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Le tourisme volcanologique est-il trop dangereux pour être populaire ?

Des éruptions volcaniques impressionnantes, notamment en Islande et à Hawaï, attirent de nombreux curieux. Mais quelques connaissances volcanologiques sont nécessaires pour profiter sereinement du spectacle.

De Rachel Ng
Photographie De Chris Burkard
Publication 6 avr. 2021, 18:07 CEST, Mise à jour 6 avr. 2021, 19:16 CEST
Les coulées de lave semblent dessiner une carte sur le basalte noir du volcan Fagradalsfjall, en ...

Les coulées de lave semblent dessiner une carte sur le basalte noir du volcan Fagradalsfjall, en Islande. Ce dernier est entré en éruption en mars 2021 pour la première fois depuis près de 800 ans.

Photographie de Chris Burkard, National Geographic

Endormi depuis près de 800 ans, le volcan Fagradalsfjall est finalement entré en éruption fin mars. Le spectacle a attiré des milliers de randonneurs dans la vallée islandaise de Geldingadalur, venus admirer les projections et les coulées de lave émanant du cratère. Sous les nuages de cendre blanche et parmi les traînées de roche en fusion incandescente serpentant doucement entre les pierres noires anguleuses, certains visiteurs prenaient des photos, observaient avec émerveillement la scène en silence ou faisaient griller des chamallows sur les coulées de lave.

Le photographe Chris Burkard, qui a immortalisé l’éruption pour National Geographic, était lui aussi captivé par la beauté de l’événement malgré sa dangerosité. « C’était fascinant. Je n’aurais jamais imaginé que de la simple roche en fusion m’enthousiasmerait autant », raconte-t-il.

Des milliers de randonneurs se sont rendus au volcan Fagradalsfjall pour le voir en éruption en mars 2021.

Photographie de Chris Burkard, National Geographic

Un touriste prend le volcan en photo avec son smartphone en mars 2021.

Photographie de Chris Burkard, National Geographic

Les conséquences des éruptions volcaniques bénéficient au tourisme. Au Japon, les onsen ryokans, des auberges thermales, accueillent des touristes dans les villages voisins des volcans depuis le 8e siècle. Les ruines de la ville antique de Pompéi, préservées sous une couche de cendres après l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C., ont attiré d’innombrables visiteurs partis à la découverte de l’Europe aux 17e et 18e siècles.

Mais la vapeur, le crépitement et les explosions des volcans actifs constituent en eux-mêmes un spectacle. « Il s’agit d’une des forces les plus primitives de la nature que nous pouvons observer », explique Benjamin Hayes, interprète et éducateur en chef au parc national des volcans d’Hawaï, situé sur la Grande Île. « Vous ressentez la puissance de Mère Nature lorsque vous êtes à côté du sang de la planète », ajoute-t-il.

Mais, se rendre sur le site d’un volcan en éruption n’est pas sans risque et soulève des questions d’ordre éthique. Ce spectacle peut être le plus grand frisson de votre vie ou bien s’avérer fatal. Il convient donc d’avoir quelques connaissances en volcanologie pour rester en sécurité.

Sur cette photographie prise par un drone, de la lave pauvre en silice s’échappe de Fagradalsfjall et serpente le long du volcan.

Photographie de Chris Burkard, National Geographic

 

L’ÉMERGENCE DES « CHASSEURS DE LAVE »

Le tourisme volcanologique a connu un véritable essor au cours de la dernière décennie, notamment grâce aux réseaux sociaux et aux « chasseurs de lave ». Ces derniers sont friands des sites légendaires et photogéniques tels que le Vésuve et la vingtaine d’autres volcans actifs inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Aux États-Unis, plusieurs parcs nationaux abritent des volcans actifs, à l’image du mont Rainier dans l’État de Washington, du pic Lassen en Californie et de la caldeira de Yellowstone dans le Wyoming.

Au lendemain de l’entrée en éruption du volcan Kilauea à Hawaï le 20 décembre 2020, le parc national des volcans d’Hawaï a constaté une forte hausse du nombre de visiteurs. Si la plupart des 8 000 curieux étaient originaires de l’île, le parc a néanmoins noté une augmentation régulière des visiteurs d’autres États avec l’assouplissement des restrictions de voyage liées à la COVID-19.

Selon l’endroit où ils se trouvent, les visiteurs peuvent partir observer les coulées de lave en bateau, survoler les caldeiras en hélicoptère, descendre les pentes des volcans en surfant, voire marcher au bord d’un lac de lave. Mais ces activités ne sont pas sans risque : les éruptions produisent souvent des gaz toxiques susceptibles de provoquer des lésions pulmonaires (le volcan Fagradalsfjall émet actuellement du dioxyde de soufre). Entre 2010 et 2020, les explosions volcaniques ont fait 1 143 victimes. La tragédie la plus récente date du 9 décembre 2019 et a eu lieu à proximité du volcan Whakaari/White Island en Nouvelle-Zélande : son éruption soudaine a fait 22 morts et 25 blessés.

Ces accidents n’ont cependant pas porté préjudice au tourisme volcanologique ; ils semblent au contraire avoir suscité la curiosité des visiteurs. Au lieu de se tenir à bonne distance des volcans en éruption, les amateurs de sensation forte affluent dans les régions sinistrées ; cette tendance devrait se poursuivre après la pandémie.

 

CONNAÎTRE LES VOLCANS

Les causes des éruptions volcaniques sont multiples : elles peuvent être le résultat d’une augmentation de la pression statique du magma ou du mouvement des plaques tectoniques, qui peut également provoquer des séismes ; de l’érosion ou de la fonte des glaciers, qui, en faisant bouger le sol, déclenchent parfois des éruptions ; ou de glissements de terrain soudains. Les activités volcaniques font néanmoins l’objet d’une étroite surveillance de la part des observatoires scientifiques du monde entier et les éruptions surprises sont donc rares. (Si vous êtes amateur de volcanologie, la Smithsonian Institution a conçu un tracker en ligne qui recense toutes les éruptions en cours.)

« Si vous maîtrisez les bases, vous pouvez observer des éruptions de manière assez sûre », confie Rosaly M.C. Lopes, volcanologue et géologue planétaire au Jet Propulsion Laboratory de Pasadena, en Californie. « Nous avons de la chance, car les plus belles éruptions, celles qui ont lieu à Hawaï, en Islande et sur l’île italienne de Stromboli, ne sont pas les plus explosives », ajoute-t-elle.

Selon l’auteure du livre Volcano Adventure Guide (Guide de la volcanologie d’aventure), il est essentiel de connaître le type des volcans visités. Le caractère instable d’un site donné dépend de sa lave : la lave liquide et fluide s’écoule lentement du volcan, tandis que la lave épaisse et visqueuse empêche les gaz de s’échapper, ce qui provoque des éruptions plus explosives et potentiellement plus mortelles. Connaître ces caractéristiques peut donc vous sauver la vie.

Un membre de l’équipe de recherche et de sauvetage de l’Islande (ICE-SAR) mesure les niveaux de gaz à proximité du volcan Fagradalsfjall en éruption. L’ICE-SAR a pour mission de protéger les visiteurs, qui sont peu nombreux à porter des masques adéquats contre les fumerolles.

Photographie de Chris Burkard, National Geographic

Des véhicules de recherche et de sauvetage ratissent la zone autour du volcan de Fagradalsfjall pour secourir d’éventuels touristes blessés ou perdus.

Photographie de Chris Burkard, National Geographic

Lorsque l’Etna est entré en éruption en 1987, tuant deux touristes, Rosaly M.C. Lopes effectuait des recherches à moins de 2 km du volcan. « Si vous êtes sur un volcan comme l’Etna et qu’une explosion soudaine se produit, levez les yeux au ciel et regardez où les fragments de roche retombent », explique-t-elle. « Ne courez pas, mais esquivez-les. Une fois que les fragments sont au sol, vous pouvez courir ».

Les personnes ayant survécu à l’éruption inattendue du volcan Whakaari/White Island, en Nouvelle-Zélande, sont au contraire celles qui ont couru le plus vite. « Certaines personnes sont restées pour prendre des photos. Je pense qu’elles ont été prises au piège et n’ont pas couru suffisamment vite », indique-t-elle. « C’est un volcan dangereux et les volcanologues savaient qu’une explosion soudaine pouvait se produire ».

 

DES SYMBOLES POUR LES COMMUNAUTÉS

On dénombre plus de 1 500 volcans actifs, disséminés dans 81 pays. Pour les centaines de millions de personnes qui vivent à proximité, ils font partie intégrante de leur quotidien, à l’image des bouchons ou du mauvais temps.

C’est à Kyushu, dans la préfecture de Kagoshima, que se trouve le volcan Sakurajima, l’un des plus actifs au Japon. Ce dernier entre en éruption toutes les 4 à 24 heures. « Les habitants de la préfecture ne prêtent plus attention aux éruptions du Sakurajima tant elles sont fréquentes », explique Alex Bradshaw, directeur des communications à l’étranger de la préfecture de Kagoshima.

Un lien particulier unit Sakurajima aux locaux. Le sol fertile autour du volcan permet aux agriculteurs de la préfecture de Kagoshima de faire pousser leurs célèbres radis blancs et leurs minuscules oranges komikan.

« Sans le volcan, Kagoshima n’existerait pas. Sakurajima est le symbole de notre ville et les habitants le considèrent comme un dieu protecteur », explique Naoto Maesako, propriétaire de Yogan Yaki, un restaurant situé dans la ville de Kagoshima. Les légumes, le porc kurobuta et le bœuf Wagyu qui y sont servis sont cuisinés sur des plaques chauffantes fabriquées à partir de lave locale. « Nous avons le sentiment que Sakurajima nous protège des typhons et des autres catastrophes. Il représente notre histoire et nous pouvons voir les mêmes scènes incandescentes que nos ancêtres ».

La météo glaciale n’a pas empêché les Islandais, venus par milliers, d’admirer le volcan en éruption fin mars 2021.

Photographie de Chris Burkard, National Geographic

À la nuit tombée, les coulées de lave ont continué de captiver les curieux.

Photographie de Chris Burkard, National Geographic

À Hawaï, le lien entre les volcans et les habitants fait partie intégrante de l’histoire des origines de l’île. D’anciens chants hawaïens évoquent Pélé, déesse des volcans et du feu, qui serait « celle qui a façonné la terre sacrée ». « Le peuple hawaïen vit et prospère sur l’île depuis plus de 1 000 ans », indique Benjamin Hayes. « Il est impossible de ne pas se sentir concerné par les histoires qui unissent ce peuple à l’aina, la terre ».

 

LES DÉRIVES DU TOURISME NOIR

Dans certaines régions volcaniques, le tourisme vire au tourisme dit de catastrophe ou noir. En 2010, alors que l’éruption du Merapi, en Indonésie, avait fait 353 victimes et mis à la rue plus de 400 000 personnes, les tour-opérateurs n’ont pas tardé à proposer des excursions dans les villages ensevelis sous les cendres. Une situation qui n’est pas sans rappeler les moulages et les empreintes humaines découvertes à Pompéi, qui retracent les dernières heures des habitants de la ville italienne.

En 2018, l’éruption ininterrompue du volcan Kilauea a détruit environ 600 habitations. Les routes, les fermes et les ranchs de l’île d’Hawaï n’ont pas non plus été épargnés. Alors que le volcan crachait encore de la lave en mai 2018, les dépenses des touristes ont augmenté de 3,3 %, pour atteindre 173,9 millions de dollars (environ 147 millions d’euros). Les hôtels ont alors dû satisfaire les besoins des voyageurs tout en veillant à ne pas manquer de tact envers les habitants sinistrés.

Rose Birch, directrice générale de l’Office du tourisme de l’île d’Hawaï, encourage les touristes qui s’intéressent aux volcans à rester dans le parc national. « C’est un endroit superbe pour en savoir plus sur les volcans. Si vous en sortez, vous risquez de pénétrer sur une propriété privée et de vous retrouver dans le jardin d’un habitant », précise-t-elle.

En refroidissant, la lave crachée par le volcan Fagradalsfjall prend un aspect bosselé.

Photographie de Chris Burkard, National Geographic

Alors que Kilauea est toujours en éruption, le plus grand volcan actif au monde, Mauna Loa, qui se trouve sur l’île d’Hawaï, se réveille tout doucement. En mars dernier, l’observatoire volcanologique d’Hawaï (HVO) a recensé environ 223 séismes de faible magnitude sur une semaine. « Les capteurs GPS nous indiquent que le sol change de forme avec l’infiltration du magma dans l’édifice de stockage situé sous la surface », explique Frank Trusdell, géologue pour l’HVO. « L’entrée en éruption du volcan n’est pas imminente, mais les habitants devraient commencer à se préparer ».

Il rappelle que lors de la dernière éruption du Mauna Loa en 1984, les billets d’avion à destination d’Hawaï ont été vendus en l’espace de 24 h. « Tout le monde voulait voir l’éruption », déclare-t-il.

Les scientifiques comme Frank Trusdell comprennent les raisons pour lesquelles les volcans nous attirent. Ils estiment que le tourisme volcanologique contribue à notre sensibilisation et à notre intérêt envers la volcanologie. « À chaque fois que vous vous rendez quelque part pour assister à un processus géologique, même s’il s’agit de volcans assez calmes comme les geysers de Yellowstone, cela réveille votre curiosité », indique Rosaly M.C. Lopes. « Vous éprouvez alors un plus grand respect pour notre planète ».

Comprendre : les supervolcans

Journaliste culturelle et de voyages primée basée à Los Angeles, Rachel Ng rêvait de devenir volcanologue lorsqu’elle était enfant. Suivez-la sur Instagram.

Chris Burkard est un photographe et explorateur basé en Californie. Découvrez son travail sur Instagram.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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