Afrique du Sud : plus de 1000 rhinocéros ont été victimes du braconnage en 2017

La crise perdure, malgré une légère baisse enregistrée dans le parc national Kruger, en Afrique du Sud.Monday, January 29, 2018

De Rachael Bale
Les incidents liés au braconnage des cornes de rhinocéros sont passés de 13 en 2007 à 1215 en 2014. En 2017, cette crise perdure, malgré une légère baisse.

Le trafic des cornes de rhinocéros est toujours au plus haut en Afrique du Sud, d'après les statistiques publiées par le gouvernement sud-africain le 25 janvier dernier. Selon les chiffres officiels, 1028 rhinocéros ont été tués illégalement en 2017. C'est 26 spécimens de moins qu'en 2016 mais l'on est bien loin des 13 animaux abattus en 2007.

« Cela semble être un progrès, mais ce mammifère est toujours en danger critique d'extinction », déclare Jimmel Mandima, qui travaille au sein de la fondation africaine de la faune de Nairobi. « Une petite baisse dans les statistiques annuelles recensant les actes de braconnage ne réduit en rien le risque d’extinction de l'espèce. »

L’Afrique du Sud abrite environ 80 % de 29 000 rhinocéros que compte notre planète. Bien que 2017 marque une troisième année de baisse des actes de braconnage en Afrique du Sud - depuis le pic de 2014 qui enregistrait 1215 meurtres de rhinocéros - les conservationnistes continuent d'alerter l'opinion sur le besoin de renforcer les efforts de préservation de l'espèce. La baisse du nombre d'actes de braconnage recensés l'année dernière est minime et pourrait être expliquée par le non-recensement de carcasses dissimulées dans les grands parcs nationaux, selon TRAFFIC, le réseau de surveillance du commerce de la faune et de la flore sauvages.

Les cornes des rhinocéros sont très demandées en Asie, notamment au Vietnam, pour leurs supposées valeurs curatives comme le traitement des cancers, des troubles de l'érection et d'autres maladies. D'autres consomment les cornes de rhinocéros sous forme de poudre, mélangée avec de l’eau et de l’alcool. En réalité les cornes de rhinocéros sont composées de kératine, composant que l'on retrouve dans nos cheveux et nos ongles ; il n’existe aucune preuve scientifique sur leur apport médicinal. Les cornes des rhinocéros sont aussi sculptées par des artistes asiatiques.

Le braconnage en Afrique du Sud est aggravé par la corruption et le manque de coordination entre les groupes de maintien de l’ordre public, comme le fait remarquer Richard Thomas, porte-parole de l’organisation TRAFFIC. Dans un communiqué de presse, le ministre de l’environnement sud- africain, Edna Molewa, a déclaré que 21 hauts fonctionnaires avaient été arrêtés pour des crimes liés au braconnage en 2017.

« Les braconniers s'en prennent clairement aux cibles les plus faciles. Si les principales institutions sud-africaines ne parviennent pas à coordonner leurs efforts pour lutter contre le braconnage, les rhinocéros du pays seront inévitablement dans leur viseur », considère Richard Thomas.

Le commerce transfrontalier des cornes des rhinocéros a été interdit de 2009 à avril 2017. L’achat et la vente de cornes de rhinocéros en Afrique du Sud étaient alors interdits. Mais suite à une décision de justice rendue en avril 2017, le moratoire a été levé à la demande de John Hume, éleveur de rhinocéros et propriétaire d'environ 1500 individus.

En août dernier, Hume a mis aux enchères quelques-unes des cornes prélevées sur ses rhinocéros, après les avoir coupées avec une tronçonneuse. Une intervention indolore pour les animaux si elle est faite correctement. Les partisans de la légalisation du commerce intérieur des cornes des rhinocéros prétendent que cette pratique permettrait de lutter contre le commerce illégal de cornes, et donc le braconnage. 

Toutefois, comme le commerce international est interdit, et que la demande en cornes des rhinocéros vient essentiellement de l’étranger, les écologistes affirment que légaliser ce commerce en Afrique du Sud n'aura d'autre conséquence que de favoriser le marché noir international.

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Les chiffres officiels des ventes de cornes de rhinocéros vendues par Hume l'année dernière depuis la levée de l'interdiction ne sont pas connus. « Si l'on en croit les rumeurs, il a peu vendu, » nous explique Richard Thomas. « Si c'est le cas, il n'y aura sans doute pas un effet très important sur les statistiques de braconnage. »

Un changement notable est que le nombre de rhinocéros braconnés dans le parc national Kruger, autrefois un lieu de braconnage, a diminué de 24 %. Cette baisse est attribuée à une stratégie anti-braconnage qui combine une formation plus poussée des rangers, l'amélioration des communications radio, l'utilisation de chiens dressés pour traquer les braconniers sur de longues distances et une coordination plus efficace des forces de l’ordre à la frontière avec le Mozambique.

En outre, l’utilisation d’une nouvelle technologie appelée « Meerkat » s'est avérée efficace. Le système mobile peut distinguer les mouvements des animaux de ceux des Hommes pour alerter les rangers des incursions possibles. L'optique à longue portée peut alors identifier l'emplacement exact des braconniers présumés. Cela permet une intervention plus rapide des gardes du parc.

Parallèlement à cela, le braconnage des cornes de rhinocéros au KwaZulu-Natal, dans le nord-est du pays, a augmenté. En novembre 2017, la province prévoyait une augmentation de 50% des incidents de braconnage par rapport à l'année précédente.

En Afrique du Sud, 502 braconniers et 16 trafiquants présumés ont été arrêtés en 2017, selon le communiqué de presse du gouvernement sud-africain. 

Les chiffres officiels de 2017 pour les incidents de braconnage liés aux cornes de rhinocéros dans d'autres pays n'ont pas encore été publiés, mais il semble y avoir eu une baisse des cas de braconnage au Zimbabwe et en Namibie. Combinés avec les chiffres d'Afrique du sud, cette baisse globale - même minime - est encourageante.

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