Voyage

Le cirque de Mafate, cœur sauvage de l'île de La Réunion

Nos reporters ont bravé le mauvais temps pour rejoindre le cœur sauvage de la Réunion, en pleine saison des cyclones. Leur périple les a conduit jusqu’au cirque de Mafate, un site naturel exceptionnel, accessible uniquement à pied ou en hélicoptère.

De Sophie Dolce
Photographie De Emanuela Ascoli
Vue du ciel, La Nouvelle, l'îlet principal de Mafate, est une " capitale".

Depuis que l’avion s’est posé sur le tarmac de l’aéroport de Saint-Denis, à La Réunion, tout le monde ne parle que de ça : l’arrivée imminente d’un cyclone ! D’abord l’équipage, puis les passagers. Et maintenant le douanier. Tout excitée, je lui explique que je vais passer cinq jours à Mafate. « À Mafate ?, me demande-t-il en levant les yeux de mon passeport. Ça ne sera peut-être pas possible. Les routes sont coupées. » Je laisse à l’agent son « peut-être » et croise les doigts pour que la météo me laisse atteindre mon paradis.

Mafate, j’en rêve depuis que mon ami Éric, de retour du trail de la Diagonale des fous, m’a confié comme un secret : « Il y a quelque chose pour toi là-bas. Un cirque coupé du monde, caché dans ses remparts au milieu d’une nature démesurée. » J’avais trouvé mon Graal.

Je voulais voir « le cœur sauvage de La Réunion ». Et j’ai entraîné avec moi Emanuela, photographe. Alors, changer d’itinéraire, impossible. Dès l’ouverture des portes c’est le choc thermique : il fait 32 °C. Nous sommes en janvier et c’est l’été dans l’hémisphère Sud.

Les cent mètres qui nous séparent de la sortie suffisent à nous transformer en cornets de glace passés au micro-ondes. Dehors, avec ses bâtons de marche et son sourire « tranche Papaye », Clovis, notre guide, nous accueille comme si on se connaissait depuis toujours. Il nous serre dans ses bras et nous mokate (se moque) déjà : « Alors les filles, ça fait une sacrée différence de température avec la Zoreillie, hein ? (pays des Zoreilles, le nom donné aux Français venus de métropole). »

Nous entrons tout de suite dans le vif du sujet : « Tu crois qu’on pourra aller à Mafate avec le cyclone ? » Clovis n’a pas l’air inquiet et, en bon créole, il a toujours un proverbe dans la poche : « Casse pas l’coco, demain lé pas cui.  » En gros : demain est un autre jour.

 

 

Pendant l'été austral (de novembre à avril), les chutes de pluie sont fréquentes (les cyclones aussi...) et le débit des cascades est à son maximum. Au voile de la mariée, dans le cirque de Salazie, seuls les plus téméraires s'aventurent sous la "douche".

Ça fait à peine trente kilomètres qu’on roule, et déjà, autour de nous c’est une succession de pitons et de falaises d’où jaillissent des dizaines de cascades au débit vertigineux. Notre petite Fiesta blanche serpente à travers les palmiers, les bananiers et les filaos ; les becs d’oiseaux et les fleurs à parfum inondent les bas-côtés.

J’ouvre la fenêtre… ça sent le camphre et la roche mouillée. Partout les ravines et les collines sont recouvertes de chouchous, sorte de cucurbitacée locale, comme un monstre vert qui dévore la montagne. Le minéral a disparu, les reliefs ressemblent au dos d’un animal assoupi qu’on aurait peur de réveiller.

Chouchous, fougères, filaos, cryptomerias... recouvrent d'une épaisse fourrure verte les remparts du cirque de Salazie.

Nous sommes entrés dans le cirque de Salazie, l’un des trois que compte La Réunion avec Cilaos et Mafate. Tous sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2010. Géologiquement, ces cirques de près de 1 000 m de fond sont les résultats d’effondrements d’anciens cratères du piton des Neiges (3070,50 m), le volcan fondateur de l’île il y a 3 millions d’années.

Au XVIIIe siècle, leur configuration en a fait le repaire des « marrons », ces premiers esclaves épris de liberté. C’est ici, entre ces crêtes acérées et ces gorges profondes qu’ils sont venus se cacher après avoir fui leurs plantations de canne. Les reliefs portent encore leur nom ou celui de leur combat : le Cimendef, celui qui ne veut pas être enchaîné, Salazie, le lieu où il fait bon vivre, Cilaos, le lieu qu’on ne quitte pas… Et Mafate, celui qui tue, qui amène la mort. Notre objectif.

Au petit matin, le piton des neiges, volcan fondateur de la Réunion, émerge à travers la brume.

Sur la place du village de Salazie, nous prenons d’assaut l’une des tables du Petit Bambou, spécialisé dans la cuisine créole. Au menu, des plats typiques mijotés avec des tomates, des oignons, du curcuma et du safran. Rougail z’andouilles, cari de cabri ou cari de pied de porc ? Impossible de choisir, nous prenons les trois ! Et Clovis nous donne un cours de dégustation : « Quand tu manges créole, tu prends d’abord “ton” plâtrée de riz, tu l’arroses de graines, tu mets ton cari et après, tu mets un peu de piment. Et tu vas doucement avec le piment ! »

Trop tard. La première bouchée me fait monter les larmes aux yeux et je descends quasi d’une traite ma Dodo, la bière locale. Pour nous remettre de ce festin, Clovis nous propose une petite promenade digestive : une halte au Voile de la mariée, la cascade la plus célèbre de l’île. Nous voilà à crapahuter à travers un sentier dans le lit du ruisseau, entre les caillasses et les chouchous envahisseurs.

Clovis, notre guide ouvre la marche. La brume se glisse au milieu des remparts, recouvrant filaos et chouchous.

« Attention à ne pas glisser ! » nous lance Clovis. Facile à dire ! Lui gambade de pierre sèche en pierre sèche comme un cabri péi (local). En haut, le débit de la cascade est si fort qu’on dirait que l’eau va tout emporter sur son passage. Je contemple cette nature sauvage qui scintille comme un diamant dans son écrin de velours vert.

Le jour commence à tomber et nous décidons de poser nos sacs à Hell Bourg, connu pour ses anciens thermes et ses belles maisons créoles dont les toits sont ornés de dentelle de bois. Ce matin, au-dessus de ma case, les 3 070 m « et demi » du piton des Neiges rougissent dans les premiers rayons du soleil.

Dans le jardin, notre voisin nous interpelle : « Vous avez eu Mme Girodet ? Nous devions dormir chez elle à Mafate ce soir, mais elle a annulé. » « Oui, lui répond Clovis. Elle doit aller chez le dentiste ! » La discussion est surréaliste, mais je commence à deviner que lorsqu’on est Mafatais, un rendez-vous chez le dentiste est une expédition !

À 87 ans, M. Lafate est aussi heureux la serpette à la main que sur la piste de son " ti bal la poussière" du dimanche après-midi.

À la sortie du village, monsieur Lafate, 87 ans, revient de son champ, la serpette à la main. « Comment il é  ? », lui lance Clovis depuis la voiture. Monsieur Lafate a les yeux et le sourire qui pétillent de malice. Il nous fait un brin de causette en remuant des épaules.

Hier, comme tous les dimanches, c’était le bal des gramounes, les personnes âgées, et il a encore la danse dans le corps. Son énergie est communicative et nous donne des fourmis dans les pieds. Mais il est l’heure de partir si nous voulons arriver à Mafate avant la nuit.

Mare-à-Poule-D’eau, Mare-à-Citron, Mare-à-Vieille-Place… nous traversons des villages aux noms évocateurs. On dirait qu’il pleut pas mal par ici ! Clovis confirme : « La région enregistre presque chaque année des records mondiaux de pluviométrie. Juste à côté, dans la forêt de Takamaka, quatre mètres en 72 heures en 2007, après le passage du cyclone Gamede ! »

Notre Fiesta grimpe, tourne, grimpe, tourne à travers le monstre vert. Sur les pitons, les nuages défilent en accéléré, s’accrochent un peu, puis disparaissent. J’ai l’impression de monter dans le royaume des dieux, soumise à leur volonté.

Plus haut encore, les filaos s’effacent, laissant leur place aux fougères arborescentes, emblématiques de la forêt primaire. Encore un écosystème (l’île en compte 180 !). Plus que quelques dizaines de mètres et la route s’arrête. Col des Boeufs. Terminus. La suite se fait à pied.

Ici pas de route, pas de voie ferrée, pas de chemin de charrettes. Mafate est un monde à part, caché au creux de ses remparts, auquel on n’accède qu’à pied. Du fond du cirque, la brume remonte lentement et se disperse pour dévoiler le mystère. Des taches de couleurs apparaissent, les toits de quelques cases regroupées sur des promontoires qui émergent au milieu des ravines.

Huit cents personnes vivent encore à Mafate, réparties sur une dizaine d’îlets (prononcer « ilette ») : ceux du bas, qu’on rejoint par la rivière des Galets lorsque la piste est accessible, et ceux du haut, plus fréquentés par les randonneurs (Mafate en voit passer 500 000 par an !).

Au gîte de la Plaine aux sables, Martial Gravina est en plein travail. Il faut faire des provisions de bois, et beaucoup... au cas où le tempête durerait plusieurs jours.

C’est là que nous nous rendons. Nous entamons notre plongée dans cet océan vert, caressés par les fleurs de fuchsia et les fougères. Plus nous nous enfonçons dans le cirque, plus les remparts nous séparent de l’autre monde.

Au milieu de ce paysage déchiqueté, ça cuicuite, ça clapote, ça coasse, on entend même un merle miauler… Au détour d’un filao, nous croisons un Mafatais qui grimpe en courant, les écouteurs vissés aux oreilles et le chien collé aux baskets. « Quand tu vis ici, deux coups d’pattes, deux coups d’zailes et t’es arrivé », nous explique Clovis.

Oui, eh bien il doit nous manquer les « z’ailes », car c’est après trois heures de marche tendue que nous arrivons enfin à La Nouvelle, capitale de Mafate. Sur ce plateau posté à 1 400 m d’altitude, une quarantaine de cases et de gîtes, et une église, tout en bois, couverte de bardeaux. Un curé monte une fois par semaine pour dire la messe aux quelque 130 habitants de l’îlet. Ici, on croit en Dieu, en saint Expedit, en la nature. Même si le catholicisme est majoritaire, il est syncrétique.

Sur cette île, les ancêtres viennent de partout : tamouls, bretons, malgaches… Et tout le monde a apporté son « p’tit kek’choz ». Direction chez Maurice, le boulanger qui fait son pain au feu de bois. On s’assoit pour discuter un peu. Mais notre conversation est tout de suite interrompue par le bruit de l’hélicoptère qui vient déposer dix sacs de farine. Ces rotations sont l’unique moyen pour les Mafatais de se faire livrer leur courses, petites et grosses : bouteilles d’eau, épicerie, tôles, tracteur en pièces détachées…

Le ravitaillement, l'acheminement des secours, la distribution du courrier, l'évacuation des ordures se font par hélicoptère. Chaque îlet dispose de sa propre Drop Zone (zone de livraison) sur laquelle les filets sont déposés. En été, les rotations peuvent aller jusqu'à dix par jour.

Tout se transporte par hélico, même les ordures. « C’est sûr, c’est pratique, dit Maurice, mais c’est cher : 25 euros la minute. » Lui aurait préféré la route, celle qu’on leur a promise dans les années 60 et qui n’a jamais vu le jour. En attendant, c’est un peu grâce à l’hélico qu’il a pu revenir à Mafate, après avoir « bourlingué » jusqu’en métropole.

Avant, l’ONF donnait quinze jours de boulot à chaque père de famille, à tour de rôle. Pas grand-chose. Mais depuis l’installation de panneaux solaires et de blocs sanitaires en 1986 – livrés par les airs – , le tourisme a explosé. Plus de 140 km de sentiers de rando dans ce décor, ça attire du monde. Une manne pour les Mafatais.

En attendant, nous avons faim et, sur les conseils de Maurice, nous tentons notre chance chez Sony, au Relais de Mafate. Banco ! Son bar-gîte-épicerie est ouvert ! En revanche, les étagères sont quasi vides, il ne faudra pas faire les difficiles. Peu importe. Sous sa petite véranda en bois, la boîte de « Pâté Doré » étalée sur des baguettes molles a le goût du paradis.

Sony Bègue, 25 ans, succède à son père au Relais de Mafate. La ville ne lui a pas plu : "Il y a trop de désordre en bas !".

Sony a 25 ans et son parcours ressemble à celui de tous les jeunes de Mafate. Après l’école primaire, il est descendu en ville, à La Possession, pour entrer au collège. Lui a eu la chance d’être hébergé par un membre de la famille, mais la plupart se retrouvent en famille d’accueil. Et pas question de remonter le week-end.  Passer son bac dans ces conditions demande beaucoup de courage. Au final, 8 sur 10 reviennent.

Ces jeunes m’intriguent. Ils n’ont pas envie de changer d’air ? De sortir ? De voir du monde ? « Si, me répond Sony. Au début, c’est sympa. Mais il y a trop de désordre en bas et pas assez de réconfort. Ici le soir, on se retrouve dans le bar, et si on joue du maloya, une musique d’ici, ça peut durer toute la nuit. » Comme quoi, la ville et la modernité ne font pas rêver tout le monde.

Dans cette vallée perdue, le temps s’est arrêté pour écouter pousser les arbres et ne courir après rien. Le désordre ne passe pas les remparts. On fait avec le soleil et la pluie. Et même avec les cyclones. D’ailleurs le vent se renforce. Sur le fronton de l’église, la bannière « Soyez miséricordieux » frappe de plus en plus fort.

Bernard, 98 ans, se repose après sa corvée de bois.

Sur le chemin, nous passons faire une petite visite à gramoune Bernard, « l’ancêtre » du village. L’homme est dans son boucan, la cuisine, construite un peu à l’écart de la case principale. Avec ses chaussures trouées et son chapeau savate posé sur ses cheveux gris, il est assis sur un petit banc en bois.

Dans le rayon de soleil qui traverse la pièce, je devine peu à peu le décor : des marmites, une cafetière, deux boîtes de conserve de pois du Cap et quelques épis de maïs suspendus au plafond. Le visage appuyé sur ses longues mains noueuses, gramoune Bernard regarde devant lui sans bouger. Le temps s’arrête. J’ose à peine respirer pour ne pas le déranger.

Clovis prend des nouvelles de sa santé. Ça va, il va bien. Il se rend parfois au dispensaire, voir le docteur qui vient une fois par semaine. Mais ses maladies, il les connaît. À 98 ans, il les a toutes ! Alors il se soigne tout seul : citronnelle, romarin, peaux d’orange, en tisane ou en onction. « Jamais de médicaments de Zoreille. » Pour ses courses, il va à l’épicerie de l’îlet. Sinon, il s’approvisionne dans son jardin en maïs et en z’haricots. Il fait sa cuisine tout seul et presse encore du raisin à la main pour faire un peu de vin péi.

Il faut reprendre la route. Il est déjà tard et à la Plaine aux Sables, Lisette et Martial, qui tiennent le gîte où nous dormons ce soir, doivent nous attendre. Une pluie fine recommence à tomber sur le monstre vert, qui nous avale à nouveau dès la sortie du village. La Plaine aux Sables est juste devant nous, à portée de voix. Mais ce n’est qu’une illusion.

« Il faut descendre jusqu’en bas de la ravine, puis remonter, et c’est juste derrière ! » nous informe Clovis. Encore une bonne heure de marche. Après le passage de la rivière, une dernière grimpette sur les roches glissantes et le voilà. Le gîte, caché au milieu des arbres et des collines.

Avant, il y avait 25 habitants à la Plaine aux Sables. Aujourd’hui, Lisette et Martial sont seuls avec leurs enfants, Chloé et Jérémie. Et leur premier voisin vit à trente minutes de marche. Il n’est que 18 h, mais c’est déjà presque l’heure de dîner. Ici, on mange tôt, on se couche tôt.

En attendant le cyclone, Lisette Gravina et son fils Jérémie écossent les fèves sous la véranda.

Au fond du jardin, blotti sous les cryptomerias (sapins créoles), où poules et coqs se baladent en liberté, notre petit dortoir « bois sous tôle » aux volets verts nous attend. Ce soir, dans la petite salle commune, nous sommes les seuls « touristes ». Après une bonne douche chaude et quelques étirements, il est temps de profiter du temps.

Chloé arrive de la cuisine avec un énorme saladier. Puis fait des allers-retours : un plat, deux, trois, quatre ! Ce n’est pas encore ce soir qu’on mourra de faim ! Cari de coq, rougail de tomates arbustes, graines du jardin… À part le riz, tout vient de derrière la fenêtre, de « la kour ». À Mafate, on vit en autarcie et tout s’organise autour de l’espace environnant : on cultive les produits de nécessité, on élève volailles et cochons, et la ravine voisine fournit les brèdes, la feuille des chouchous, que l’on utilise en bouillon ou en accompagnement.

Dehors, pas de pollution lumineuse, la Voie lactée et les étoiles éclairent notre chemin. Je cherche vainement la Grande Ourse avant de réaliser que nous sommes de l’autre côté de l’Équateur. Cette nuit, nous dormirons sous la lumière d’Orion.

À la sortie de La Nouvelle, sur le chemin qui mène à la Plaine aux sables, M. et Mme Gravina, les parents de Martial, qui nous héberge dans son gîte, s'accordent un moment de repos derrière leur case de bois et de tôle, typique des habitations de Mafate.

« Bonjour les amis ! » Il est 6 h, ou presque. Dans mon petit lit en bois, j’étire mes muscles endoloris des six heures de marche de la veille. Un bruit sur la tôle me sort de ma léthargie. La pluie. Et pas trois gouttes. Ça « grène » sévère. Je me penche pour regarder Emanuela qui a dormi juste en dessous de moi. Nos regards se croisent, dubitatifs.

Quand il pleut à Mafate, tout prend des proportions un peu hors du commun. Les passages à gué des rivières deviennent vite inaccessibles, les ruisseaux gonflent dans les ravines et les plaines se recouvrent d’eau. « Ce n’est pas catastrophique, nous dit Clovis en ouvrant les volets, qu’il a bloqués hier soir avec un lacet et une brosse à dents.

Mais il faut sortir du cirque au plus vite. » À l’extérieur, ça tombe si dru que le jardin ressemble déjà à un lac. Dans la case principale, Lisette et Martial s’activent depuis 4 h du matin. Il a fallu rentrer les bêtes et protéger les sacs de graines. Ce soir, il faudra fermer toutes les portes et peut-être clouter si on passe en alerte rouge.

Les vents de pointe frappent parfois à plus de 200 km/h. « On peut rester enfermés pendant une semaine. On le sait, on a des provisions, de l’eau, des bougies et des piles pour le transistor. Comme ça, on se tient au courant de la météo. Et après le passage d’un cyclone, toutes les cultures sont foutues. Il faut tout recommencer. »

Lisette me raconte tout ça avec un grand sourire et un fatalisme tranquille. C’est comme ça la nature. Avec Martial, ils auraient pu choisir de descendre dans « les Bas », de s’exiler à Cilaos ou à Salazie, pour une vie un peu moins rude. Mais non, ils ne se voient nulle part ailleurs qu’à Mafate. La beauté et la liberté se méritent.

Au gîte de Lisette et Martial, à la Plaine aux Sables, le matin de notre départ, le temps passe des gouttes au soleil, du soleil aux gouttes. En un clin d'œil, la brume et les nuages s'effacent et dévoilent le piton Maïdo dans la lumière d'un arc-en-ciel.

La cime des sapins ploie sous les bourrasques. Emanuela a froid avec ses tongs et ses leggings. « Ha ha, tu te croyais à La Réunion ?, la mokate Clovis. La Réunion et Mafate, ça n’est pas la même chose ! » Dans le ciel, l’hélico effectue ses dernières rotations d’approvisionnement avant la tempête, le piton Maïdo surgit à nouveau dans un rayon de soleil, enjambé par un arc-en-ciel dont le pied semble arriver sur notre maison.

Je demande au petit Jérémie qui s’est assis sur mes genoux s’il sait ce qu’on trouve au pied d’un arc-en-ciel. « Un trésor », me répond-il les yeux remplis de rêves. Je voudrais rester là. Mais il faut se presser et retourner au col des Boeufs avant que les chemins soient coupés. D’ailleurs Cyril, le facteur que nous devions croiser ce matin, a annulé sa tournée. Lui sait. La terre est un animal sauvage qu’il ne faut pas trop défier.

 

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Pour plus d'informations, le site de l'office de tourisme de La Réunion.

Ce reportage a été publié dans le magazine National Geographic Traveler n° 10.

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