Les piscines islandaises inscrites au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO

Les eaux géothermales d’Islande ont depuis toujours des vertus curatives pour le corps et l’esprit. S’y plonger, c’est reconnaître une culture façonnée par les éléments.

De Hannah Wild
Publication 11 mars 2026, 16:03 CET
La couleur bleue laiteuse du lagon bleu provient des particules de silice qui nourrissent la peau.

La couleur bleue laiteuse du lagon bleu provient des particules de silice qui nourrissent la peau.

PHOTOGRAPHIE DE Prisma by Dukas Presseagentur GmbH, Alamy

Baignée dans la lumière du soleil matinal, la chaîne de montagnes de Kerlingarfjöll se pare de rouges et d’orange. Des volutes de fumée s’élevant des fumerolles s’enveloppent autour des montagnes. « Cette région, Hveradalir, elle est vivante », me confie mon guide, Boris Baniar, en désignant du menton un sentier qui descend dans la vallée à nos pieds. « Des sources d’eau bouillonnantes, des torrents, des piscines de boue. On peut déjà sentir le soufre. » Un rire lui échappe alors que la senteur suffocante des œufs pourris chatouille mes narines.

« L’Islande dépend, en tout sens, de l’activité géothermale », explique Boris en enfilant une salopette imperméable avec, par-dessus, un pull en laine pour se protéger du froid mordant des Hautes Terres centrales. « Que l’on cuise du pain dans le sol chaud, que l’on chauffe des habitations avec de l’eau naturellement chauffée ou que l’on traite les maladies de la peau dans les piscines d’eau riche en minéraux, elle a de profonds effets sur le quotidien d’ici. »

Je passe mon après-midi plongée dans les bains extérieurs de la Highland Base Kerlingarfjöll, un centre de luxe reculé de la vallée d’Ásgarður. J’y passerai les deux prochaines nuits. Prises entre l’air frais et la chaleur dégagée par l’eau, mes jambes picotent en remontant à la surface de l’eau trouble et orange.

« Les bains sont alimentés par de l’eau riche en fer qui provient du plus profond de la vallée », explique Joanna Lagosz, responsable des équipes de Kerlingarfjöll. « Le fer donne sa teinte riche à l’eau, et sa composition légèrement acide est réputée apaiser les rougeurs et les irritations de la peau. » Ce sont ces propriétés curatives qui m’ont attirée ici. Les bains, s’ils sont très relaxants, ouvrent une fenêtre sur cette culture de la piscine qui fait partie intégrante du quotidien. Au point qu’elle a été inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2025.

Installée confortablement près d’un poêle, j’apprends que les Islandais tiennent en haute estime les bienfaits physiques des piscines géothermales. Ceux-ci sont nombreux et vont de la circulation améliorée au repos des muscles. Mais c’est surtout le sens de la communauté qui garde ce rituel en vie. « Même en se baignant nus, les Islandais embrassent la tradition de se retrouver ensemble dans la nature », déclare Joanna tout en jetant un regard à l’extérieur. L’eau dorée des piscines scintille dans le noir.

En traversant le géoparc de Reykjanes, un vent fort me fouette le visage, sa morsure m’incite à me réfugier à l’intérieur. Des nuages noirs et menaçants flottent bas dans le ciel, et je me sens tout à coup bien loin des cieux cobalt et de l’air calme des terres hautes. L’Islande me rappelle que ses paysages et sa météo peuvent changer abruptement.

En matière d’activités géothermiques, l’Islande regorge d’alternatives au lagon bleu.

En matière d’activités géothermiques, l’Islande regorge d’alternatives au lagon bleu.

PHOTOGRAPHIE DE Tuul and Bruno Morandi, Alamy

Je me suis rendue à 200 kilomètres au sud-ouest, au Silica Hotel, un hôtel spa situé sur la péninsule de Reykjanes. Celle-ci fait partie du complexe géothermique du lagon bleu et se trouve à dix minutes de marche du lagon principal. À cheval sur la dorsale médio-atlantique, la zone est riche en énergie géothermique que transforme la centrale géothermique de Svartsengi, bâtie en 1976. Si je me trouve ici, c’est pour rencontrer Ása Guðmundsdóttir, scientifique en chef de la recherche et du développement. Elle doit m’en apprendre plus sur la composition de l’eau bleue laiteuse, reconnue pour le traitement de maladies chroniques de la peau, comme le psoriasis, la dermatite atopique et l’eczéma.

« Le lagon s’est formé quand l’excès d’eau de la centrale a été libéré dans le champ de lave qui l’entourait », explique Ása. L’eau, riche en silice, un composé qui renforce la barrière de la peau et qui possède des propriétés anti-âge, a formé un lagon. Ses minéraux en suspension reflètent la lumière et créent cette teinte bleue si distinctive. « Les employés de la centrale ont commencé à s’y baigner », continue la scientifique. « L’un d’eux, atteint d’un psoriasis sévère, a remarqué que sa peau se portait mieux. L’intérêt des scientifiques a été éveillé et cela a mené à l’ouverture d’une clinique dédiée au traitement du psoriasis en 1994. »

Ce soir-là, au sein du centre de traitement par l’eau du lagon bleu, je me repose sur un matelas gonflable, enveloppée dans une couverture lestée et chaude. Pendant ce temps, une masseuse se sert de ses mains pour me délier la nuque, les épaules et le dos. Ce traitement à base d’une huile pour le corps enrichie d’une microalgue turquoise, un microorganisme connu pour favoriser l’élasticité de la peau, nourrit et revitalise ma peau.

Le lendemain matin, le lagon de l’hôtel Silica semble encore plus radieux, un véritable miroir du ciel. Le cliquetis rythmique d’un puits d’extraction, acheminant jusqu’à nous de l’eau à 38 °C de 2 000 mètres de profondeur, est une musique d’ambiance apaisante pour ceux qui se laissent flotter dans l’eau. On m’a confié qu’il s’agissait d’une pratique de méditation qui aide à apaiser le stress et l’anxiété. « En se concentrant pour continuer à flotter, on sent souvent nos problèmes s’envoler », décrit ma thérapeute de flottaison en me donnant un bonnet de bain et un support pour mes jambes. Je suis percluse d’appréhension quand je me plonge dans l’eau. « Imaginez que vous êtes sur un coussin et laissez retomber la pression », me dit-elle. Je me laisse aller à la flottabilité de l’eau et la tension ne tarde pas à disparaître. Guidé tranquillement vers un coin reculé du lagon par ma tête, mon corps se courbe pour former un C. La pluie tombe doucement sur ma poitrine et apaise mon esprit.

« Si vous vous sentez stressé, la meilleure chose à faire, c’est de vous rendre près de l’eau », m’affirme mon conducteur, Valdemar Valdemarsson, en quittant Silica. Derrière nous, la centrale de Svartsengi disparaît peu à peu. « J’en ai besoin. Je me sens bizarre, sinon. » C’est cette dépendance à l’eau géothermique, à la fois pour le bien-être physique et émotionnel, qui coule dans les veines de la culture islandaise et enrichit son quotidien par son pouvoir élémentaire et restauratif.

 

NOS CONSEILS

L’entrée à la Highland Base Kerlingarfjöll coûte 5 500 couronnes islandaises (environ 38 €). Consultez les horaires d’ouverture, car ils changent au cours de l’année.

Le prix d’entrée du Blue Lagoon débute à 11 497 couronnes islandaises (environ 79 €) pour une journée. Une autre option est de passer la nuit au Silica Hotel. Les chambres commencent à partir de 103 000 couronnes islandaises (environ 709 €) la nuit.

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    Cet article a été rédigé à l’aide de Finn et du Blue Lagoon.

    Cet article a initialement paru dans la Island Collection 2026 du magazine National Geographic Traveller (UK) en langue anglaise.

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