Mike Horn : l'aventurier de l'extrême

Tour du monde par l’équateur, traversée de l’Antarctique à pied, descente de l’Amazone en hydrospeed... À 52 ans, l’explorateur helvético-sud-africain cumule les exploits. Rencontre.

Mike Horn
Mike Horn
photographie de Dmitry Sharomov

DANS VOTRE JEUNESSE EN AFRIQUE DU SUD, VOUS ÉTIEZ NÉGOCIANT EN FRUITS ET LÉGUMES. QU’EST-CE QUI VOUS A FAIT CHANGER DE CAP À 23 ANS ?

J’ai d’abord suivi des études de psychologie du sport. Je voulais savoir comment l’homme pouvait repousser ses limites. Puis, j'ai passé un master en business management et marketing, je me suis lancé dans le commerce et j’ai gagné beaucoup d’argent. Mais je ne me sentais pas libre. J’avais toujours cru que mon but dans la vie était de gagner de l’argent. Quand j’en ai eu assez pour vivre confortablement, j’ai voulu me remettre dans une situation où tout était à construire. Alors, j’ai organisé une fête à la maison, où j’ai distribué à mes amis tout ce que je possédais. Et je suis parti en Suisse avec 50 francs en poche. Ce qui m’attire, c’est de bâtir quelque chose à partir de rien. C’est pour ça que j’aime mes expéditions. Je n’ai pas toujours toutes les réponses pour mettre en œuvre mes idées, mais cinq pour cent me suffisent pour m’engager. Je sais que sur place, je trouverai des solutions. Moi, ma vie, c’est de prendre des risques.

 

D’OÙ VIENT L’IDÉE DU DERNIER PROJET POLE2POLE ?

Depuis «Latitude zéro», mon tour du monde en suivant la ligne de l’équateur entre 1999 et 2001, j’avais envie d’explorer les régions polaires. En 2008, j’ai effectué un aller-retour au pôle Sud. Cela m’a donné l’idée de traverser l’Antarctique, qui, dans sa partie la plus longue (5 500 km), n’a jamais été parcouru en solitaire, sans ravitaillement. Comme les anciens explorateurs, j’ai rejoint le continent en bateau. Il a fallu que j’arrive en été, quand la glace commençait à fondre, pour m’approcher au plus près, traverser le continent et retrouver mon bateau de l’autre côté avant que l’hiver arrive. À cette saison, il fait – 90° C, on est à 3 800 m d’altitude et il faut supporter des vents très forts. L’homme ne peut pas survivre. Il y a donc une fenêtre de trois à quatre mois par an. Après avoir achevé cette première partie de l’expédition en février 2017, je vais traverser l’Arctique en été. C’est un défi qui demande de l’expérience. Avec l’aventurier norvégien Børge Ousland, nous l’avions sillonné pendant trois mois, l’hiver, en 2006. C’était particulièrement difficile. Je vais là aussi aborder la région avec mon bateau, puis je vais marcher, en tirant un kayak pour avoir aussi la possibilité de pagayer. Partir à cette saison me permettra d’avoir une vision plus claire de l’état de la glace et de témoigner du réchauffement climatique.

 

VOUS AVEZ DONC AUSSI ENVIE DE SENSIBILISER À LA PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT... POURQUOI RÉFUTEZ-VOUS LE TERME D'ÉCOLO ?

Ma passion c’est l’écologie, mais j’ai choisi d’en parler par le biais de l’aventure. Lors de mes explorations, j’ai pu observer des changements dans la nature. Au nord-ouest du Canada, par exemple, j’ai vu un grizzly tuer un ours polaire, alors qu’il n’avait rien à faire sur son territoire. Avec le réchauffement climatique, ils partagent désormais leur habitat. Ma condition d’aventurier fait de moi un témoin direct de ce changement. Les politiques n’ont pas cette légitimité.

 

C’ÉTAIT AUSSI LE SENS DE L’EXPÉDITION «PANGAEA», QUE VOUS AVEZ MENÉE ENTRE 2008 ET 2012...

L’idée était d’emmener avec nous des jeunes du monde entier afin de les sensibiliser à la protection de l’environnement et qu’ils en deviennent des ambassadeurs. Le projet s’adressait aux 15-20 ans. Nous avons réuni plus de 60 millions de candidatures sur notre plateforme. Mon épouse Cathy et mon frère Martin ont étudié chacune d’entre elles. Au final, nous avons choisi de sélectionner des jeunes qui avaient l’opportunité de réellement changer les choses. Nous avons voulu miser sur les leaders de demain et les reconnecter à la nature. Le réseau existe toujours et les projets que ces jeunes ont menés aussi. Récemment, nous les avons rappelés pour qu'ils viennent en Afrique du Sud protéger les requins. Aujourd’hui diplômés, ils travaillent dans des grandes entreprises et sont très sensibles à l’environnement. Ça, ça va changer l’économie. Je pense que, plutôt que de faire des dons à des ONG, ces grandes entreprises devraient investir leurs bénéfices pour soutenir les projets sociaux et environnementaux de leurs employés.


IL VOUS EST ARRIVÉ DE DEVOIR FAIRE DEMI-TOUR COMME EN 2002, EN ARCTIQUE, À DE GELURE AUX MAINS. QU'EST-CE QUE CELA VOUS A APPRIS ? 

La mort sera un échec. Mais tant que je peux recommencer, c’est un succès. Je n’aime pas perdre, ni être déçu par moi-même. Mais il ne faut pas ressasser le passé, sinon on n’avance plus.

 

VOUS REGRETTEZ QUE LES HOMMES SE SOIENT COUPÉS DE LA NATURE...

Chaque humain a environ 30 000 jours de vie, dont la moitié passés à dormir. Il ne faut pas gâcher les 15 000 autres ! Si on se sent mal, il faut changer de vie. Mais le changement n’est pas seulement une pensée, il faut appliquer ses idées. Je dis souvent: «Si tes rêves ne te font pas peur,c’est qu’ils ne sont pas assez grands. » Il faut se réveiller pour réaliser ses rêves.

 

RESTE-T-IL DES TERRITOIRES À EXPLORER ?

L’être humain connaît finalement très mal ses capacités. Il reste donc des territoires à l'intérieur de l'être humain à explorer, et, contrairement à notre planète, ils sont infinis.

 

Cet article a été publié dans le magazine National Geographic Traveler n°11 (été 2018).

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