Découvrez le Serengeti de la plus spectaculaire des manières : en montgolfière
Depuis la nacelle en osier d’une montgolfière, on peut admirer les vastes plaines sauvages du Serengeti, en Tanzanie, et apercevoir des animaux sauvages depuis les cieux.

Les safaris en montgolfière au-dessus du centre du Serengeti, en Tanzanie, débutent en général dès l’aube et permettent de profiter de vues aériennes sur ses plaines regorgeant de vie sauvage.
Les safaris en montgolfière au-dessus du centre du Serengeti, en Tanzanie, débutent en général dès l’aube et permettent de profiter de vues aériennes sur ses plaines regorgeant de vie sauvage.
Certains safaris exigent que l’on se lève à 3h30 du matin. Et dans certains cas, en plus d’être indispensable, cela fait partie intégrante de l'expérience. Les vols en montgolfière au Serengeti en sont l’illustration parfaite.
Mon téléphone me tire brusquement du sommeil et derrière les fenêtres à moustiquaires de ma suite du Warangi Ridge, le centre du Serengeti, en Tanzanie, est plongé dans une obscurité d’encre. C’est un moment de la nuit duquel je suis si peu familière et où toutes sortes de créatures nocturnes s’activent. Mais je n’ai pas le temps d’inspecter la brousse avec ma lampe depuis ma terrasse.
Notre 4x4 file dans le noir, ses suspensions absorbant sans broncher les cahots du Serengeti. Un engoulevent d’Europe (Caprimulgus europaeus) se laisse prendre dans les phares, immobile sur notre chemin jusqu’au dernier instant, puis viennent les silhouettes de gazelles (Gazella) et d’impalas (Aepyceros melampus), serrés les uns contre les autres, en alerte face aux dangers de la nuit. À un moment donné, nous apercevons leur némésis : un magnifique couple de lions, étendus au bord de la piste comme si l’endroit leur appartenait.
Lorsque nous arrivons sur le site du décollage, une lueur point à l’horizon. Seuls quelques heureux élus s’envoleront aujourd’hui. Pour chasser la fraîcheur matinale, nous sirotons du thé au gingembre et grignotons des biscuits en forme de montgolfière. À côté de nous, les enveloppes de la montgolfière s’agitent dans tous les sens sur le sol comme des créatures marines géantes en laisse tandis que l’équipe y insuffle de l’air froid avant que les brûleurs ne se mettent à cracher leurs flammes de dragon.
« Nous décollons à l’aube car c’est à ce moment que les vents sont les plus calmes », nous explique Jeff Gilles, notre pilote en uniforme. « La différence entre l’air chaud à l’intérieur du ballon et l’air froid matinal à l’extérieur nous confère une portée plus que suffisante. De plus, le lever de soleil est toujours agréable à voir. »
Jeff nous fait entrer dans la nacelle en osier, basculée sur le côté de sorte que nous puissions nous y glisser comme des bouteilles de champagne dans un casier. Quelques instants plus tard, le brûleur rugit. Nous voilà redressés et en l’air.
Les premières montgolfières furent conçues pour impressionner. Celles que firent s’envoler les frères Montgolfier en 1783 étaient des engins d’apparat dont les enveloppes de papier et de tissu, bleues et dorées, étaient ornées de fleurs de lys, de signes du zodiaque et de portraits de Louis XVI. La nôtre est bien plus fonctionnelle avec son tissu résistant et ses brûleurs au propane, mais la sensation qu’elle procure demeure la même : le sol s’éloigne doucement et le vent prend les commandes.
Flotter au-dessus des prairies dorées dans un silence presque total, et alors qu’un soleil semblable à un jaune d’œuf colore la montgolfière qui dérive à nos côtés, procure une sensation de sérénité et d’étrangeté. Jeff, pendant ce temps, a l’assurance tranquille de quelqu’un qui est dans les airs comme un poisson dans l’eau. « Ça a ses avantages et ses inconvénients », fait-il observer, la bouche tordue par un sourire de circonstance.
Il a effectué son premier vol alors qu’il était enfant dans l’Oklahoma des années 1970 avec ses parents, tous deux pilotes de montgolfière. « J’ai volé au Costa Rica, en Australie, au Japon et partout aux États-Unis, mais l’Afrique, j’en suis mordu », déclare-t-il.

Un groupe de gnous courant dans la savane durant la grande migration, photographié depuis une montgolfière
Un groupe de gnous courant dans la savane durant la grande migration, photographié depuis une montgolfière
Désormais suffisamment à l’aise pour me pencher par-dessus le bord de la nacelle, je contemple le paysage alentour, avec l’impression d’être une aventurière du 18e siècle. Le paysage du Serengeti est incontestablement la vedette ; des centaines de sentiers empruntés par les animaux s’entrecroisent et donnent à ses plaines un aspect plissé de peau d’éléphant. Ici et là, des acacias faux-gommiers (Vachellia tortilis) projettent des taches d’ombre et, au loin, de basses collines captent les premiers rayons de soleil.
« On n’a jamais la garantie d’apercevoir des animaux, prévient Jeff. Quand ça arrive, c’est en bonus. Rien ne vaut la vue d’une girafe au galop ou d’un éléphant qui barrit en voyant la montgolfière. » Il tire sur les cordes, faisant pivoter la nacelle afin que nous puissions tous profiter de la vue.
Les mares à hippopotames scintillent dans les éclats du soleil en contrebas et, à notre grand étonnement, nous apercevons un serval avançant à pas feutrés dans les herbes. Plusieurs lions somnolent à l’ombre d’un arbre solitaire, apparemment indifférents au passage de la montgolfière au-dessus d’eux. Enfin, alors qu’un troupeau de zèbres passe au trot, nous entamons notre descente. Une nouvelle vague d’enthousiasme traverse la nacelle. Les premiers aéronautes étaient des aristocrates français qui emportaient du champagne pour trinquer à chaque atterrissage réussi et pour apaiser les paysans alarmés dans les champs desquels ils se posaient. C’est une tradition que les aéronautes contemporains perpétuent avec délectation.
« Avez-vous déjà heurté un arbre ? », demande un autre passager. « Eh bien, disons que je n’ai jamais atterri dessus », répond Jeff. Et avant que nous ayons eu le temps de nous en rendre compte, nous touchons la terre ferme, on ne peut plus prêts à entendre crépiter le feu de brousse qui servira à préparer le petit-déjeuner et sauter le bouchon festif du champagne.
COMMENT S'Y RENDRE ?
Warangi Ridge peut organiser des vols d’une heure auprès de Serengeti Balloon Safaris pour 540 euros environ par personne, transferts et petit-déjeuner inclus.
Cet article a initialement paru dans l'édition "Luxury Collection 2026" du magazine National Geographic Traveller (UK).
