Animaux

France : le nombre de loups augmente de façon exponentielle

Selon le bilan hivernal de la population de loups réalisé par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), le seuil des 500 loups en France a été atteint cet hiver et a même été dépassé. Vendredi, 14 juin

De Arnaud Sacleux

Depuis le retour des loups en France, l’ONCFS est mandaté pour réaliser le suivi de cette population. « Depuis que les loups sont revenus en 1992, leur population augmente. Aujourd’hui, elle augmente même de façon exponentielle » affirme Murielle Guinot-Ghestem, responsable du réseau louplynx à l’ONCFS.

Ainsi en 2017, le ministère de l’Environnement avait commandé à l’ONCFS, dans le cadre du Plan national d’action sur le loup et les activités d’élevage, une analyse des conditions de vie à long terme de la population de loups en France et de prédire son évolution. Un seuil minimum de viabilité, qui représente le risque d’extinction de 10 % sur 100 ans d’une espèce, a été situé à 500 individus pour qu’elle soit considérée comme stable démographiquement en France et a été calculé en fonction de son taux de croissance.

Les résultats de l’analyse sont positifs ; en sortie d’hiver, l’effectif est estimé à environ 530 loups. Cette croissance est le fait d’une densification de l’arc alpin, ainsi que d’une colonisation de nouveaux territoires par ces populations.

 

UNE BONNE NOUVELLE, MAIS PAS POUR TOUT LE MONDE

Si ce constat est positif à première vue, « en face il y a des personnes qui considèrent que c’est une très mauvaise chose » nous indique Murielle Guinot-Ghestem. Les éleveurs et le monde agricole notamment, victimes des attaques de loups, souhaitent limiter cette progression ; leur protection fait débat.

Le loup est une espèce très protégée en France, mais également en Europe grâce à la Directive Habitat-Faune-Flore de 1992. L’article 16 de cette directive prévoit toutefois des dérogations en cas de dommages importants et récurrents aux activités humaines, dont les troupeaux font partie. Il est prévu la possibilité de gérer la population de l’espèce « tout en la maintenant dans un état de conservation favorable » précise la responsable du réseau louplynx.

Trois moyens de gestion sont prévus par la Directive. « On peut déplacer les populations, les stériliser ou les tuer. La France a fait ce choix ; depuis les années 2000, on tue des loups en France » avance Murielle Guinot-Ghestem. « Au début, c’était un ou deux par an, l’an dernier nous étions à 50 loups tués et cette année nous estimons le chiffre à une centaine. Nous en sommes déjà à 40 au mois de juin ».

Le nombre de tirs contre les populations de loups a logiquement augmenté de manière corollaire au nombre d’attaques des troupeaux. Une zone d’ombre persiste cependant sur ce lien de cause à effet, peut-être fait trop rapidement au goût de la responsable. « La population de loups augmente donc les attaques augmentent, c’est le constat logique qui est fait, mais d’autres observateurs avancent que si le nombre de loups tués augmente, les attaques continuent malgré tout d’augmenter. »

 

QUELLES CONSÉQUENCES POUR LES MEUTES ?

En France, les tirs dérogatoires sont de quatre ordres : les tirs de défense simples, les tirs de défense renforcés, les tirs de prélèvement simples et les tirs de prélèvements renforcés. Pour chacun de ces tirs, des conditions spécifiques sont requises pour les mettre en œuvre mais certaines publications remettent en cause leur efficacité ; ils auraient pour effet de disperser les loups et, par effet de cascade, de multiplier les meutes en France.

Une meute de loups a un fonctionnement bien particulier. Elle ne contient qu’un seul mâle reproducteur, un mâle alpha, et une femelle reproductrice, une femelle alpha. Les autres membres de la meute eux ne se reproduisent pas et chaque meute érige son territoire sur 200 km². Aucune autre meute ne déborde sur le territoire des autres. « Quand un mâle alpha est tué par exemple, un autre prend sa place et la concurrence peut déstructurer les meutes. Des groupes stabilisés se dispersent et fondent ainsi des meutes ailleurs » nous précise la chercheuse.

« C’est une réaction observée chez les blaireaux, également protégés. Dans certains cas, il vaut mieux enlever toute une population sur une zone définie plutôt que d’en enlever un petit peu et qu’ils se dispersent » avoue Murielle Guinot-Ghestem.

Une étude est en train d’être réalisée par l’ONCFS sur l’impact des tirs létaux sur les populations de loups, à paraître d’ici deux ans, et devrait nous éclairer sur leur efficacité et s’ils contribuent à réguler les populations ou, justement, à augmenter le nombre de meutes sur notre territoire.

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