. Ils porteront des tenues fabriquées à partir de plastique à usage unique recyclé. 

Elle nous a accordé une interview pour nous parler de ses rencontres étonnantes, pour expliquer comment vaincre la peur mais aussi pour nous livrer ses meilleurs conseils pour bien voyager.

 

Quelle est votre source d’inspiration pour vos aventures ?

La curiosité. C’est ce qui m’a toujours inspirée. J’aspire à voir les différences et les similarités dans le style de vie des personnes à travers le monde, et même dans mon pays natal, les États-Unis. J’accorde énormément de confiance aux étrangers et je pense que l’on peut voyager seule partout.

1991 : Jessica Nabongo sur une moto avec son père et l’une de ses sœurs lors d’un voyage en Ouganda, la terre natale de ses parents.

Photographie de Jessica Nabongo

 

Qui a été la personne la plus intéressante que vous ayez rencontrée ?

Mon guide Zaki, en Algérie. J’approchais de la fin de mon voyage et à l’époque, le pays était le théâtre de nombreuses manifestations contre le gouvernement. Nous devions faire des visites mais finalement nous sommes allés discuter dans un café. Je n’oublierai jamais ce qu’il m'a dit : « Je vis uniquement parce que je dois vivre. On ne peut pas avoir de grandes ambitions ici, surtout quand on est l’aîné. » Ça m’a vraiment frappée. Ses perspectives étaient tellement limitées qu’il ne voulait même pas penser à la réussite, et ça, simplement parce qu’il était né dans ce pays et pas un autre.

 

Considérez-vous certains voyageurs comme des héros ?

Barbara Hillary. Elle est la première femme noire à avoir fouler le sol des pôles Nord et Sud et elle l’a fait à 75 et 79 ans. C’est fou, non ? Je pourrais citer aussi Cory Lee. Il est en fauteuil roulant et il a visité 37 pays. Je ne peux pas m’identifier à lui parce que je n’ai pas été confrontée à ces défis mais ce que j’aime, c’est qu’il n’a pas laissé son fauteuil l’empêcher d’explorer le monde. Je suis aussi Travelling Black Widow sur Instagram. Elle a été mariée pendant 31 ans, mais après la mort de son conjoint, elle a décidé de partir explorer la planète. Je l’adore.

Lorsque l’on parle de diversité, les gens pensent majoritairement à la diversité ethnique. Mais il s’agit aussi de la mobilité, de l’âge et de la morphologie. Il y a tellement de types de diversités différentes. Tout le monde mérite d’être considéré. J’aime voir comment les gens vivent leur quotidien sans frontières.

 

Avant de lancer votre carrière de voyageuse, vous avez étudié le développement international et travaillé avec les Nations Unies. Est-ce que cette expérience vous a aidé à vous préparer ?

Étudier l’histoire de la politique et de l’économie à la London School of Economics m’a complètement ouvert l’esprit. J’ai appris énormément de choses sur le monde. Bien sûr, travailler avec les Nations Unies a été une expérience très intéressante. Mes études m’ont permis de comprendre les dynamiques post-coloniales et de découvrir comment les pays exerçaient leur pouvoir.

Les relations entre les anciennes colonies et les routes aériennes sont un exemple concret pour illustrer comment ces connaissances peuvent s’appliquer au voyage. La manière la plus simple de se rendre dans les anciennes colonies françaises, surtout en Afrique, c’est de s'envoler depuis Paris. Les compagnies aériennes françaises ont le monopole de ces voies aériennes.

 

Quelle a été le lieu le plus extrême que vous ayez visité ?

Le Soudan du Sud. L’ambassade des États-Unis déconseille vivement aux citoyens américains d’y voyager. J’ai été avertie par un diplomate que c’était trop dangereux. Le gouvernement du Soudan du Sud est dangereux et, évidemment, des choses terrible s'y sont produites. Mais je dis toujours qu’aucun pays dans le monde n’est totalement sûr et aucun n’est totalement dangereux. Vous y trouverez ce que vous recherchez. Ce que je recherche, c’est de l’humanité, de l’amour. Donc j’y suis allée quand même.

J’ai été accompagnée par Nyankuir, une femme sud-soudanaise. Je ne voulais pas rester enfermée dans un complexe hôtelier. Au lieu de ça, j’ai visité un camp de bétail. Le bétail, c’est un aspect crucial de la culture Dinka. J’ai passé mon temps à discuter avec les anciens et les enfants. J’y ai découvert le montant de ma dot : trente bovins, tout au plus. Avec mon mètre soixante-dix, je suis considérée comme petite là-bas.

Je me souviens aussi de ma visite au marché. Un vieil homme était assis au beau milieu de la place. Son visage était très ridé et je me suis surprise à le fixer. Je pensais qu’il faisait la manche. En réalité, ses enfants avaient grandi, avaient quitté le domicile familial et il n’aimait tout simplement pas rester seul chez lui. Alors il s’asseyait au milieu du marché tous les jours pour discuter avec les gens. Je lui ai demandé si je pouvais le prendre en photo et il m’a demandé d’attendre car il voulait d’abord mettre ses lunettes. Maintenant, j’ai deux portraits : l’un montre comment il souhaite qu’on le voit et l’autre comment je souhaitais le voir.

Les deux sont magnifiques et représentent des expériences simples. Je n’ai jamais eu peur. Ça m’a rappelé qu’il fallait prendre tout ce que les gens disaient avec des pincettes.

 

De quel équipement ne pouvez-vous pas vous passer en voyage ?

J’aime bien les appareils photo hybrides, ils sont plus légers. Sony ou Canon, peu importe. Je trouve que l’objectif 24-70 mm est parfait. On peut obtenir toutes sortes de clichés, que ce soit des paysages ou des magnifiques portraits. Il permet de se déplacer avec un seul objectif. Bien sûr, vous pouvez emporter plus qu’un unique objectif, mais si vous voyagez pendant plusieurs mois, choisissez un 24-70 mm. Je voyage aussi avec mon drone. J’ai un DJI Mavic Air que je trouve léger, en plus d’être discret quand j’en ai besoin.

 

Avez-vous déjà connu des échecs ?

Je ne crois pas en l’échec. Et je n’ai pas la faculté de me sentir embarrassée. À mes yeux, l’embarras n’est pas un trait de caractère naturel chez l’Homme. Il vient de la socialisation. Si je tombais au beau milieu de la gare Grand Central Station, je me moquerais de moi-même. Je crois sincèrement que chaque échec auquel vous ferez face dans votre vie n’est qu’une occasion de progresser.

 

Que ramenez-vous de vos voyages ?

De l’alcool. J’ai rapporté du pisco du Pérou et du vin de Géorgie et de Nouvelle-Zélande. Mais aussi du waragi, une sorte de gin, d’Ouganda et encore du gin d’Érythrée. Du rhum de la Barbade, évidemment, et de la rakia de Serbie.

 

Si vous pouviez changer une chose dans le monde du voyage, ce serait laquelle ?

Le plastique à usage unique. J’aimerais qu’il n’existe pas. Lors de mes voyages, j’ai vraiment constaté ses conséquences. Un jour, je faisais du snorkeling à Nauru, l’un des pays les moins visités au monde. Il y avait tellement de déchets dans l’eau. Ça m’a brisé le cœur. J’en vois partout, tout le temps, et malheureusement le plus souvent dans les pays en développement. Les grandes entreprises ont introduit tout ce plastique et n’ont jamais expliqué comment le recycler. Ces communautés sont habituées aux déchets biodégradables, comme les peaux des bananes : ils les jettent par terre. Ils ne disposent pas de réseau de traitement des déchets pour s’en occuper.

En 2017, lors de sa mission pour faire le tour du monde, Jessica Nabongo est retournée en Ouganda. Elle visite ici le marché artisanal aux abords du théâtre national de Kampala.

Photographie de Jessica Nabongo

 

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?

Ma mère m’a toujours dit « sois humble ». C’est un bon conseil parce que, lorsqu’on voyage, en fonction de son passeport, de sa classe sociale, de plein de choses différentes, il est possible d’être rempli d’égo ou alors de rester humble et de reconnaître que tout le monde est égal. Ça nous permet d’établir des connexions avec des personnes de tous genres. Qu’il s’agisse d’un homme assis par terre au milieu d'un marché ou d’un directeur général d’un complexe Four Seasons, ça n’a pas d’importance. Le principe, c’est de considérer les gens exactement pour ce qu’ils sont : des êtres humains. C’est très important d’avoir de l’humilité.

 

Avez-vous des conseils pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans une aventure comme la vôtre ?

Voyagez et soyez gentils, remplis de votre énergie positive et sans craintes. Je pense que ce qui retient souvent les gens, c’est la peur de l’inconnu. Au travers de mes voyages, j’ai appris que la plupart du temps, les gens sont bien intentionnés. C’est pour ça qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur d’un étranger. La plupart des gens veulent sincèrement vous aider. Souvent, ils sont vraiment heureux de vous voir dans leur pays.

 

La pandémie a-t-elle changé votre vision du voyage ?

Je pense que je suis beaucoup plus soucieuse de l’environnement. J’utilise toujours ma gourde plutôt que des petites bouteilles d’eau. Même si je trouve ça parfois un peu embêtant, c’est une petite action que je peux faire. Dans les avions, je voyage avec ma tasse réutilisable pour ne pas utiliser celles en plastique. Je ralentis aussi. Je souhaite passer plus de temps sur place plutôt que de retourner vite chez moi. Pourquoi partir ? J’ai du Wi-Fi. Je pense que nous allons assister à la généralisation de cette tendance puisque tout le monde travaille à distance.

 

Qu’est-ce que les gens peuvent faire pour voyager de manière plus durable ?

Le plastique à usage unique est l’une des plus grandes menaces pour notre planète aujourd’hui. Je me concentre donc beaucoup là-dessus. Je pense également qu’il est important de faire attention à la quantité de déchets que nous produisons. Si vous allez au restaurant mais que vous n’avez pas un grand appétit, demandez une portion réduite. Il s’agit d’être un voyageur conscient, de prendre une minute de plus pour réfléchir à réduire son impact sur le pays qu’on visite et sur la planète en général.

 

Vous êtes partie en road trip aux États-Unis l’été dernier. Qu’avez-vous appris sur votre pays natal ?

J’ai visité 25 États en 2020. Avant de quitter le Michigan, j’ai passé un test PCR. Ensuite, j’ai conduit jusqu’à New York et j’ai commencé mon voyage par la Nouvelle-Angleterre. Après, je suis partie au Delaware, au Maryland. J’ai traversé également l’Utah et une grande partie du Sud. Les américains vivent au sein de l’un des pays les plus grands et diversifiés du monde. Pourtant, nombre d’entre eux ne sont jamais allés dans les parcs nationaux de leur propre État ou d'États voisins. Et il y a aussi toutes ces microcultures, comme celle de la pêche au homard dans le Maine. J’ai découvert les cultures Geeche et Gullah en Caroline du Sud. Je suis allée en Oklahoma où j’ai eu la chance d’en apprendre plus sur l’histoire des cowboys noirs. On cherche toujours à faire tamponner son passeport mais qu’en est-il de l’exploration de notre propre pays, qu’il s’agisse des États-Unis, du Kenya ou encore du Canada ?

 

Quels sont les lieux que vous avez hâte de visiter ?

Le delta de l’Okavango au Botswana. J’ai participé à des safaris dans presque tous les pays d’Afrique mais les gens disent qu’il fait partie des meilleurs. J’aimerais aussi faire une randonnée au milieu des gorilles en Ouganda et contempler les magnifiques eaux turquoise des plages de Madagascar. Je pense que je pourrai faire les trois cette année. Ma liste de choses à faire se désemplit rapidement.

 

Cet entretien a été édité dans un souci de concision et de clarté.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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