La moitié des lions africains ont disparu ces 25 dernières années

Il y a deux fois moins de lions d'Afrique aujourd'hui qu'il y a 25 ans. Les programmes de conservation visant à protéger les espèces en voie de disparition misent sur la cohabitation Hommes-lions dans la savane africaine.Monday, July 22, 2019

De Olivia Prentzel
Un lion mâle adulte pose dans le Serengeti. La disparition de leurs proies, la perte d’habitat et l'empiétement de l’Homme sur leur territoire ont entraîné une diminution abrupte du nombre de spécimens à l'état sauvage. Ils sont classés comme vulnérables à l'extinction par l'UICN.

Pour chaque lion vivant à l'état sauvage, on compte quatorze éléphants d'Afrique et quinze gorilles des plaines de l'Ouest. On dénombre également plus de rhinocéros que de lions aujourd'hui.

L'espèce emblématique a disparu de 94 % de son aire de répartition historique, qui comprenait autrefois la quasi-totalité du continent africain, mais se limite désormais à moins de 1 710 000 km². L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui détermine le statut de conservation des espèces, a classé les lions parmi les espèces vulnérables à l'extinction, avec moins de 25 000 spécimens décomptés en Afrique.

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« Les Lions sont l’une des grandes icônes universelles, et ils disparaissent peu à peu », indique Paul Thomson, directeur des programmes de conservation pour le Wildlife Conservation Network (WCN). « Le moment est venu de limiter les pertes et de ramener les lions dans les paysages [africains]. »

Pour sauver cet animal emblématique, les défenseurs de la nature s'attachent à mettre en exergue les intérêts locaux de leur protection.

 

PLUS DE PROIES, MOINS DE BRACONNAGE

Ces grands prédateurs font face à une myriade de menaces qui mettent leur existence-même en péril. La diminution des proies qu'ils avaient pour habitude de chasser au profit du commerce de viande de brousse oblige les lions à entrer en contact avec les Hommes et leur bétail pour survivre. Mais si les grands félins s'attaquent au bétail, ils peuvent être tués en représailles - le plus souvent empoisonnés. Et à mesure que les infrastructures humaines se développent et s'étendent, les lions voient leur habitat fragmenté, ce qui empêche les jeunes mâles de fonder leur clan.

Le braconnage constitue également une menace d'importance. La peau, les dents, les pattes et les griffes de lions sont utilisées dans le cadre de rituels et de la médecine traditionnelle, parallèlement à un marché asiatique croissant pour les parties de lions.

Les écologistes espèrent enrayer le déclin de cette espèce menacée en soutenant la coexistence des lions et des Hommes en Afrique. Une partie de la solution consiste à compenser le fardeau financier nécessaire à la gestion des zones protégées, pilier de la conservation, ainsi qu'à la protection des lions dans les zones non protégées, déclare Amy Dickman, titulaire d'une bourse National Geographic, chercheuse à l'Unité de recherche sur la conservation de la faune à Oxford (WildCRU) et co-auteur du rapport « State of the Lion » daté de 2019.

« Si nous voulons que les lions existent toujours dans cinquante ans, nous devons ajuster les coûts et les bénéfices de manière à ce que d'avantages de bénéfices soient générés au niveau local et que les coûts soient supportés au niveau international », déclare Dickman. 

 

RENDRE LA COEXISTENCE POSSIBLE

La survie de l'espèce dépend de la collaboration avec les communautés locales qui doivent coexister avec les lions et de la reconnaissance de leur rôle dans la protection de celles-ci, selon Peter Lindsey, directeur du Lion Recovery Fund. (Ce fonds a été créé par le WCN et la Fondation Leonardo DiCaprio, en partie parrainé par la Walt Disney Company, propriétaire majoritaire de National Geographic Partners.)

« La plupart des Occidentaux ont refusé de vivre avec des animaux dangereux », dit-il. « En Afrique, beaucoup de gens cohabitent avec des animaux dangereux, comme des lions et des éléphants, avec lesquels il est très difficile de vivre. »

Une des solutions consiste à fournir des avantages concrets à ceux qui vivent aux côtés des lions pour les conserver. Par exemple, certains modèles de conservation récompensent les communautés qui montrent une augmentation du nombre de lions, ce qui incite à ne pas les braconner et à ne pas mener de représailles contre les félins s'étant attaqués au bétail. Les systèmes d'indemnisation fonctionnent de la même manière, payant les propriétaires de bétail pour remplacer les animaux tués par des lions. Ce type de programmes peuvent influer sur l’attitude générale d’une communauté vis-à-vis d'animaux auparavant considérés comme une menace. Si les avantages de vivre près des lions sont plus nombreux que les inconvénients, alors les gens choisiront de les protéger.

L'implication directe des communautés dans la conservation des lions est également un élément important. Warrior Watch, un projet mené par Ewaso Lions, un organisme à but non lucratif spécialisé dans la conservation au Kenya, est l'un des programmes soutenus par l'initiative Big Cats de la National Geographic Society. Warrior Watch recrute de jeunes hommes Samburu - qui sont traditionnellement exclus des discussions sur la conservation et la gestion de la faune - pour partir à la recherche de lions dans les zones entourant leurs communautés.

« S'il y a des prédateurs dans la région, ils le communiquent aux éleveurs qui déplacent leur bétail », a ainsi indiqué Shivani Bhalla, fondateur et directeur exécutif d'Ewaso Lions et titulaire d'une bourse National Geographic, lors d'une présentation au siège de National Geographic. En échange de cette reconnaissance de terrain, les jeunes hommes ont souhaité être éduqués. Ewaso Lions a donc ouvert une école le dimanche. Les cours qui y sont dispensés ont permis à chaque membre du programme de pouvoir lire et écrire en swahili, comme le rapporte Bhalla.

L'impact positif est réel selon des sondages effectués par l'organisation il y a quelques années. « Nous étions si enthousiasmés par les résultats », déclare Bhalla. « On voit que l'attitude des populations locales à l'égard des prédateurs s'est considérablement améliorée grâce au travail des guerriers [sur le terrain]. Les guerriers se sont également sentis socialement beaucoup plus responsabilisés grâce à ce projet. »

 

LES MESURES À METTRE EN PLACE

Le Lion Recovery Fund a investi plus de cinq millions de dollars dans des projets de conservation dans dix-sept pays depuis 2017, mais les fonds continuent de manquer, indique Lindsey. De nombreux pays africains ont instauré de vastes zones protégées, mais le manque de moyens en empêche le plus souvent une gestion efficace. Dans une étude de 2018 qu'il a co-écrite avec Amy Dickman entre autres, Lindsey indique qu'il faudrait plus d'un milliard de dollars (891 millions d'euros) par an pour assurer la protection des lions dans les zones protégées du continent. Le financement actuel ne totalise que 381 millions de dollars (environ 339.6 millions d'euros) par an.

Outre le manque de financements, les troubles civils ou l'éloignement peuvent également rendre difficile la défense des zones protégées par les autorités locales.

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Il est essentiel de s'assurer que les dirigeants politiques voient la valeur de la conservation des lions. Selon Lindsey, cela va au-delà des avantages de l’industrie du tourisme, qui favorise le développement économique et les perspectives d’emploi. En protégeant les habitats naturels des lions, les communautés favorisent un air et une eau plus propres et un stockage du carbone, souligne-t-il - des facteurs importants pour la santé humaine et le bien-être des communautés rurales.

Bien que la situation des lions soit critique et les pénuries de fonds dramatiques, Lindsey espère préserver ces magnifiques prédateurs, qu’il dit « extrêmement résistants ». Si les aires protégées d’Afrique reçoivent le financement nécessaire pour être gérées correctement, la population actuelle de lions pourrait tripler.

« Il faut agir maintenant », dit-il. « Si nous attendons, ces populations d'animaux sauvages seront perdues. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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